"un petit mot sur mon blog"


"un petit mot sur mon blog"

Psyblog a posé son stylo le 5 juin dernier. Il est parti "ailleurs", pour une autre vie plus sereine et lumineuse.
Ce blog était pour lui une belle aventure d'écriture, de réflexion, d'émotion et de partage. Les commentaires de ses nombreux lecteurs en sont un témoignage chaleureux. Vos derniers mots tout particulièrement...
Continuez à le lire ou à le relire pour sa plus grande joie ailleurs...
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lundi 23 avril 2012

J'peux pas aller à l'école !





Les raisons qui amènent un enfant à ne pas aimer l'école (y compris le collège) sont nombreuses : Très mauvaise ambiance, échec continuel, moqueries, phobie scolaire et plus généralement sociale, timidité maladive, dégouts divers, désintérêt, racket...
Le psy est alors parfois mis à contribution pour en dénicher les raisons plus ou moins cachées, et tenter de faire en sorte que l'enfant y retourne, à l'école, au besoin en aménageant un peu les choses. La phobie scolaire existe véritablement, bien que le mot "phobie" soit parfois un peu employé à la légère mais bon. Le racket existe qui, s'il n'est pas dit par l'enfant racketté, prive les parents et les adultes en général de toute possibilité d'intervention (des enfants mettent des mois à le dire à leurs parents, et en attendant vont à l'école la boule au ventre et la culpabilité en bandoulière). Les mauvaises ambiances de classe, les échecs répétés, la perte de confiance en soi et en l'adulte, le bruit (ah ce bruit dans les classes et dans les cantines, qui dégouttent à jamais l'enfant d'être en groupe !) sont autant de raisons qui mènent l'enfant à ne plus vouloir aller à l'école. Et je ne parle pas des moqueries, des vêtements pas comme ceux des autres, de la peur -parce que expérience- du vol, etc....
Il y a cependant une "raison" de ne pas aimer l'école que je n'avais jamais rencontrée jusque là :
Cet adolescent de 13 ans vient consulter, à sa demande, pour -officiellement- "maux de ventre et vomissements" lorsqu'il faut aller au collège. Déjà le dimanche soir il angoisse à l'idée du lendemain. Déjà le lundi soir il angoisse et vomit à l'idée du mardi... En fait il angoisse à l'idée-même d'aller à l'école, et souvent vomit le matin d'école, et même pendant les cours. C'est terrible ! Comme il me dit lui-même : Ca ne peut pas continuer comme ça !
L'entretien permet d'évacuer tout "problème" physique, médical, en quelque sorte. D'autre part, la famille semble "rouler" : Pas de conflits majeurs, pas d'événements repérables comme traumatisant, une famille comme vous et moi, sans histoires particulières (oui je sais, nous avons tous des histoires uniques !). L'entretien permet aussi rapidement de savoir que cet ado est normalement constitué, intelligent, n'est pas en échec scolaire malgré deux années déjà de maux de ventre, de vomissements et de dégout scolaire jusqu'au vomissement. Voilà ce qu'il permet d'évacuer, l'entretien.
Ce qu'il permet de découvrir, l'entretien ? Rien. Pas grand chose. Rien de spécial. Rien qui puisse un tant soit peu expliquer ces maux de ventre et ces vomissements.



Ce n'est qu'au second entretien avec cet ado que pointe peut-être la raison de son refus/malaise/dégout d'aller au collège : L'ordinateur. Tiens donc !!! L'ordinateur, c'est la vie de ce garçon, son bras droit, son gauche, son pilier, son bâton, son aide de camp, son plaisir et son unique plaisir. Sans, il est mort. C'est ce qu'il me dit : Sans ordi, je suis mort ! Parce qu'il ne vit qu'à travers ses jeux en réseau ! Parce que là il existe [sic], parce que là il est quelqu'un [re-sic], parce que sur les jeux en réseau il est connu, respecté voire admiré [re-re-sic]. Wouahhh !
Re-Wouahhh ! Et s'il ne veut pas aller au collège, jusqu'à s'en rendre malade, c'est que pendant qu'il y est, il se passe des choses sur le net, sur le réseau, dans ses jeux... Je rate des événements, me dit-il, quand je ne suis pas là.
Ah ben oui... s'il passe à côté de sa vie en allant au collège, en n'étant pas 24h/24 sur son ordi, il rate des choses, je comprends bien. Alors par un mécanisme assez bien connu de somatisation, de transformation de la pensée ou du malaise psychique en malaise corporel, il a mal au ventre, vomit, accuse des baisses de tensions, fait des malaises et tout et tout.



Alors nous avons parlé vie, vie aussi physique, "réelle" -même si la vie internet est aussi de la vie réelle-, hygiène de vie, vie relationnelle, activités autres que celle ordi, relations avec les autres, avec les parents, intérêts des parents, éducation... En fait, heureusement que mes parents mettent des interdits -deux heures seulement/jour d'ordi- sinon je crois que je ne mangerai même plus... Bienheureux le contrôle parental.
Ce matin, ce lundi matin de rentrée, il est allé au collège. Il a vomit sur le trottoir du collège. Mais il y est resté toute la journée (au collège, pas dans son vomi ni sur le trottoir). Je savais que ce soir je venais vous voir alors j'ai tenu bon, m'a-t-il dit.
Il n'est pas sorti de l'auberge, comme on dit. Il est accro à l'ordi et aux jeux en réseaux. Il veut en faire son métier plus tard, ou [s]'engager dans l'armée pour tuer en vrai oui je sais ce sera différent on n'a qu'une vie, en vrai. Il n'est pas sorti de l'auberge, il sait qu'il est accro. Mais ce soir je crois qu'il a compris une chose, c'est que ses parents ont bien raison de contrôler un peu les heures qu'il passe devant l'ordi.



Me fait un peu peur ce jeune quand même ! M'a dit qu'il pouvait contrôler mon ordinateur à moi... de chez lui. Alors, mon ordinateur devant lui, il a pris le contrôle de son ordi de mon cabinet... En me laissant entendre qu'il pouvait prendre le contrôle de n'importe quel ordinateur dont il connait le nom du propriétaire. Sont tombés dedans, moi je vous dis. 


mardi 6 mars 2012

Séduire – Rencontrer – Donner envie


Séduire – Rencontrer – Donner envie


Rencontres par internet, par agence, par petite annonce, voire par hasard, rencontre prévue au Café des Arts, au pied de la cathédrale ou au cœur d'une soirée-ami(e)s, si tu veux rencontrer l'amour (eux/se), il y a sans doute des choses à mettre de son côté :
Alors tout d'abord ne pas être seulement "en attente". Mais aussi en "chasse", même si le sens guerrier du terme peut prêter à confusion. Disons alors en "expression de désir"
Et mettre les choses de son côté, ou du moins ne pas les mettre de "pas son côté".

Exemple :
  • Ne pas arriver au premier rendez-vous en "Marcel" déchiré. Pas davantage qu'en décolleté affligeant (enfin ! Ça dépend de ce que l'on cherche !). Des femmes m'ont raconté des Marcel* déchirés pour un premier rendez-vous galant, oui oui.

  • Ne pas chipoter sur la facture du premier repas. Oui oui, j'en ai entendu qui chipotaient sur le partage au centime près : Et qu'est-ce que tu as pris toi ? Oui mais moi j'en ai mangé moins, et puis bon c'est vrai, j'ai pris un apéritif...
  • Ne pas mettre en avant ce qui peut être éventuellement perçu comme des "défauts" : Oui je fume, Oui je picole, Oui j'ai quatre enfants de quatre femmes / hommes différent(e)s, Oui je n'en vois plus que deux, Oui j'ai vécu avec 43 femmes/hommes (mais c'est toi que j'attendais)...

  • Ne pas parler pendant une heure de SA propre voiture, de SA maison, de SA réussite, ni de la valeur de la maison de la femme -ou de l'homme- que tu vois pour la première fois ni poser ces questions à celui/celle que tu rencontre (Vous êtes propriétaire ? Votre voiture date de quelle année ? Vos parents sont propriétaires (sic) ?

Au contraire, mettre en avant :
  • Ses qualités (la générosité, l'empathie, le revenu (?), du moins l'indépendance financière..)
  • Son désir de rencontrer vraiment quelqu'un.
  • S'habiller au moins propre et passe-partout si on ne sais pas à qui l'on a affaire.
  • Être prévenant, proposer de payer l'addition au premier repas... Et C'est toi qui paieras la prochaine fois ou A charge de revanche, ce qui par ailleurs dit ton désir de le / la revoir.


En fait, rencontrer "quelqu'un", c'est comme rencontrer un employeur éventuel : Mettre en avant ses compétences et ses qualités, en esquivant éventuellement un tant soit peu ses défauts et ses incompétences. Il ne s'agit pas de tricher (Très vite alors l'amoureux/se / l'employeur s'en aperçoit et adieu le contrat) mais de donner envie d'une suite... (Oui, comme les trois petits points).
Il faut être clair : Ou l'on a envie de donner à l'autre le désir de nous rencontrer à nouveau, ou l'on n'en a pas envie. Et si on en a l'envie, alors autant mettre le paquet. Que ce soit dans la vie amoureuse, dans la vie professionnelle ou dans la vie amicale, dans celle syndicale ou associative, ou même politique ou de voisinage, mieux vaut mettre les choses de son côté. On peut penser, à tord ou à raison, que cela relève par trop des conventions sociales mais il en est ainsi : Un homme n'impose pas à une femme qu'il désire ou dont il désire l'amour... de partager la note du premier resto. Il la paie. Point. Au risque de ne jamais la revoir... et de ne jamais avoir de retour sur investissement.
Il me vient une pensée : Et si l'engagement était aussi l'apanage de celui qui désire le plus et qui n'est sûr de rien ? Humilité oblige... Je t'offre et tu en feras ce que tu en voudras.


J'ai le sentiment, personnel et professionnel, que souvent les "choses" vont trop vite en matière de séduction. Salut toi ça va ? Tu fais quoi ? Tu es libre ce soir ? On y va ? et zou c'est parti mon kiki, le soir-même ou trois jours plus tard c'est la rencontre des corps en espérant la rencontre amoureuse. Et souvent le désenchantement : Et pourtant j'étais venu avec des fleurs... Je la kiffais grave cette nana ! Il m'avait dit qu'il était seul et je viens d'apprendre qu'il est marié ! 
 
Je rencontre régulièrement en consultation des "plaignants d'amour", de ceux-là (ou celles-là ça "marche" dans les deux sens) qui croient trouver le grand amour en dix minutes au café du coin ou à la soirée d'hier soir et qui finalement ne trouvent qu'un moment de plaisir (au mieux) ou de satisfaction physique passagère -grand bien leur fasse- mais qui quelques jours ou quelques semaines plus tard se retrouvent seul(e)s gros-jean comme devant et déçu(e)s encore une fois.
Entendons-nous bien : La rencontre physique et sexuelle est géniale, mais si elle ne s'accompagne pas d'une rencontre affective et sentimentale, du désir de l'être et non seulement du corps, elle ne reste qu'une rencontre physique et sexuelle et ce n'est pas ce que communément on appelle de l'amour et je n'ai rien contre. Sauf que ces plaignants du manque d'amour véritable et qui ne savent pas comment le trouver viennent consulter pour... avoir des conseils. 
 
Hier, je revoyais l'un de mes patients sauvé in extremis il y a quelques jours d'une tentative de suicide parce que, disait-il, Elle [l'avait] laissé tomber. / Vous vous connaissiez depuis longtemps, lui ai-je demandé. / Depuis une semaine.


lundi 27 février 2012

La magie d'une rencontre.




Je suis allé un jour, un soir, à un concert. Bien grand mot pour dire une représentation d'une petite chorale venant de je ne sais où. Un soir d'envie de sortie.Un soir de mélancolie. Un soir de rien mais de prêt à tout et d'envie de tout. Sans attente aucune cependant.
Au milieu d'une centaine de personnes aussi curieuses que moi, j'étais seul. Seul dans ma vie, seul dans mon cœur, seul dans mon lit. Seul quoi !
"Ils" ont commencé à chanter. "Elles", surtout ! Et "Elle" encore plus. Elle, que je ne connaissais pas, que je n'avais jamais vue, dont je ne savais rien, mais qui a attiré mon regard tout au long de la soirée. A vrai dire et bien qu’appréciant la totalité de la prestation de cette chorale, je n'ai vu entendu, senti, écouté, vibré que pour, elle. Sans explication autre que celle que mon regard sur elle.


A la fin de cette prestation chorale, j'ai cherché à la voir, à la rencontrer, à lui parler. Muni d'un pass spécial pas VIP mais de simple engouement, j'ai réussi à la rencontrer dans sa loge, enfin, dans la salle réservée aux choristes. Et je lui ai dit Je n'ai vu que vous, je n'ai entendu que vous, vous avez enchanté ma soirée. Merci.
Nous ne nous sommes jamais revu. Mais je repense parfois à cette femme de cette soirée-là. Elle m'a replacé (pour qui pourquoi ?) sur le chemin de la vie.

C'était le 3 octobre 1992. C'est à partir de ce jour-là que j'ai décidé d'être heureux.

dimanche 12 février 2012

Bienveillance




L'un des "problèmes", dans les relations humaines, c'est que lorsqu'on ne connait pas bien l'autre, lorsque l'on est en phase d’apprentissage de l'autre, c'est justement qu'on ne connait pas l'autre.Et quand bien même on le fréquenterait depuis un long temps, on ne sait jamais vraiment tout de l'autre.
Je fréquente suffisamment les forums, msn et autres moyens de communications internet pour m'en apercevoir : Les blagues, les biaiseries (oui, je sais, cher correcteur d'orthographe, tu me dis que ce mot n'existe pas mais je l'emploie quand même) en tous genres, les grincements d'humour, on ne sait pas toujours comment les prendre... Est-ce que "l'autre" blague ou est-ce qu'il est sérieux ? Est-ce qu'il fait preuve d'humour vrai ou pas ? Parfois alors "on" prend la mouche, on vit mal ce que l'autre dit / écrit. Et cela me fait penser :
L'apprentissage de l'autre est une délicatesse qu'on lui doit. Que ce soit dans la vie réelle ou dans la vie internaute. Prendre la peine de penser à ne pas froisser l'autre ou faire en sorte qu'il ne prenne pas notre intervention comme une agression....
Entrer en contact avec un autre, c'est tenir compte aussi de l’absence de savoir sur lui et accepter de ne pas savoir, ni ce qui lui fait plaisir, ni ce qui le blesse, de ne pas connaitre (toute) son histoire.
Dernièrement sur un forum consacré au couple et à ses problématiques, j'ai été témoin d'une prise de tête malheureuse : L'un des participants, après intervention d'un autre, écrit au premier Je m'occuperais bien de ta femme. C'était de l'humour peut-être, mais le premier intervenant ne l'a pas entendu ainsi : Tu peux peut-être même pas imaginer ce que je ressens et je t'emmerde. Quand l'autre l'a traité de "basique" (sous-entendu "Tu n'as pas compris que c'était de l'humour"), le premier s'est véritablement emporté : Si tu ne comprends pas que certaines de tes paroles écrites puissent faire du mal (sans même que tu en aies l'intention je te l'accorde même), alors c'est toi qui est basique. Je vous laisse deviner la suite...

L'intelligence relationnelle, c'est aussi savoir que l'on ne sait pas tout à propos de l'autre, et que ce qui peut sembler léger à certains ne l'est pas forcément pour l'autre...
Lorsque l'on rencontre un autre, on ne connait pas son histoire, et même lorsqu'on la connait (mais on ne connait que ce que l'on sait et que l'autre nous en dit) il reste des secrets, des blessures peut-être, des histoires enfouies et non-dites, de ces choses présentes mais parfois non-sues et bien souvent non-dites.
Rencontrer un autre, c'est accepter de ne pas tout savoir sur lui (oui, je sais, je me répète) et prendre ses précautions quant à son histoire non-sue. Que ce soit dans la vraie vie physique ou dans la vie internette, il faut alors sans doute prendre des précautions... On ne sait jamais vraiment à qui l'on parle ni ce qu'il a vécu. Alors plutôt que de risquer de le blesser (l'autre)... allons-y doucement. Ce qu'il lit et comprend n'est pas forcément que que nous lui avons dit.

Peut-être cela s'appelle-t-il de la bienveillance.

mardi 7 février 2012

L'homme battu



La femme battue fait malheureusement parfois la Une des journaux. Et c'est tant mieux. Non qu'elles soient battues, les femmes, mais qu'on en parle. Une femme meurt tous les trois jours, en France, sous les coups de son mari ou concubin. C'est terrible. Je voudrais bien trouver d'autres mots, je n'y parviens pas. Il n'y a pas d'autres mots pour qualifier ces actes. Horrible ? Inhumain ? Insensé ?
Les hommes battus ? On en parle moins. On n'en parle pas. Mais ils existent. Certaines statistiques donnent le chiffre effarant de 10%... Oui oui, vous lisez bien, 10% des hommes seraient battus par leurs femmes ou compagnes !
Ce n'est pas une légende, c'est un fait statistique. Mais c'est tellement incroyable... qu'on n'y croit pas !
La violence de la femme à l'égard de «son homme» est surtout psychologique. Physiquement, c'est moins possible, compte tenu des différences générales entre hommes et femmes. Cette violence atteint l'intégrité psychique de l'homme, par des procédés subtils, directs ou indirects. Elle est souvent concentré sur un travail de détricotage et de dénigrements des différents rôles tenus par l'homme aussi bien dans les sphères privées que publiques, rôles qui construisent son identité masculine, du moins celle véhiculée par la société.
La femme violente est une agressive passive, l'agression se jouant le plus souvent dans une négation de l'autre, l'homme, dans son rôle et son statut d'homme, y compris... au lit. La négation de l'homme se joue aussi et parfois surtout dans la négation de la relation physique à lui... Les femmes disposent là d'une arme redoutable !
La femme violente sape la compétence professionnelle de son conjoint : il n'est qu'un bon à rien. Elle sape sa compétence de père : il n'est pas un bon père. Elle seule sait ! Sapage de son rôle d'amant, de son rôle de père, de sa compétence professionnelle, mais aussi de ses relations amicales... Mon homme n'est pas un «bon» homme.
Bref, la femme prend le pouvoir.
Si je vous parle de cela ce soir, c'est parce que c'est l'histoire de mon patient de cet après-midi. Sept ans de mariage, et peu à peu l'emprise, la manipulation, les interdictions (de foot, d'amis, de présence auprès des enfants, de... choix du film de ce soir...), la main-mise d'une femme sur toutes -et je dis bien TOUTES- les activités de son mari.
Ce qui l'a décidé à venir me voir aujourd'hui est la porte fermée de sa maison samedi dernier (il y a trois jours) parce qu'il n'était pas rentré à midi et douze minutes (sic), le temps chronométré par madame pour le trajet fin du travail-maison...
Cette femme grignote, a grignoté pendant sept ans les moindres recoins de la vie de son homme, jusqu'à en faire son objet... La gifle monumentale qu'il a reçue samedi à midi-et-quatorze minutes -et à propos de laquelle le médecin lui accorde 5 jours d'arrêt de travail- est le déclencheur chez lui d'un NON impossible à dire, mais qu'il espère pouvoir dire très vite... avec l'aide du psy que je suis.
La honte, l'impuissance, la peur du ridicule (Franchement, vous imaginez un homme se présenter à la gendarmerie pour dire Ma femme me bat ?) font que de nombreux hommes ne disent jamais rien de leur calvaire. Et comment «prouver» ? L'arme est plus psychologique que physique. Le harcèlement est plus difficile à prouver que les coups.
L'homme battu, ce n'est pas une légende... C'est de la réalité cachée, voire insoupçonnée... donc cachée. Mais ça existe... Ca existe dans l'ombre, dans l'intimité des chaumières et des lits. Et les hommes, dans leur grande majorité, ne peuvent tellement pas le reconnaitre qu'ils ne le disent pas, qu'ils se taisent...
Bon, je sens déjà les attaques -ou les défenses-... «Oui mais les femmes sont plus battues, oui mais les hommes sont plus agresseurs.....» Oui, Ok, c'est vrai...
Ce que je défends là est la stricte interdiction et la bêtise, connerie, inefficacité... d'agresser l'autre, qu'il soit femme, homme, juif, noir, enfant, vieux, jaune, petit, bleu, malade, grand, boutonneux, unijambiste ou muet...
Ce que je défends, c'est le respect de l'être humain, quel qu'il soit, quel que soit son sexe, sa couleur, sa religion, ses croyances, ses habitudes, son éducation, ses peurs, ses envies, ses pensées...
Il est interdit d'humilier un autre, d'en faire son objet, de le nier en tant que sujet...
Ce que je défends pas, ce sont les comportements : La souffrance, le malheur, le désir, la soif de pouvoir, la pauvreté, la frustration... ne sont et ne seront jamais pour moi des excuses à l'agression. Même si ce sont des explications...



Tout ça à cause d'un homme venu me voir aujourd'hui parce que sa femme n'a pas supporté deux minutes de retard ! ! !

lundi 6 février 2012

Il ne met pas ses chaussettes sales dans le panier à linge.




Les motifs exprimés d'une consultation sont parfois bien... étranges ou bien légers (?).
Ainsi dernièrement ai-je reçu une jeune femme venant consulter au nom du couple (Je viens en éclaireur pour une thérapie de couple) parce qu'il ne veut rien faire lorsqu'il est là et surtout il ne met jamais ses chaussettes sales dans le panier à linge. Lorsqu'il est là, il ne fait rien, il me regarde, il regarde la télé, il ne lui vient même pas à l'idée de faire quelque chose pour la maison, tenez, par exemple, il ne fait jamais la lessive, jamais... oh et puis ça m'énerve, il ne met jamais ses chaussettes sales dans le panier à linge.
Vous l'avez compris, l'histoire des chaussettes sales qui trainent, pour autant qu'elle soit vraie, n'est qu'une partie émergée de l'iceberg. C'est gênant, c'est chiant, ça ne rend pas la vie agréable, mais surtout ça cristallise tout ce qui ne va pas dans ce couple : Le sentiment que madame a de TOUT faire, celui qu'elle a que son homme est posé là, qu'il profite d'elle et qu'il ne la respecte pas, le sentiment qu'il s'en fiche, qu'elle sert de bonne, de cuisinière, de p.... et j'en passe. Bref... partie émergée d'un sentiment d'inutilité et de non-amour alors que son propos se termine par ces mots : En fait il ne m'aime pas.
En dix ans, pas une fleur, pas un compliment, pas un Je t'aime, comme s'il suffisait qu'il travaille et ramène l'argent à la maison pour qu'elle soit en sécurité affective.


Mais bon, ce n'est pas de ce couple en particulier dont je voulais parler -bien qu'il y en aurait des choses à dire-, mais des motifs premiers de consultation, vous savez, ces premières paroles que l'on dit au psy pour "expliquer" pourquoi on vient consulter. Souvent le patient ne se "déshabille" pas le cœur et l'esprit la première fois et d'ailleurs il vient pour que le psy l'y aide. Chaque patient introduit le motif de sa consultation à sa manière, et si parfois certains y vont tout de go en disant Je picole et je n'en peux plus ; Ma mère est décédée et je n'arrive plus à vivre ou Comment savoir si je l'aime ?, d'autres introduisent leur problématique par des biais bien différents: Mon fils [de 23 ans] ne veut pas que je rentre dans sa chambre – Mon fils ne peut pas manger autre chose que de la nourriture rouge – Je ne peux pas rouler sur une autoroute – Mon fils a pissé sur un policier (sic) ... Ce jour-là ce fut Il ne met pas ses chaussettes dans le panier à linge.
Bien entendu le motif "réel" de la consultation n'est pas celui-là. Bien entendu qu'il est parfois difficile de dire au psy ce qui véritablement nous tracasse. Et bien entendu aussi que le patient "tourne" parfois autour du pot, et peut même le faire pendant...longtemps, comme ce jeune homme qui, venu consulter pour "timidité maladive" (premier motif avancé par lui), a mis plusieurs mois à me dire qu'il souffrait de son homosexualité et du silence dans lequel il s'était lui-même enfermé.
Cela fait partie du jeu -et du Je- que de tourner autour du pot. Dans le réel, parce que ce n'est pas facile de dire les choses, et dans la symbolique parce que celle-ci nous échappe le plus souvent, sans compter la difficulté que l'on a tous à se regarder en face. Il est effectivement bien plus facile de se dire que nos problèmes de couple proviennent de l'autre qui ne met pas ses chaussettes dans le panier à linge que de se dire que l'amour s'est terni... voire qu'on y est peut-être pour quelque chose, ce que cette femme "avouera" quelques séances plus tard : J'ai rencontré un autre homme et je ne sais que faire.

mardi 31 janvier 2012

SAS

Quand on va visiter quelqu'un en prison, il y a le sas. Le sas ? LES sas. Vous savez, ces endroits entre deux, ces endroits où vous n'êtes nulle part, sinon entre deux quelque part.
Premier sas : La salle d'attente. Je veux dire "la salle d'attente pour être en droit d'attendre". Tu es là, avec plein d'autres qui attendent. Faut pas arriver en retard. Surtout pas. Parce que si t'arrives en retard c'est trop tard. Alors t'arrives un quart d'heure en avance. Et tu attends.
Tu attends que les agents de la pénitentiaire arrivent. Et tu fais la queue. Pour présenter ta carte d'identité et t'entendre dire un chiffre, un numéro, celui de la petite pièce où tu vas rencontrer celui ou celle à qui tu viens rendre visite.
Ensuite tu passes dans le vrai sas, celui qui est fermé à double tour côté rue et liberté, et côté prison proprement dite. 20 ou 30 personnes dans un tout petit espace. On dit un nom. Si c'est le tien, tu y vas. Si c'est pas le tien tu attends qu'on dise le tien. Quand le nom est dit et que c'est le tien, tu enlèves tes blouson, sac, chaussure, ceinture et tu mets le tout dans une machine qui t'avale tout ça et qui te scanne le tout que si ça sonne tu peux pas passer le scanner à ton tour mais en général ça sonne pas alors tu passes et tu récupères de l'autre côté tout ce que tu as laissé dans la machine.
Et nous voilà tous très serrés de l'autre côté de la pièce, autre sas de compression. C'est alors que si tu en as tu déposes le sac de vêtements que tu amènes à celui que tu viens visiter. Et tu attends.
La porte s'ouvre, avec un doux bruit de déclenchement électrique. Et tu te retrouves dans une cour. 20 mètres à parcourir, parfois sous la pluie mais que 20 mètres quand même. Et tu attends. Quoi ? Que le gardien, enfin, l'agent de la pénitentiaire rejoigne le groupe. La porte s'ouvre sur le cinquième sas. Alors tu entres dans une petite pièce toute en longueur. Avec, dans un coin, protégé par de grosses vitres que je suppose blindées, un agent entouré de dizaines d'écrans et de dizaines de talkies que tu peux toi-même regarder les écrans avec vue sur "l'extérieur".
Et tu attends. Et tu entres finalement dans "la prison". Autre petite cour. En fait tu es dans le no man's land, dans le entre deux, entre l'enceinte extérieure et celle intérieure. Pour la première fois tu vois des barbelés, des barbelés très sophistiqués, comme des lames de rasoirs serties sur des fils de fer en rouleau. Tu aperçois au loin deux miradors. Tu te dis qu'en cas de connerie ils doivent pouvoir te descendre au moindre clignement d’œil. Et tu attends encore.
Et tu entres dans une autre salle. Deux tableaux naïfs au mur. Quelques rappels sur du papier défraichi. Du genre Ne pas apporter aux détenus de boissons alcoolisées, du genre que si quelqu'un veut t'aider et se réclame du "Chemin du bonheur" (non Joelle je sais que c'est pas toi) c'est l'église de scientologie qui cherche à te recruter, du genre qu'il ne faut pas cracher par terre et bien se laver les mains pour ne pas transmettre des maladies.... Du genre.
Et là tu as tout le temps de lire. Tu as tout le temps d'attendre. Parce que, à moins de faire partie du premier groupe de visiteurs, tu attends... Tu attends que les détenus visités avant celui que tu vas visiter soient fouillés, des fois que malgré les multiples sas ils aient pu recevoir de leur visiteur un quelque chose d'interdit. Alors pendant que tu attends, les visiteurs d'avant attendent aussi. De l'autre côté de la vitre qui nous sépare dans la même pièce.
Une fois que les détenus visités avant ont tous été fouillé ("au corps", comme on dit et que j'imagine à peine ce que c'est, même si je sais qu'ils doivent entièrement se déshabiller), leurs visiteurs se voient libérés... dans la même salle que les visiteurs dont tu fais partie. Hooo... pas en même temps. Il a fallu avant que les portes s'ouvrent vers nos visités à nous et que la porte vers le "patio" se referme. Le patio, c'est un petit jardin de... 20 mètres carrés, avec des arbres et des buissons et des cannettes de bière et des détritus que tu te demandes comment ils sont arrivés là... Le patio donc, est au centre d'un couloir d'une vingtaine de cabines où tu vas enfin pouvoir rencontrer celui que tu es venu visiter.
Là tu entres dans la cabine du numéro qu'on t'a donné lorsque tu as remis ta carte d'identité dans le premier sas, pardon, le deuxième. La première fois, lors de ta première visite, tu es tellement stressé que tu as oublié ton numéro mais bon, les agents sont là, aimables pour te le re-donner.
Et enfin, enfin après une demie-heure/ ¾ d'heure d'attente et de passage de porte et de passage et sas et d'angoisse si tu es claustro... tu rencontres enfin celui que tu es venu voir, celui que tu aimes, celui qui est là, enfermé.
9 mètres carrés. Une table. Trois chaises. La lumière extérieure venant du hublot de toit. Un peu de vie à travers des peintures, des dessins sur les murs et quelques graffitis d'enfant ou d'épouses désireuses de laisser une trace... et deux hublots, l'un donnant sur l'intérieur de la prison proprement dite, l'autre sur le "patio".
Et une demie-heure pour dire ta peine, la sienne, la vie, les regrets, l'affection, l'amour, les larmes, la colère, ... et bien d'autres choses encore qui te semblent ridicules une fois que tu es sorti de là.

Et le détenu ressort. Et tu attends. Et tu passes dans le patio. Et tu te retrouves dans la dernière salle, séparé de ceux qui vont à leur tout visiter leur amour, leur fils, leur papa, leur copain... et tu attends... Tu attends ce que tu sais seulement quand tu y es : Que chaque détenu ait été fouillé et "blanchi"... Alors seulement tu peux sortir dans la petite cour / no man's land avec les barbelés en forme de rasoir. Les uns rient, d'autres sont graves, baissent la tête ou regardent le ciel. Souvent gris le ciel, même si objectivement bleu. Les  enfants continuent à jouer. Ça fait sourire les adultes. Heureusement qu'ils sont là, les enfants !
Et tu te retrouves dans la petite cour. Tu ne sais pas qui est emprisonné là... Il y a des grilles, des visages aux fenêtres derrières les grilles. Des visages de jeunes garçons, ai-je pu constater souvent. Tu entres assez rapidement dans le dernier sas. On te rends ta carte d'identité, tu prends éventuellement le sac de vêtement à laver que ton détenu visité t'a laissé... et tu attends. Tu attends que chacun ait récupéré sa carte, ses vêtements, éventuellement les choses qu'il n'avait pas le droit d'amener dans l'enceinte de la prison et ... tu sors. L'air. L'air libre. La liberté.
Tu vas à nouveau dans le premier sas récupérer ce que tu as laissé dans les casiers (cigarettes, clefs de voiture, téléphone...) et zou... tu files... tu files rejoindre ta voiture en te disant que c'est un mauvais rêve. Tu viens de passer trois heures hors du temps pour une demie-heure avec celui que tu aimes... et tu reprends ta voiture. Tu regardes le soleil ou les nuages ou les arbres comme si tu les découvrais pour la première fois, tu t'allumes une clope en te disant que même si t'en allumes cinq d'un coup personne te dira rien, tu vas au Casto ou au Casino ou dans n'importe quel magasin du coin et tu achètes une connerie en prenant conscience que tu as le droit de le faire, tu vas t'acheter un sandwich parce que tu en as envie même si t'as pas faim... et en regardant le mur de la prison, tu te dis que tu ne supporterais pas d'y passer ne serait-ce qu'une semaine.
Et alors tu as envie de vivre. Et tu te dis que la vie, vaut mieux en prendre soin. Et tu te prends à penser que celui que tu viens de visiter est décidément un pauvre con. Et tu te prends même à penser que même ceux que tu aimes tu peux les traiter de cons. "Petit" peut-être mais con quand même ! Et tu te prends à penser que même si tu sais la nécessité de l'incarcération des hors-la-loi, quand elle concerne l'un de tes enfants, ça te fait mal...
Pour voir et parler avec mon garçon, je dois et il doit accepter que j'en passe matériellement 9, de sas ! Et 9 pour le retour ! Et vendredi dernier, comme pour la première fois, cela m'est apparu insupportable, insurmontable. Au point que je ne sache pas ce jour si je serai capable d'y aller à nouveau. Même si je sais je j'y retournerai. Parce que c'est mon fils et qu'il est certainement plus en souffrance que moi et que je suis son père, quoi qu'il ait fait.

Positivement (et je sais être positif même si paradoxalement je sais aussi être très pessimiste), je me dis que les sas (étrange ce mot ! Sas, sasse?, ressasser...) sont aussi des passages. Des couloirs, des passages encore, vers "autre chose", vers du mieux on peut l'espérer. Comme un quelque chose entre deux états... Le sas peut être une traversée du désert, comme on le dit pour les artistes, les politiques, les tout-un-chacun qui perdent pied à un moment de leur vie. Mais ce peut être une traversée du désert salutaire, de celle qui permettent la résurrection, la rencontre, le mieux, voire le bien...

lundi 23 janvier 2012

Changement de lunettes

La façon dont on regarde la vie change la vie.
Oui, je sais, c'est une évidence. Enfin, si pour certains ça semble l'être, ça ne l'est pas pour beaucoup d'autres.
Il ne suffit pas, en effet, de chausser des lunettes roses pour voir la vie en rose, ni de mettre des lunettes bleues pour voir la vie en bleu... Il ne suffit pas.
Et pourtant combien de fois mettons-nous nos lunettes à verres noirs ?

C'est encore, bien sûr, la symbolique du verre à moitié plein et du verre à moitié vide. Il semble que nous oubliions trop souvent qu'il s'agit du même verre. Et que les représentations que nous avons de la vie se comportent comme les lunettes que nous mettons le matin. Il pleut... c'est une sale journée qui se prépare ou Il pleut... ça va faire du bien à la terre et aux plantes ? Au visage si l'on court sous la pluie, aux nappes phréatiques qui en ont bien besoin...?
Il pleut. Autant s'en réjouir. Du moins ne pas s'en rendre malheureux !

Mon premier devoir de philo, en Terminale, fut "Il vaut mieux prendre la vie avec philosophie. Commentez". En pleine tourmente post-adolescente, j'avais réussi à réfléchir à ce sujet tout à fait correctement puisque la note de 14/20 m'avait été attribuée, la meilleure de la classe. (Je n'en étais d'ailleurs pas peu fier, moi à qui le prof de français répétait depuis deux ans que je ne saurais «jamais penser ni écrire correctement» (sic))... Prendre la vie avec philosophie... Facile, lorsque les roulettes de la vie sont bien huilées ! Un peu plus difficile lorsque la vie et ses roulettes se grippent. Et pourtant ! Et pourtant c'est sans doute un état d'esprit qu'il est possible d'apprivoiser. En posant les choses, en retournant le verre et en mettant d'autres lunettes que celles qui nous font voir la vie en gris, voire en noir... J'irais même jusqu'à dire "retourner les choses pour qu'elles soient jolies".

Lorsque mon amie Yolande est morte -non non, ne soyez pas triste pour moi, c'était il y a deux ans-, ce fut triste, ce fut triste pour elle, qui avait sans doute encore des choses à faire et à dire sur cette terre. Ce fut triste pour ses filles et son mari, pour ceux et celles qui l'aimaient et qu'elle aimait. Ce fut triste mais ce fut ainsi. Et au-delà d'une tristesse très liée à l'absence de l'autre et au sentiment d'abandon et à bien d'autres encore, nous avons les uns et les autres vécu autre chose : Le partage, le lien extraordinaire entre ceux qui s'aiment, l'union, la liberté d'être et la liberté des êtres... La fin de sa souffrance, bien sûr.
Non, il ne faut pas que les gens que l'on aime meurent pour vivre de telles émotions d'amour, non il ne faut pas que les gens qu'on aime souffrent pour s'apercevoir des liens qui existent et les mettre en "jeu". Mais lorsque ça arrive, remercions-les de nous donner, aux uns et aux autres, l'occasion de dire notre affection.

Une histoire belge (ou plutôt, française à propos des belges) dit que le belge a deux verres sur sa table de nuit, l'un vide et l'autre plein "parce que des fois il a soif et des fois il n'a pas soif". C'est une autre façon de penser le verre à moitié vide et celui à moitié plein.

En fait, non seulement pouvons-nous apprendre à regarder la partie pleine du verre, mais encore pouvons-nous apprendre à le remplir nous-même. Et peut-être ainsi cesserons-nous de nous lamenter sur la partie vide des verres...

Moralité : Si l'on chausse des lunettes noires, on est certain d'aller dans le mur. Si l'on en chausse des roses ou des bleues ou des pas teintées du tout, on s'offre au moins la chance de l'éviter. Le mur !

lundi 16 janvier 2012

Demander ou affirmer ?

Elle me dit A chaque fois que je lui demande il me dit NON. Je lui réponds que si elle demande, elle s'expose de fait à un NON possible. Elle me dit Mais si je ne demande pas je n'aurai pas. Je lui suggère qu'il il y a peut-être une autre façon de faire (pour "avoir" ce que l'on souhaite). Elle me dit Alors il ne faut plus que je demande ? Je lui dis que ce peut être une solution. Elle me rétorque que Alors je ne demanderai plus et je n'aurai plus rien. Je lui dis alors qu'il est pas question qu'elle n'"ait" plus rien, mais de peut-être elle peut s'y prendre différemment.

Je rencontre bien des femmes qui sont "soumises" à leur mari. Oh ! Pas soumise par pression, par violence ou maltraitance, mais soumise par habitude. Et par peur. Peur ? Oui peur, peur. Peur du NON. Peur de prendre le risque qu'il dise NON, peur d'être désavouée, rejetée, non-aimée. Soumise par construction psychique, de celle qui projette sur le mari et "l'autre" en général leurs propres peurs... de ne pas être aimée. Et qui les fait demander alors même qu'elles savent qu'on va leur dire NON.

Demander, c'est s'exposer, disais-je plus haut, à ce que la demande ne soit pas exaucée. C'est se placer en-deçà de celui ou celle à qui l'on demande, non que la demande soit sens d'affaiblissement et de soumission, mais de fait demander c'est se soumettre à l'autre. Et c'est accepter de fait la réponse de l'autre. Ce qu'oublient bien des parents d'ailleurs... Vous avez tous vécu cela. Pour exemple :
- Tu veux de la soupe ?- Nan, je veux pas de soupe.
-  Si, tu dois prendre un peu de soupe.
- Non, je veux pas.
- Bon alors va te coucher, T'es toujours pareil, tu veux rien de ce qu'on te propose et na na na et na na nère...
Non. Sans blague... Vous demandez à votre gamin s'il veut de la soupe ou vous voulez l'obligez à manger de la soupe ? Si vous voulez absolument qu'il mange sa soupe, ne lui demandez pas.

C'est pareil avec les maris, les femmes, les patrons, les voisins et tout et tout. Si vous "demandez", vous vous placez de fait dans l'obligation d'accepter la réponse de l'autre.

Ma patiente, depuis des années, depuis tout le temps, est dans la demande. Elle imagine même que son mari puisse prendre plaisir à lui dire NON (vacances, lieu des vacances, sorties, restau, etc...). Mais nom de non... Il ne prend pas plaisir à lui dire NON mais elle lui donne ce pouvoir. Alors pour peu qu'il n'ait pas envie, il dit NON, puisque  il sait que son NON passera.
Il y a quelques temps, elle lui a dit (bravo la thérapie !), pas demandé mais dit ! qu'elle allait au Mont Saint Michel, qu'elle aimerait qu'il vienne avec elle mais que s'il ne venait pas elle irait quand même. Eh bien devinez quoi ? Il n'y est pas allé avec elle. Mais quand la fois suivante elle lui a dit qu'elle s'offrait une semaine de vacances à Biarritz et qu'elle aimerait qu'il vienne avec elle mais que s'il ne venait pas elle irait quand même (bravo la thérapie !), il a dit Ok je pars avec toi. Alors que jamais en trente ans de mariage il n'avait dit OUI à l'une de ses "demandes".

En matière d'amour, ou du moins d'affection, il n'est guère correct de parler "stratégie", et cependant, même en matière amoureuse, des habitudes s'installent, des rancoeurs s'installent, mais des habitudes surtout. Et quand on a l'habitude de demander et de s'entendre dire NON, on finit par ne plus demander.

L'on en vient alors à l'affirmation de soi.
Bien souvent, pour s'affirmer, on affirme que ses demandes. Et l'on s'étonne ensuite parfois que nos demandes ne soient pas satisfaites. Et si cela dure, on en veut à l'autre de ne pas satisfaire nos demandes, et on s'en veut à soi-même de ne pas avoir été capable de dire simplement les choses ou de les affirmer. C'est je crois ce qu'a compris ma patiente ce soir... Qu'au lieu demander, il valait mieux dire ses désirs. Au risque que "l'autre" ne les suive pas, mais au moins au risque qu'il les suive. Il ne s'agit pas d'écraser l'autre, de le soumettre à son tour comme on a le sentiment d'être ou d'avoir été soumis(e), mais simplement de dire ce que l'on veut.
Dire. Pas toujours demander...

Petit moment d'humanité

Sas d'entrée de la prison vendredi après-midi. Passage sous le scanner. Fouille d'une des visiteuses. Ambiance très tendue parmi les visiteurs. Regards bas. Sourires, non, pas de sourires, même crispés. Silence de mort. Pas gaie, l'ambiance, vendredi 13 janvier.
Et une femme enceinte, "très enceinte", même, fait "sonner" le scanner. Qu'avez-vous sur vous ? demande l'agent pénitentiaire. Sur moi, rien. En moi, oui répond la jeune femme enceinte. Sourires dans la salle. C'est pour quand ? demande gentiment l'agent. Pour mars répond la femme. Mais vous êtes très...  / Oui mais j'en attends deux, termine la femme très très enceinte. Sourires francs dans la salle.
Moment d'humanité tendre dans un sas où sont rassemblés ceux qui vont rendre visite à un fils, un frère, un père ou un copain... en prison.

Je suis toujours aussi mal à l'aise, je me pose toujours un tas de question sur ces visites, sur ces gamins de parfois même pas un an et sur ceux de 7, 10 ou 15 ans qui se retrouvent dans cet univers étrange. En ce qui concerne cette femme enceinte, ces deux petit(e)s vont naitre sans leur papa, cette femme va accoucher sans son homme. Il y en a qui décidément démarrent dans la vie avec moins de "chances" que d'autres. Et ce petit garçon, l'autre jour, lors d'une autre visite, qui demande à sa maman Quand il va sortit papa ? / Je ne sais pas répond sa maman / Ah ben alors on pourra encore venir le voir ici et jouer avec lui sur la petite table. Mais il n'y a pas le droit d'amener des jouets. Alors j'imagine qu'ils parlent, qu'ils parlent, qu'ils parlent. Un parloir c'est fait pour cela : Parler. Se toucher. Faire l'amour même, même s'il y a de grands hublots par lesquels les gardiens ne passent jamais le regard. Parce qu'ils savent que les couples profitent aussi de ces moments de mauvaise intimité pour se toucher...
Les petits ont été faits dans le parloir, me dira la maman enceinte plus tard...
Étrange moment d'humanité dans un monde étrange.

mardi 3 janvier 2012

Souvenir.... Le film d'un accouchement en classe Terminale


L'éducation sexuelle à l'école n'est pas toujours "bien" faite. Voire pas du tout faite.
Cet après-midi, un ado (14 ans, c'est un ado, n'est-ce pas ?) me dit Je n'y connais rien, je ne sais rien, je ne sais pas où trouver les informations (éducation pré-suppose information). Et des souvenirs remontent brutalement à la surface.


Tout petit déjà j'ai su comment on faisait les bébés. Tout petit je savais que les bébés ne poussaient pas dans les choux ou dans les roses. Ma mère m'avait expliqué -joli livre très bien fait à l'appui- vers cinq ans les histoires des petites graines, de ventre et d'accouchement (dommage que je n'ai pas mon appareil-photo, je vous aurais mis une photo du livre, que j'ai encore), en me disant que c'était secret, qu'il ne fallait pas trop en parler à l'école parce que certains parents n'expliquaient pas les choses comme ça à leurs enfants (Hey, on est en 1962, là).
J'ai donc grandi avec cette certitude-là de savoir des choses que les autres ne savaient pas. Et donc "tranquille" en matière de sexualité, du moins en matière de bébés et de fabrications de bébés.


Mais le souvenir qui m'est revenu cet après-midi est d'un autre ordre : Classe Terminale. 1975. Education sexuelle oblige, proposition -Que dis-je ?- obligation un jour de se rendre dans l'amphi pour visionner.... un accouchement.
Une centaine de garçons, trois filles (la mixité n'était pas encore la règle en lycée, du moins commençait tout juste), les copains avec leurs lourdes blagues plus ou moins salaces, et le film commence. Cru. Médical. Mais plein de tendresse et d'amour aussi.
Dire que les copains n'avaient aucune éducation en matière médico-anatomico-obstétricale n'est pas un scoop et je n'avais pour ma part jamais vu ni de près ni de loin un accouchement même en film, mais j'ai accueuilli ce film avec tendresse et bonheur, me faisant au passage traiter de certains qualificatifs désobligeants et très désobligeants pour les filles et pour les femmes en général. Les copains sortaient de l'amphi les uns après les autres, estimant à grand bruit que cela était inintéressant, que cela ne concernait pas les hommes (qu'ils coyaient être), qu'ils n'en n'avaient rien à faire, etc... Je ne me privais pas pour ma part de leur dire qu'un jour ils seraient peut-être papa et.... Pfff ! Peine perdue. Comme si devenir papa un jour n'était pas dans leur pensées ! Et puis c'était pas viril, ça, de s'attendrir quelque peu sur quelque chose d'ordre affectif.
Moi je tenais bon. Certaines images me... comment dire, me ... me... dépassaient un peu, mais je laissais couler quelques larmes d'émotions sur mes tites joues. Jusqu'à ce que mon copain Philippe, assis à côté de moi, me prenne le bras et me dit Psyblog, je me sens pas bien. Il a eu juste le temps de me dire ça et a tourné de l'oeil.... Mince alors, juste quand le bébé sortait du ventre de sa mère !
J'ai appelé dans la salle, crié que Philippe n'allait pas bien. Des infirmières, prévues pour un débat/questions-réponses pour après le film, sont venues, ont emmené Philippe et Zou ! J'ai raté la fin du film et une grande partie du débat.
Alors bien sûr Philippe s'est fait traiter de tous les noms par la suite (par ceux-là même qui ont quitté la salle par incapacité d'attendrissement ou de je ne sais quoi d'autre). Moi aussi. Mais en plus, j'ai "gagné" la possibilité d'aller revoir le film (et voir la fin) .... au lycée d'à côté la semaine suivante. Oui oui, celui-là même où il n'y avait QUE des filles ! Un vrai bonheur !
Ceci dit, ce film et le débat qui a suivi fut un vrai régal. Je ne savais pas encore que moins de deux ans après, j'allais le vivre en vrai en devenant papa à mon tour !

lundi 5 décembre 2011

Echanger notre vie ?

ou Serions-nous vraiment prêts à échanger notre vie contre celle d'un autre ?


Dans son dernier billetCoumarine (se) pose une question étrange : Si je devais choisir, je me demande ce que je prendrais... Garderais-je mon épreuve? Ou choisirais-je celle de mon voisin? Oui, je sais, drôle de question... je me la suis posée hier...

Je m'empare alors de cette étrange question (à moins que ce ne soit la question qui ne s'empare de moi ?) :
Il arrive que dans mon cabinet, mais aussi et vous l'avez certainement entendu dans la vie courante, que des personnes disent qu'elles envient telle ou telle personne, qu'elles aimeraient, comme telle ou telle, vivre cette vie-là, que d'autres ont de la chance, que ce n'est pas à elles-mêmes que cela arriverait etc...
Je ne me méfie pas de ces paroles d'envie, et pourtant j'ai bien envie moi de la mesurer, de les relativiser, et peut-être-même de les contrarier.

Envier l'autre et ce qu'il vit, c'est faire fi de se qu'il vit en réalité, c'est ne s'attacher qu'à une toute petite partie de sa vie, celle visible par nous-même de notre position et avec nos lunettes à nous. C'est même souvent faire fi de la réalité pour ne s'en prendre qu'à ce que nous en percevons.
Et c'est pourtant ce qui fait en partie notre "malheur". Coumarine se demande contre quelle maladie, contre quelle souffrance elle échangerait bien la sienne. Elle se répond bien vite, même si elle ne le dit qu'entre les lignes, que c'est une question absurde, tant échanger voudrait dire "tout" échanger", maladie, souffrance, mais aussi vie toute entière du moins est-ce ainsi que j'entends sa question.

Je n'ai pas d'argent, j'aimerais en avoir. Mes jambes ne fonctionnent plus, j'aimerais bien qu'elles fonctionne. J'ai toujours eu envie d'avoir une fille et j'envie les papas qui ont une fille. J'aimearis avoir une voiture qui roule bien et j'envie celui qui en a une qui roule bien. J'échangerais bien mon rein contre deux qui font bien leur boulot de reins. De là à échanger ma vie contre celle d'un autre qui auraient ces fonctionnalités que je n'ai pas ???

Je rencontre à longueur de journée des personnes qui se plaignent de leur vie. Ah comme j'aimerais avoir une belle maison comme celle du docteur Untel, me dit une dame l'autre jour. Vous aimeriez être le docteur Untel ? lui demandai-je alors. Oui, j'aimerais, un travail valorisant, de bons revenus, et cette maison, si vous la voyiez !
Ce que cette dame ignore, c'est que le docteur Untel souffre de maux de dos depuis des années, que deux de ses trois enfants ne lui parlent plus et que ça lui gâche sa vie, et que sa femme est sur le point de le quitter (c'est pour cela que d'ailleurs je vois le docteur Untel en consultation) et que sa maison ben sa maison... il va devoir s'en séparer. Mais elle envie. Elle en vit, même peut-être, de son envie. Et quand bien même le docteur Untel irait bien dans son corps, sa vie et son couple, échangerait-elle sa vie, toute sa vie contre la sienne ?

L'envie de la vie des autres est un piège abominable, vous savez, de cette espèce qui ronge et parfois finit par tuer l'affection-même que l'on a pour soi. J'ai été guéri je crois de cette envie-là le jour où j'ai confié mon envie (d'être comme lui) à mon ami Jacques... qui s'est mis à pleurer en me disant que lui-même enviait ma vie à moi (comme quoi on n'est parfois jamais satisfait de ce que l'on est !). Ce que j'ai alors appris de sa vie à lui m'a non seulement apporté la non-envie de sa vie, mais aussi la conviction qu'il fallait faire avec sa propre vie au lieu d'envier celle des autres. J'avais 18 ans et cet échange un mercredi de mars ne m'a jamais quitté.

A bien y réfléchir, avec qui échangerions nous TOUTE notre vie ?

mardi 15 novembre 2011

Arbre quoi ?



Souvent, très souvent, je propose à mes jeunes patients lors de la première ou seconde séance, de faire avec eux un "petit" arbre généalogique -je dis "petit" puisque nous nous arrêtons aux grands-parents et leurs descendants. D'une part cela nous permet de faire connaissance à partir d'un support souvent vécu comme tranquille et léger voire amusant, et cela me permet à moi de saisir quelque peu l'ambiance familiale, de "voir" comment l'enfant s'y retrouve, ce qu'il sait de sa propre famille etc.
Je ne sais plus si moi à 10 ans je connaissais les prénoms de mon grand-père et de ma grand-mère maternels. Ils s'appelaient respectivement "papa" et "maman". Je crois seulement savoir que ma mère a "appris" que son père avait un prénom vers 11-12 ans (ses parents s'appelaient "papa" et "maman" vous ai-je dit). Toujours est-il que beaucoup d'enfants ne connaissent finalement que peu de choses sur leurs grands-parents, ni leurs prénoms, ni la profession qu'ils ont exercée ou exercent encore. Quant aux "histoires" familiales, beaucoup sont très démunis aussi. Et pourtant, qu'elles sont importantes, les histoires familiales !
Dernièrement, j'ai reçu un garçon de dix ans quelque peu perdu...à l'école. Lecture déficiente, écriture n'en parlons pas. Comportement agressif. A la maison il semble que ça se "passe" bien, mais à l'école c'est la cata ! Rien à voir avec l'arbre généalogique et pourtant ! Ce jeune garçon semble incapable de se repérer dans sa famille. Entre autre il me parle d'une sœur à lui, dont le père serait son propre père mais la mère... sa grand-mère maternelle. ??? Vous comprenez mon étonnement. Mais si, je vous dis, c'est ma sœur. Mais ce n'est pas la sœur de maman que je vous dis. Je n'y comprenais plus rien. Une sœur qui aurait pour sœur la mère et pour mère la grand-mère et pour père le mari de la mère. Mais on la voit jamais. Elle vient jamais à la maison.
Renseignement pris (auprès de la maman)... Cette "sœur" est bien sa sœur (au jeune garçon) mais comme elle est et depuis très longtemps fâchée avec leur père et réciproquement, elle a déserté la maison à 12 ans (avant même la naissance du garçon) et habite chez leur grand-mère maternelle -d'où le fait que ce garçon pensait que sa mère était sa grand-mère. Oui, je sais, c'est alambiqué, comme histoire, mais elle est vraie.
Une séance mère + enfant, pour "expliquer" tout cela, a remis les choses dans l'ordre sur le plan scolaire... Ce qui ne m'étonne qu'à peine, d'ailleurs. En fait ce garçon était envahi par ce questionnement quasi obsessionnel concernant sa sœur et l'histoire familiale. Je l'ai bien compris lorsqu'il m'a dit qu'il avait très peur parce que bientôt il allait avoir 12 ans !

A partir d'un support banal, l'enfant peut ainsi remonter l'histoire -l'Histoire, même, avec un grand H- de sa famille et donc la sienne propre. Je n'ose pas parler de psycho-généalogie, sinon à toute petite échelle, mais il s'agit d'ouvrir des portes sur des questionnements retenus, des imprécisions parfois handicapantes, et je ne parle même pas des "secrets de famille" (à propos desquels Serge Tisseron vient d'ailleurs de consacrer un ouvrage ("Les secrets de famille", PUF -Que sais-je)...

Le plus souvent, les enfants privés de leur histoire ne le sont pas volontairement, mais le "manque" d'histoire peut parfois amener des troubles de la personnalité ou du comportement. Adultes, nous sommes d'ailleurs souvent à la recherche d'anecdotes quant à notre enfance, que les échanges en réunion de famille nous rapportent parfois avec sourire.
L'histoire, les histoires, l'Histoire et son enseignement, ont une vertu fantastique : celle de nous faire appréhender que nous ne venons pas de n'importe où ni de n'importe qui, celle de nous amener à comprendre les enchainements, les liens de cause à effet, et celle au final de nous permettre de nous construire la nôtre, d'histoire. Celle de nous enraciner dans la vie, tout simplement.

samedi 29 octobre 2011

Rumeurs, vous avez dit rumeur ?



La rumeur, c'est juste un truc terrible. Sur une parole, sur un Je crois que, j'ai entendu dire que, il parait que...se construit des certitudes parfois épouvantables et surtout épouvantables pour celui qui en est l'objet (j'allais écrire "le sujet" mais ça ne colle pas -on n'est jamais le sujet d'une rumeur !).
La rumeur est une trainée de poudre qui ne demande qu'une étincelle pour s'allumer.
Lors de mes études, nous avons travaillé sur la rumeur. et nous avons tenté une expérience : Dire quelque chose de "faux" très fort à l'autre bout de la France (Marseille pour ne pas nommer) et "voir" combien de temps il fallait pour que ça remonte sur Angers, lieu de mes études. Je ne me rappelle plus le sujet de cette rumeur transmise à un habitant inconnu de Mareseille, je ne sais plus. Ce dont je me rappelle, c'est que c'était un truc impensable, du genre (1976) Il parait que le prix de la pilule contraceptive va quadrupler. Quatre jours. Quatre jours seulement il a fallu pour que cette rumeur lancée au hasard à Un habitant de Mareseille parvienne jusqu'à Angers (pour les moins de 20 ans, je précise : pas de tel portable, pas d'ordinateur, pas d'internet bien sûr, peu, rareté même du téléphone... Bon, les routes étaient goudronnées, quand même, et la télévision existait déjà !) Mais quatre jours seulement pour qu'une rumeur banale mais impossible parvienne à 1000 km de là.
C'est le propre de la rumeur : Plus l'information qu'elle véhicule est impossible à penser, plus elle circule rapidement. Plus elle est folle plus elle est solide.
Fut un temps (concerné j'étais puisque géographiquement très proche) où l'on a soupçonné qu'un président de la République avait une maitresse dans mon village. Fut un temps où l'on a accusé un homme de mon entourage de venir voir sa maitresse chaque nuit... à 400 km de chez lui pendant que sa femme travaillait. Fut un temps où l'on a soupçonné les boutiques de vêtements d'Orléans d'avoir aménagé des trappes dans les cabines d'essayage pour enlever les femmes et les expédier au Moyen-Orient dans des harems (La fameuse rumeur d'Orléans)... 
 
Les rumeurs ont cette particularité d'être incontrôlables car aussi détenues par un nombre incalculable de personnes... et que la rumeur est toujours l'objet d'un voyeurisme qui ne dit pas son nom... Et qu'il est quasiment impossible de les faire taire, sauf à ne pas y prêter attention. Et c'est là que le piège se referme sur le sujet, la personne objet de la rumeur : S'il se défend, c'est sans doute qu'il est coupable, s'il ne se défend pas, c'est qu'il est coupable aussi. Comme on dit : Il n'y a pas de fumée sans feu. Sauf que parfois le feu a été allumé volontairement.
On se rappelle tous (Oui, pas les moins de 20 ans), de cette rumeur "accusant" Isabelle Adjani d'être sida-séropositive, et de la difficulté qu'elle a eu à démentir cela, même en passant sur tous les journaux télévisés de l'époque. (Voir ici).

J'ai rencontré cet après-midi en consultation un homme détruit, cassé, meurtri par une rumeur, d'autant plus vive que ça se passe dans un tout petit village : Il aurait attiré chez lui des jeunes filles, les auraient violées. Plainte, jugement, condamnation, puis retrait de la condamnation après.... quatre ans de prison, sur demande d'une jeune fille avouant qu'elle avait tout inventé... "pour faire son intéressante" a-t-elle dit au juge... Ouah !!! Si même la Justice avec un grand J donne consistance aux rumeurs, c'est grave.

Certaines professions sont plus exposées que d'autres. Ainsi les éducateurs, les animateurs, les médecins, les prêtres, les ceux-qui-ont-du-pouvoir ou simplement du charisme, par statut ou par personnalité, les psys aussi, bien sûr. Si dans ma propre ville un psy a été condamné pour attouchements sexuels sur certaines de ses patientes, cela reste une exception et ce n'était pas une rumeur. Mais je me suis toujours demandé comment je réagirais si un jour quelqu'un faisait courir une rumeur sur moi. Mal, je crois, tant il est difficile de mettre fin à une rumeur. Simplement parce qu'elle est irrationnelle, émotionnelle... et si apte à détruire les personnes que l'on envie ou celles dont on a peur.

lundi 17 octobre 2011

Pas d'urgence en psychologie



Il est de coutume de penser et de dire qu'il n'y a pas d'urgence en psychologie. En psychiatrie oui, mais pas en psychologie. Pas d'urgence.
Et pourtant !
Lorsqu'à 17h30, ce jeudi de repos un papa m'appelle en me disant que sa fille-ado menace de se jeter par la fenêtre et que la seule personne à qui elle veut parler avant de ne pas sauter (ou pas) est... le psy qui la "suit" depuis quelques mois, je mesure qu'il y a urgence. Alors, en jean et tee-shirt, comme je suis lors d'un jour de congé, je pars... en urgence.
IL n'y a pas d'urgence en psychologie, mais là il y a urgence. Une jeune fille de 15 ans que je connais bien menace de sauter de la fenêtre et la seule personne à qui elle veut parler, c'est moi.
Que faire ? Que dire ? Pas de téléphone possible. Elle veut me parler à moi en direct, en vrai, elle devant moi et moi devant elle. A côté d'elle !
Tu te dis, là, en tant que psy, que tu n'es pas payé pour de l'urgence, tu te dis que c'est la première soirée que tu vas passer avec ta femme depuis plusieurs jours, tu te dis que bordel je l'ai rencontrée hier et que ça aurait dû aller jusqu'à la semaine prochaine, tu te dis que tu n'es pas responsable de la vie des gens et des gens de la Terre entière, tu te dis que bordel-encore si une fois dans la semaine tu peux passer une soirée avec ta femme c'est quand même bien, tu te dis qu'elle attend cette soirée aussi, et ... qu'il n'y a pas d'urgence en psychologie...
Sauf que même en psychologie il y a des urgences. Sauf qu'en tant que psy tu t'attaches, sauf que en tant que homme tu t'attaches, sauf que quand une jeune fille dit à ses parents Appelez le psy ou je saute eh bien ça devient sérieux, et que quand un parent t'appelle pour te dire ça, eh bien tu ne réfléchis pas très longtemps.
Alors, en pleine préparation d'un super-repas d'amoureux, je suis parti. Après avoir griffonné sur la table un Je ne serai pas là avant je ne sais quelle heure, désolé, urgence au cabinet... je suis parti. 60 km pour rencontrer cette jeune fille en mal de psy, en mal de relation, en mal de je ne sais pas encore bien quoi. Ce que je comprenais, c'est qu'elle était mal. Mal de je ne sais pas vraiment quoi. Mal de vivre. Envie de dire très fort à ses parents son mal. Envie qu'ils sachent à quel point elle allait mal.
Après une heure de discussion, un message de ma femme sur mon tel portable : "OK bon courage bisou". Je lui ai dit -à cette jeune fille- que j'allais m'absenter quelques minutes pour dire à ma femme que je serais sans doute en retard pour le diner -tu parles ! 20h30 à 60 bornes !
Et ça ça l'a fait réagir.
Elle m'a regardé, s'est retournée, m'a parlé du haut de la fenêtre. Je lui ai proposé qu'on aille "en" parler "chez moi", enfin dans mon cabinet, comme en terrain neutre. Elle a accepté, et s'est dite, vidée, a parlé, parlé, parlé... Finalement on n'est pas allé dans mon cabinet... On est resté chez elle. Vous êtes marié ? / Oui,depuis quelques mois / A votre âge, que depuis quelques mois ? / Oui / Parce que vous n'étiez pas sûr de l'aimer ? / Si ! J'étais certain de l'aimer / Alors pourquoi avoir attendu ? Vous devez bien avoir 50 ans (gentille; la jeune fille, "faire" 50 ans -rire !) / Je n'ai pas attendu, nous avons attendu / Pourquoi ? / Le mariage est une étape, peut-être seulement une étape / Oui mais moi je l'aime / Tu l'aimes ? /..............
Et voilà que le problème, enfin, l"un des "problèmes" de cette jeune fille est qu'elle aime un garçon et qu'il lui est impossible de le dire à ses parents ! La seule manière de le leur dire a été ce soir de ... d'en faire un "événement" !
Il est 22 h 30. Je viens de quitter cette jeune fille. Elle est apaisée. Du moins elle le dit et elle le semble. Un peu apaisée !. Elle n'a pas sauté par la fenêtre, c'est déjà ça de gagné.
Il n'y a pas d'urgence en psychologie. C'est ce que l'on apprend en Fac. Sauf que ! Sauf que lorsqu'une jeune fille veut ne parler qu'à SON psy sur le bord d'une fenêtre, même à 18 heures, il peut y avoir urgence... Et je vais vous dire, là une heure après la fin de cette "urgence", je ne regrette rien . Sauf peut-être de n'avoir pas passé la soirée avec ma femme !

Nous nous reverrons, dans mon cabinet, la semaine prochaine. En attendant, si ça va TRÈS mal, elle ira aux urgences de l'hôpital..... Être psy "de campagne", c'est prendre soin non seulement de ses patients, mais d'une communauté toute entière. Enfin ! C'est comme cela que parfois je le vis. Et tout comme c'est le cas pour un médecin, il y a parfois des urgences.