"un petit mot sur mon blog"


"un petit mot sur mon blog"

Psyblog a posé son stylo le 5 juin dernier. Il est parti "ailleurs", pour une autre vie plus sereine et lumineuse.
Ce blog était pour lui une belle aventure d'écriture, de réflexion, d'émotion et de partage. Les commentaires de ses nombreux lecteurs en sont un témoignage chaleureux. Vos derniers mots tout particulièrement...
Continuez à le lire ou à le relire pour sa plus grande joie ailleurs...
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lundi 23 avril 2012

J'peux pas aller à l'école !





Les raisons qui amènent un enfant à ne pas aimer l'école (y compris le collège) sont nombreuses : Très mauvaise ambiance, échec continuel, moqueries, phobie scolaire et plus généralement sociale, timidité maladive, dégouts divers, désintérêt, racket...
Le psy est alors parfois mis à contribution pour en dénicher les raisons plus ou moins cachées, et tenter de faire en sorte que l'enfant y retourne, à l'école, au besoin en aménageant un peu les choses. La phobie scolaire existe véritablement, bien que le mot "phobie" soit parfois un peu employé à la légère mais bon. Le racket existe qui, s'il n'est pas dit par l'enfant racketté, prive les parents et les adultes en général de toute possibilité d'intervention (des enfants mettent des mois à le dire à leurs parents, et en attendant vont à l'école la boule au ventre et la culpabilité en bandoulière). Les mauvaises ambiances de classe, les échecs répétés, la perte de confiance en soi et en l'adulte, le bruit (ah ce bruit dans les classes et dans les cantines, qui dégouttent à jamais l'enfant d'être en groupe !) sont autant de raisons qui mènent l'enfant à ne plus vouloir aller à l'école. Et je ne parle pas des moqueries, des vêtements pas comme ceux des autres, de la peur -parce que expérience- du vol, etc....
Il y a cependant une "raison" de ne pas aimer l'école que je n'avais jamais rencontrée jusque là :
Cet adolescent de 13 ans vient consulter, à sa demande, pour -officiellement- "maux de ventre et vomissements" lorsqu'il faut aller au collège. Déjà le dimanche soir il angoisse à l'idée du lendemain. Déjà le lundi soir il angoisse et vomit à l'idée du mardi... En fait il angoisse à l'idée-même d'aller à l'école, et souvent vomit le matin d'école, et même pendant les cours. C'est terrible ! Comme il me dit lui-même : Ca ne peut pas continuer comme ça !
L'entretien permet d'évacuer tout "problème" physique, médical, en quelque sorte. D'autre part, la famille semble "rouler" : Pas de conflits majeurs, pas d'événements repérables comme traumatisant, une famille comme vous et moi, sans histoires particulières (oui je sais, nous avons tous des histoires uniques !). L'entretien permet aussi rapidement de savoir que cet ado est normalement constitué, intelligent, n'est pas en échec scolaire malgré deux années déjà de maux de ventre, de vomissements et de dégout scolaire jusqu'au vomissement. Voilà ce qu'il permet d'évacuer, l'entretien.
Ce qu'il permet de découvrir, l'entretien ? Rien. Pas grand chose. Rien de spécial. Rien qui puisse un tant soit peu expliquer ces maux de ventre et ces vomissements.



Ce n'est qu'au second entretien avec cet ado que pointe peut-être la raison de son refus/malaise/dégout d'aller au collège : L'ordinateur. Tiens donc !!! L'ordinateur, c'est la vie de ce garçon, son bras droit, son gauche, son pilier, son bâton, son aide de camp, son plaisir et son unique plaisir. Sans, il est mort. C'est ce qu'il me dit : Sans ordi, je suis mort ! Parce qu'il ne vit qu'à travers ses jeux en réseau ! Parce que là il existe [sic], parce que là il est quelqu'un [re-sic], parce que sur les jeux en réseau il est connu, respecté voire admiré [re-re-sic]. Wouahhh !
Re-Wouahhh ! Et s'il ne veut pas aller au collège, jusqu'à s'en rendre malade, c'est que pendant qu'il y est, il se passe des choses sur le net, sur le réseau, dans ses jeux... Je rate des événements, me dit-il, quand je ne suis pas là.
Ah ben oui... s'il passe à côté de sa vie en allant au collège, en n'étant pas 24h/24 sur son ordi, il rate des choses, je comprends bien. Alors par un mécanisme assez bien connu de somatisation, de transformation de la pensée ou du malaise psychique en malaise corporel, il a mal au ventre, vomit, accuse des baisses de tensions, fait des malaises et tout et tout.



Alors nous avons parlé vie, vie aussi physique, "réelle" -même si la vie internet est aussi de la vie réelle-, hygiène de vie, vie relationnelle, activités autres que celle ordi, relations avec les autres, avec les parents, intérêts des parents, éducation... En fait, heureusement que mes parents mettent des interdits -deux heures seulement/jour d'ordi- sinon je crois que je ne mangerai même plus... Bienheureux le contrôle parental.
Ce matin, ce lundi matin de rentrée, il est allé au collège. Il a vomit sur le trottoir du collège. Mais il y est resté toute la journée (au collège, pas dans son vomi ni sur le trottoir). Je savais que ce soir je venais vous voir alors j'ai tenu bon, m'a-t-il dit.
Il n'est pas sorti de l'auberge, comme on dit. Il est accro à l'ordi et aux jeux en réseaux. Il veut en faire son métier plus tard, ou [s]'engager dans l'armée pour tuer en vrai oui je sais ce sera différent on n'a qu'une vie, en vrai. Il n'est pas sorti de l'auberge, il sait qu'il est accro. Mais ce soir je crois qu'il a compris une chose, c'est que ses parents ont bien raison de contrôler un peu les heures qu'il passe devant l'ordi.



Me fait un peu peur ce jeune quand même ! M'a dit qu'il pouvait contrôler mon ordinateur à moi... de chez lui. Alors, mon ordinateur devant lui, il a pris le contrôle de son ordi de mon cabinet... En me laissant entendre qu'il pouvait prendre le contrôle de n'importe quel ordinateur dont il connait le nom du propriétaire. Sont tombés dedans, moi je vous dis. 


mardi 3 janvier 2012

Souvenir.... Le film d'un accouchement en classe Terminale


L'éducation sexuelle à l'école n'est pas toujours "bien" faite. Voire pas du tout faite.
Cet après-midi, un ado (14 ans, c'est un ado, n'est-ce pas ?) me dit Je n'y connais rien, je ne sais rien, je ne sais pas où trouver les informations (éducation pré-suppose information). Et des souvenirs remontent brutalement à la surface.


Tout petit déjà j'ai su comment on faisait les bébés. Tout petit je savais que les bébés ne poussaient pas dans les choux ou dans les roses. Ma mère m'avait expliqué -joli livre très bien fait à l'appui- vers cinq ans les histoires des petites graines, de ventre et d'accouchement (dommage que je n'ai pas mon appareil-photo, je vous aurais mis une photo du livre, que j'ai encore), en me disant que c'était secret, qu'il ne fallait pas trop en parler à l'école parce que certains parents n'expliquaient pas les choses comme ça à leurs enfants (Hey, on est en 1962, là).
J'ai donc grandi avec cette certitude-là de savoir des choses que les autres ne savaient pas. Et donc "tranquille" en matière de sexualité, du moins en matière de bébés et de fabrications de bébés.


Mais le souvenir qui m'est revenu cet après-midi est d'un autre ordre : Classe Terminale. 1975. Education sexuelle oblige, proposition -Que dis-je ?- obligation un jour de se rendre dans l'amphi pour visionner.... un accouchement.
Une centaine de garçons, trois filles (la mixité n'était pas encore la règle en lycée, du moins commençait tout juste), les copains avec leurs lourdes blagues plus ou moins salaces, et le film commence. Cru. Médical. Mais plein de tendresse et d'amour aussi.
Dire que les copains n'avaient aucune éducation en matière médico-anatomico-obstétricale n'est pas un scoop et je n'avais pour ma part jamais vu ni de près ni de loin un accouchement même en film, mais j'ai accueuilli ce film avec tendresse et bonheur, me faisant au passage traiter de certains qualificatifs désobligeants et très désobligeants pour les filles et pour les femmes en général. Les copains sortaient de l'amphi les uns après les autres, estimant à grand bruit que cela était inintéressant, que cela ne concernait pas les hommes (qu'ils coyaient être), qu'ils n'en n'avaient rien à faire, etc... Je ne me privais pas pour ma part de leur dire qu'un jour ils seraient peut-être papa et.... Pfff ! Peine perdue. Comme si devenir papa un jour n'était pas dans leur pensées ! Et puis c'était pas viril, ça, de s'attendrir quelque peu sur quelque chose d'ordre affectif.
Moi je tenais bon. Certaines images me... comment dire, me ... me... dépassaient un peu, mais je laissais couler quelques larmes d'émotions sur mes tites joues. Jusqu'à ce que mon copain Philippe, assis à côté de moi, me prenne le bras et me dit Psyblog, je me sens pas bien. Il a eu juste le temps de me dire ça et a tourné de l'oeil.... Mince alors, juste quand le bébé sortait du ventre de sa mère !
J'ai appelé dans la salle, crié que Philippe n'allait pas bien. Des infirmières, prévues pour un débat/questions-réponses pour après le film, sont venues, ont emmené Philippe et Zou ! J'ai raté la fin du film et une grande partie du débat.
Alors bien sûr Philippe s'est fait traiter de tous les noms par la suite (par ceux-là même qui ont quitté la salle par incapacité d'attendrissement ou de je ne sais quoi d'autre). Moi aussi. Mais en plus, j'ai "gagné" la possibilité d'aller revoir le film (et voir la fin) .... au lycée d'à côté la semaine suivante. Oui oui, celui-là même où il n'y avait QUE des filles ! Un vrai bonheur !
Ceci dit, ce film et le débat qui a suivi fut un vrai régal. Je ne savais pas encore que moins de deux ans après, j'allais le vivre en vrai en devenant papa à mon tour !

mercredi 16 novembre 2011

Douces violences...


Non je ne parle pas de la superbe chanson de Johnny, mais des "douces violences", celles définies comme des paroles ou actes dont on ne soupçonne pas la violence engendrée mais qui pourtant sont ressentis par celui qui les entend ou les subit comme une agression et de la... violence.
Ma conférence (conférence dans une crèche, auprès des parents et des professionnels) d'hier avait comme sujet les «douces violences» dont sont coutumiers, du moins capables, les parents et autres adultes éducateurs à l'égard des enfants. .
Vous savez, ces
T'es nul tu n'y arriveras jamais, ces Ton frère au moins il y arrivait mieux que ça, ces M'enfin, t'es assez grand pour le faire, ces paroles et actes que l'on pose en comparant, niant, cassant, décourageant les enfants, les actes et les paroles qui lui laissent entendre qu'il n'est qu'un nul, ou du moins moins bien que, moins performant que, ces actes que l'on pose sans se demander une seule seconde si c'est bien son intérêt, à l'enfant... Et que je te change brutalement sans te dire un mot, et que je te mette sur le pot jusqu'à ce que tu fasses quelque chose, et que je t'interdise de, et que je t'oblige à...
L'enfant n'est pas un objet mais on le considère parfois comme tel... Lorsqu'on lui parle du haut de notre stature d'adulte, lorsqu'on parle de lui comme s'il n'était pas là, lorsque l'on soupçonne qu'il n'entend pas (
Mais non, il ne comprend pas, on peut parler de sa petite sœur...),lorsqu'on le prend et le jette parce c'est comme ça qu'il faut faire... Or à chaque fois qu'on ne met pas de la parole ou de l'écoute, on [lui] fait violence.
A contrario, la parole vient rassurer l'enfant, vient mettre des mots sur les actes, vient poser du sens sur ce qui se passe. Changer un bébé parce qu'il faut le changer est une chose, l'enlever à son activité et le changer sans le regarder, lui sourire ou lui parler en est une autre !
Lorsque l'on rencontre un enfant, la première règle de bienveillance est de porter ses yeux à la hauteur de ses yeux à lui. Ensuite le regarder lorsqu'on lui parle. Et ne pas parler de lui comme s'il s'agissait d'un appareil qui ne fonctionne pas bien. Ça n'empêche pas l'exigence du respect de la règle, ça n'empêche pas la nécessité de la contrainte, mais ça permet une égalité au moins dans le statut d'humain.

Nous sommes tous capables de «douces violences», que ce soit à l'égard des enfants ou à l'égard des adultes qui nous entourent et qui parfois nous sont même très proches. La douce violence n'est qu'une violence ressentie par l'autre, mais elle n'en est pas moins moins importante. Et et ils en font, des dégâts, ces actes de "douce violence"... Des dégâts psychiques qui trainent parfois jusque dans la vie adulte de ces enfants à qui l'on n'a pas su parler... gentiment !
La bienveillance est une attitude que l'on a -ou pas- au fond de soi. Et les actes et paroles dont nous sommes porteurs ne sont que les témoins de cette attitude-là. Qui se transforment en comportement. Se dire -pas seulement se le dire, mais en être convaincu, là, tout au fond de nous-même- une fois pour toute que l'enfant est une personne et pas un objet nous permettrait bien souvent à nous, adultes, de fabriquer de la bienveillance à l'égard des enfants.
La bienveillance amène la bienveillance... la violence, même non voulue, amène du ressentiment, de l'inconfiance et parfois de la violence, ne serait-ce que contre soi-même.

Pour ceux qui voudraient en savoir davantage, je vous recommande l'excellent ouvrage de Christine Schuhl «Vivre en crèche- Remédier aux douces violences», éditions Chroniques sociales. 


 

lundi 10 octobre 2011

Attendre !



On a parfois fait comparaison entre le développement de l'Homme / l'Humanité et le développement de l'homme : être humain au cours de sa vie. L'humanité est née nue, ne savait pas grand chose (encore que survivre dans un monde hostile devait demander bien des "connaissances"), a appris au cours de son évolution etc... comme le petit d'homme qui nait nu, grandit et apprend davantage chaque jour.
Les experts nous disent que l'homme s'est redressé peu à peu, l'enfant apprend à marcher vers un an (enfin, c'est l'aboutissement d'un long apprentissage). Le développement du langage chez l'Homme et chez l'enfant suit la même voix... Bref, on peut comparer le développement de l'Homme à celui de l'homme.

Voilà voilà, ne vous impatientez pas, j'en arrive au fait :
Cet été, au cours d'une visite de l'impressionnant site néolithique de Filitosa, en Corse, j'ai pris conscience d'un "truc" : Le guide nous apprenait que ces hommes préhistoriques s'étaient à un moment sédentarisés, et étaient passé de la cueillette et la chasse à la culture et à l'élevage, apprenant du même coup... "la patience et l'attente" [sic]. Bien obligé !
Et là, ça a fait tilt dans ma petite tête : L'évolution de l'Humanité avait donc conduit celle-ci à l'apprentissage de l'attente et de la patience. Comme l'évolution classique de l'enfant !
Je l'ai déjà écrit ici je crois : IL me semble qu'un des grands défis, peut-être même le plus grand défi de l'éducation, c'est l'apprentissage de la patience et de l'attente. Ainsi que l'apprentissage de la frustration associée. Combien de fois disons-nous au cours de notre vie à nos enfants Attends, Pas maintenant, Dans dix minutes, Ne sois pas si pressé, etc... ?
Apprendre à attendre, c'est apprendre à différer la réalisation de ses désirs, c'est apprendre que la dimension "temps" existe, c'est apprendre à vivre, peut-être. Tout simplement ! Bien des actes de "désobéissance" quotidienne sont sous l'emprise de ce "non-apprentissage", bien des actes de petite délinquance aussi : Je veux je prends. Je veux je veux tout de suite. J'ai envie je fais. Pour simplifier, Je ne supporte pas d'attendre !
Le désir humain est ainsi fait qu'il est aussi animal. Mais justement la différence avec l'animal est que l'humain peut apprendre à en différer sa réalisation. Peut. Et sans doute Doit.

Nous vivons dans un monde qui tourne de plus en plus vite. Parce que les humains marchent (enfin ! Courent ! ) de plus en plus, dans lequel l'immédiateté est de mise. L'urgence a pris le pas sur la pause et la réflexion. Agir avant de penser. Agir pour NE PAS penser ? Réaliser avant de désirer, ne pas se laisser le temps d'attendre !
Si des séries comme Urgences plaisent ou ont tant plu, ce n'est sans doute pas par hasard, tant le temps se rétrécit.
A ce propos, savez-vous que le mot "urgence" est finalement très récent ? Si la langue latine le connaissait déjà sous sa forme urgens, dérivant de urgere (presser), le terme n'apparait en France qu'au XVIIIème siècle, mais jusqu'à la fin du XIXème n'est guère usité. Ce n'est qu'au siècle dernier qu'il devient pressant de l'utiliser, comme si urgence il y avait eu à qualifier le rétrécissement nécessaire du temps...
Et cela s'accélère ! C'est comme si le temps n'existait plus, du moins comme s'il s'agissait de s'en affranchir. Or parallèlement, il s'agit de s’affranchir de l'attente. Tout devient urgent. Tout est devenu urgent. Et en thérapie comme sur la route, la demande est d'arriver à destination le plus vite possible.
Il y a parfois difficulté pour le psychothérapeute à faire entendre à son patient que le temps "fait aussi les choses", que le temps existe (même si pour l'inconscient il est admis que non), que la "vitesse" de certaines routes est limitée, qu'on ne peut pas aller plus vite que la musique, les expressions sont nombreuses pour dire ce genre de choses. Le succès des thérapies brèves est à ce sujet éloquent. Comme s'il s'agissait là encore de bloquer, annuler, et pour tout dire maîtriser le temps.
Or cela ne marche pas comme ça ! Le temps existe. Et sans doute nos sociétés tentent de l'oublier. Et cela semble ne pas devoir s'arranger : L'enfant, dans sa quête de plaisir immédiat (fait son boulot, l'enfant) ne trouve plus guère de personnes en face de lui capables de lui dire sereinement Attends, apprends à attendre ! Parce que nous-mêmes, en tant qu'adultes, semblons oublier bien souvent cette vertu du désir qui est celle de prendre d'autant plus corps... qu'il n'est pas immédiatement réalisé.
A vos écrans plats, à vos i-phones et autres gadgets... La course est déjà lancée pour Noël, ce fameux temps où l'attente va bien être reléguée aux oubliettes... Je veux, j'achète. Je paierai plus tard !

jeudi 29 septembre 2011

Lacher la selle