"un petit mot sur mon blog"


"un petit mot sur mon blog"

Psyblog a posé son stylo le 5 juin dernier. Il est parti "ailleurs", pour une autre vie plus sereine et lumineuse.
Ce blog était pour lui une belle aventure d'écriture, de réflexion, d'émotion et de partage. Les commentaires de ses nombreux lecteurs en sont un témoignage chaleureux. Vos derniers mots tout particulièrement...
Continuez à le lire ou à le relire pour sa plus grande joie ailleurs...
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lundi 23 avril 2012

J'peux pas aller à l'école !





Les raisons qui amènent un enfant à ne pas aimer l'école (y compris le collège) sont nombreuses : Très mauvaise ambiance, échec continuel, moqueries, phobie scolaire et plus généralement sociale, timidité maladive, dégouts divers, désintérêt, racket...
Le psy est alors parfois mis à contribution pour en dénicher les raisons plus ou moins cachées, et tenter de faire en sorte que l'enfant y retourne, à l'école, au besoin en aménageant un peu les choses. La phobie scolaire existe véritablement, bien que le mot "phobie" soit parfois un peu employé à la légère mais bon. Le racket existe qui, s'il n'est pas dit par l'enfant racketté, prive les parents et les adultes en général de toute possibilité d'intervention (des enfants mettent des mois à le dire à leurs parents, et en attendant vont à l'école la boule au ventre et la culpabilité en bandoulière). Les mauvaises ambiances de classe, les échecs répétés, la perte de confiance en soi et en l'adulte, le bruit (ah ce bruit dans les classes et dans les cantines, qui dégouttent à jamais l'enfant d'être en groupe !) sont autant de raisons qui mènent l'enfant à ne plus vouloir aller à l'école. Et je ne parle pas des moqueries, des vêtements pas comme ceux des autres, de la peur -parce que expérience- du vol, etc....
Il y a cependant une "raison" de ne pas aimer l'école que je n'avais jamais rencontrée jusque là :
Cet adolescent de 13 ans vient consulter, à sa demande, pour -officiellement- "maux de ventre et vomissements" lorsqu'il faut aller au collège. Déjà le dimanche soir il angoisse à l'idée du lendemain. Déjà le lundi soir il angoisse et vomit à l'idée du mardi... En fait il angoisse à l'idée-même d'aller à l'école, et souvent vomit le matin d'école, et même pendant les cours. C'est terrible ! Comme il me dit lui-même : Ca ne peut pas continuer comme ça !
L'entretien permet d'évacuer tout "problème" physique, médical, en quelque sorte. D'autre part, la famille semble "rouler" : Pas de conflits majeurs, pas d'événements repérables comme traumatisant, une famille comme vous et moi, sans histoires particulières (oui je sais, nous avons tous des histoires uniques !). L'entretien permet aussi rapidement de savoir que cet ado est normalement constitué, intelligent, n'est pas en échec scolaire malgré deux années déjà de maux de ventre, de vomissements et de dégout scolaire jusqu'au vomissement. Voilà ce qu'il permet d'évacuer, l'entretien.
Ce qu'il permet de découvrir, l'entretien ? Rien. Pas grand chose. Rien de spécial. Rien qui puisse un tant soit peu expliquer ces maux de ventre et ces vomissements.



Ce n'est qu'au second entretien avec cet ado que pointe peut-être la raison de son refus/malaise/dégout d'aller au collège : L'ordinateur. Tiens donc !!! L'ordinateur, c'est la vie de ce garçon, son bras droit, son gauche, son pilier, son bâton, son aide de camp, son plaisir et son unique plaisir. Sans, il est mort. C'est ce qu'il me dit : Sans ordi, je suis mort ! Parce qu'il ne vit qu'à travers ses jeux en réseau ! Parce que là il existe [sic], parce que là il est quelqu'un [re-sic], parce que sur les jeux en réseau il est connu, respecté voire admiré [re-re-sic]. Wouahhh !
Re-Wouahhh ! Et s'il ne veut pas aller au collège, jusqu'à s'en rendre malade, c'est que pendant qu'il y est, il se passe des choses sur le net, sur le réseau, dans ses jeux... Je rate des événements, me dit-il, quand je ne suis pas là.
Ah ben oui... s'il passe à côté de sa vie en allant au collège, en n'étant pas 24h/24 sur son ordi, il rate des choses, je comprends bien. Alors par un mécanisme assez bien connu de somatisation, de transformation de la pensée ou du malaise psychique en malaise corporel, il a mal au ventre, vomit, accuse des baisses de tensions, fait des malaises et tout et tout.



Alors nous avons parlé vie, vie aussi physique, "réelle" -même si la vie internet est aussi de la vie réelle-, hygiène de vie, vie relationnelle, activités autres que celle ordi, relations avec les autres, avec les parents, intérêts des parents, éducation... En fait, heureusement que mes parents mettent des interdits -deux heures seulement/jour d'ordi- sinon je crois que je ne mangerai même plus... Bienheureux le contrôle parental.
Ce matin, ce lundi matin de rentrée, il est allé au collège. Il a vomit sur le trottoir du collège. Mais il y est resté toute la journée (au collège, pas dans son vomi ni sur le trottoir). Je savais que ce soir je venais vous voir alors j'ai tenu bon, m'a-t-il dit.
Il n'est pas sorti de l'auberge, comme on dit. Il est accro à l'ordi et aux jeux en réseaux. Il veut en faire son métier plus tard, ou [s]'engager dans l'armée pour tuer en vrai oui je sais ce sera différent on n'a qu'une vie, en vrai. Il n'est pas sorti de l'auberge, il sait qu'il est accro. Mais ce soir je crois qu'il a compris une chose, c'est que ses parents ont bien raison de contrôler un peu les heures qu'il passe devant l'ordi.



Me fait un peu peur ce jeune quand même ! M'a dit qu'il pouvait contrôler mon ordinateur à moi... de chez lui. Alors, mon ordinateur devant lui, il a pris le contrôle de son ordi de mon cabinet... En me laissant entendre qu'il pouvait prendre le contrôle de n'importe quel ordinateur dont il connait le nom du propriétaire. Sont tombés dedans, moi je vous dis. 


mercredi 4 avril 2012

Range ta chambre





C'est une injonction très fréquente chez les parents, surtout chez les parents qui ont des enfants qui ne rangent pas leur chambre -oui oui, ça existe. C'est un ordre encore plus fréquent chez les parents d'adolescents... Et parfois ça pourrit la vie... des ados et de leurs parents.
J'ai rencontré cet après-midi une famille, enfin, une partie de famille (mère + fille) chez laquelle de nombreux conflits tournent autour de ce «ranger de chambre»...
Alors je pose la question : La relation familiale vaut-elle -dans sa difficulté- qu'on y sacrifie le rangement de chambre ?
C'est comme cette mère qui me dit un jour : Vous vous rendez compte ? Tous les soirs, je me bats avec mes enfants pour qu'ils se mettent en pyjama avant le diner / Vraiment ? Tous les soirs ! / Oui ... / Et si vous les laissiez ne pas se mettre en pyjama ?... Elle m'a dit que ce serait pas possible... qu'elle tenait à ce que ses enfants soient en pyjama pour diner... Je lui ai conseillé de ne plus rien dire, pyjama ou non, et quinze jours plus tard, elle venait me dire que ses enfants se mettaient en pyjama tout seul sans qu'on leur dise rien....
Alors, la chambre ?
D'abord, bien comprendre que la chambre est l'univers de l'enfant. C'est son «chez lui», son «à lui». Ensuite, se poser la question : Pour qui pour quoi demande-t-on à notre enfant de ranger sa chambre ? Pour nous ou pour lui ? Si c'est pour nous-soi, autant réfléchir sur le pourquoi on lui demande cela. Si c'est pour lui, je voudrais rectifier une idée reçue : Un enfant bordélique ne fera pas forcément un adulte bordélique. Et quand bien même !
Je suis bien conscient que l'on veut façonner nos enfants tels que nous voulons les façonner, c'est à dire à notre image. Ce que nous oublions, nous, parents, c'est que nos enfants sont tels qu'ils sont, bordéliques ou pas, et que nous n'avons comme seule arme que l'exemple que l'on peut leur donner et les conséquences responsables de leur «bordel».
On a le droit, en tant que parent, d'édicter des règles... à condition que celles-ci soient raisonnables. Et de différencier les besoins éducatifs légitimes des exigences exagérées. Si les règles éducatives sont dictées par les idées névrotiques des parents, autant laisser tomber. Quand cette femme reçue cet après-midi me dit qu'elle (et je souligne) ne supporte pas que la chambre de sa fille de 15 ans soit en «bordel», c'est de son propre désir de rangement ou de propreté dont elle parle, pas d'éducation.
Je me fais ici le défenseur des enfants et des ados qui sont sujets, ou plutôt objets, des tendances névrotiques de leurs parents... Après tout, qu'est-ce que ça peut faire -à vous... à nous, parents- si la chambre de notre enfant est en bordel... ?
C'est SA chambre, SON univers, et j'allais dire l’expression de lui ou d'elle... Alors n'en voulez pas trop à votre enfant si il ou elle ne range pas sa chambre... Je suis certain que si vous le/la laisser gérer sa chambre / et donc sa vie... il/elle fera ce qu'il faut... même pour vous faire plaisir...
Ce qui est terrible, dans ces affaires de conflits familiaux à répétition, c'est qu'ils démarrent la plupart du temps sur des -pardonnez l'expression- conneries. L'enjeu du respect de la règle ne devient plus l'éducation, mais le conflit, l'exercice du pouvoir et du contre-pouvoir. Il me semble aberrant, triste, moche, et pour tout dire désolant, que des relations familiales somme toute «normales» soient gâchées par des enjeux qui ne sont pas éducatifs.
Bon, j'écris, j'écris, mais la chambre de mon gamin est en bordel... va falloir qu'il me la range vite fait, sinon, ça va barder...

samedi 10 mars 2012

Renoncer à tout savoir...



... de l'autre !

C'est sans doute l'un des paris les plus difficiles dans la vie de couple.

Lorsqu'on se rencontre, lorsqu'on s'aime, lorsque que l'on se rend compte que l'on aime l'autre et qu'il vous aime, l'une des affirmations qui viennent est On se dira tout. Ok, c'est une belle intention et une intention louable. Et cependant une affirmation euh! dangereuse ou pour le moins illusoire.
Se dire "tout" ! Oui oui, tout se dire...

Imaginez un peu. Tout se dire. Ses intentions, ses craintes, ses désirs, son vécu antérieur, son vécu désiré, ses peurs, sa vie aussi intérieure avec ce qu'elle comporte de secrets y compris pour soi-même ! Belle idée mais est-ce si réalisable ?

La vie de couple, comme la vie "pas de couple", est faite de désirs et de craintes intra-psychiques plus ou moins secrètes, y compris à l'égard de la vie de couple elle-même et de la vie tout court. Nous ne sommes, ni les uns ni les autres, totalement secrets ni transparents. Et les combats internes que nous menons sont parfois bien éloignés de cet autre qui partage notre vie et que nous ne voulons / pouvons polluer. Mon combat actuel pour m'arrêter de fumer est un combat interne à moi, et quoique puisse en penser et en espérer et en craindre mon épouse, il n'est qu'à moi, ce combat-là et elle n'y peut pas grand chose.

Si la vie de couple demande a priori une certaine transparence, elle peut -doit ?-sans doute se satisfaire de cachoteries et diversions certaines. Ainsi reçois-je en consultations des hommes -et des femmes- en proie à des sentiments amoureux extérieurs à leur couple et malheureux ou du moins questionnants à l'égard de ces sentiments. Qu'en serait-il si l'individu en faisait part à sa / son compagne / compagnon ? Ce serait évidemment le clash voire la séparation. Réfléchir à ce qui lui arrive ainsi est sans doute un gage d'amour mais aussi une protection de la relation amoureuse elle-même.

L'un et l'autre, dans un couple, sont liés par un certain nombre de "choses", c'est ainsi et on peut supposer avec bonheur qu'ils l'ont choisi, d'être ainsi liés. Mais lié veut-il dire "dire tout" ?
Ok, entre tout dire et cacher, entre cacher et mentir, entre ne pas dire et avoir peur de dire, il y a des nuances. Mais je crois fermement que la vie d'un couple doit se satisfaire de ne pas "tout" dire.

Les couples qui ont réglé la question du "tout dire" par le bon bout sont sans doute ceux qui ont le plus de chance de durer, tant le "tout dire" impose une dépendance à une règle qui devient vite insupportable. Qu'en sait l'un des tourments de l'autre ? Qu'en sait-il de ses tourments pour faire face à une addiction (alcool, clope, séduction....) par exemple ? Je reçois des couples qui s'enfoncent dans l’incompréhension au seul motif -ou presque- que l'un des partenaires pense que l'autre ne fait rien pour se sortir de sa situation et même qu'il pense que l'autre s'y complait. Échec assuré !

Les couples qui ont réglé cette histoire du "tout dire", disais-je, ont sans doute davantage de chances de durer. Il s'agit de respecter a minima l'intégrité psychique de l'autre, et de ne pas prendre "contre soi" ce qui n'est qu'à l'autre et seulement à lui. L'illusion est de penser que parce que couple il y a il doit y avoir échange permanent et transparence permanente... Alors que le respect de la vie de l'autre est bien le respect de sa vie aussi intérieure. Avec les questionnements qui s'en suivent, les peurs les craintes les certitudes ... mais le respect et la conscience que l'autre est justement un "autre" et un "en-dehors de soi".

mardi 6 mars 2012

Séduire – Rencontrer – Donner envie


Séduire – Rencontrer – Donner envie


Rencontres par internet, par agence, par petite annonce, voire par hasard, rencontre prévue au Café des Arts, au pied de la cathédrale ou au cœur d'une soirée-ami(e)s, si tu veux rencontrer l'amour (eux/se), il y a sans doute des choses à mettre de son côté :
Alors tout d'abord ne pas être seulement "en attente". Mais aussi en "chasse", même si le sens guerrier du terme peut prêter à confusion. Disons alors en "expression de désir"
Et mettre les choses de son côté, ou du moins ne pas les mettre de "pas son côté".

Exemple :
  • Ne pas arriver au premier rendez-vous en "Marcel" déchiré. Pas davantage qu'en décolleté affligeant (enfin ! Ça dépend de ce que l'on cherche !). Des femmes m'ont raconté des Marcel* déchirés pour un premier rendez-vous galant, oui oui.

  • Ne pas chipoter sur la facture du premier repas. Oui oui, j'en ai entendu qui chipotaient sur le partage au centime près : Et qu'est-ce que tu as pris toi ? Oui mais moi j'en ai mangé moins, et puis bon c'est vrai, j'ai pris un apéritif...
  • Ne pas mettre en avant ce qui peut être éventuellement perçu comme des "défauts" : Oui je fume, Oui je picole, Oui j'ai quatre enfants de quatre femmes / hommes différent(e)s, Oui je n'en vois plus que deux, Oui j'ai vécu avec 43 femmes/hommes (mais c'est toi que j'attendais)...

  • Ne pas parler pendant une heure de SA propre voiture, de SA maison, de SA réussite, ni de la valeur de la maison de la femme -ou de l'homme- que tu vois pour la première fois ni poser ces questions à celui/celle que tu rencontre (Vous êtes propriétaire ? Votre voiture date de quelle année ? Vos parents sont propriétaires (sic) ?

Au contraire, mettre en avant :
  • Ses qualités (la générosité, l'empathie, le revenu (?), du moins l'indépendance financière..)
  • Son désir de rencontrer vraiment quelqu'un.
  • S'habiller au moins propre et passe-partout si on ne sais pas à qui l'on a affaire.
  • Être prévenant, proposer de payer l'addition au premier repas... Et C'est toi qui paieras la prochaine fois ou A charge de revanche, ce qui par ailleurs dit ton désir de le / la revoir.


En fait, rencontrer "quelqu'un", c'est comme rencontrer un employeur éventuel : Mettre en avant ses compétences et ses qualités, en esquivant éventuellement un tant soit peu ses défauts et ses incompétences. Il ne s'agit pas de tricher (Très vite alors l'amoureux/se / l'employeur s'en aperçoit et adieu le contrat) mais de donner envie d'une suite... (Oui, comme les trois petits points).
Il faut être clair : Ou l'on a envie de donner à l'autre le désir de nous rencontrer à nouveau, ou l'on n'en a pas envie. Et si on en a l'envie, alors autant mettre le paquet. Que ce soit dans la vie amoureuse, dans la vie professionnelle ou dans la vie amicale, dans celle syndicale ou associative, ou même politique ou de voisinage, mieux vaut mettre les choses de son côté. On peut penser, à tord ou à raison, que cela relève par trop des conventions sociales mais il en est ainsi : Un homme n'impose pas à une femme qu'il désire ou dont il désire l'amour... de partager la note du premier resto. Il la paie. Point. Au risque de ne jamais la revoir... et de ne jamais avoir de retour sur investissement.
Il me vient une pensée : Et si l'engagement était aussi l'apanage de celui qui désire le plus et qui n'est sûr de rien ? Humilité oblige... Je t'offre et tu en feras ce que tu en voudras.


J'ai le sentiment, personnel et professionnel, que souvent les "choses" vont trop vite en matière de séduction. Salut toi ça va ? Tu fais quoi ? Tu es libre ce soir ? On y va ? et zou c'est parti mon kiki, le soir-même ou trois jours plus tard c'est la rencontre des corps en espérant la rencontre amoureuse. Et souvent le désenchantement : Et pourtant j'étais venu avec des fleurs... Je la kiffais grave cette nana ! Il m'avait dit qu'il était seul et je viens d'apprendre qu'il est marié ! 
 
Je rencontre régulièrement en consultation des "plaignants d'amour", de ceux-là (ou celles-là ça "marche" dans les deux sens) qui croient trouver le grand amour en dix minutes au café du coin ou à la soirée d'hier soir et qui finalement ne trouvent qu'un moment de plaisir (au mieux) ou de satisfaction physique passagère -grand bien leur fasse- mais qui quelques jours ou quelques semaines plus tard se retrouvent seul(e)s gros-jean comme devant et déçu(e)s encore une fois.
Entendons-nous bien : La rencontre physique et sexuelle est géniale, mais si elle ne s'accompagne pas d'une rencontre affective et sentimentale, du désir de l'être et non seulement du corps, elle ne reste qu'une rencontre physique et sexuelle et ce n'est pas ce que communément on appelle de l'amour et je n'ai rien contre. Sauf que ces plaignants du manque d'amour véritable et qui ne savent pas comment le trouver viennent consulter pour... avoir des conseils. 
 
Hier, je revoyais l'un de mes patients sauvé in extremis il y a quelques jours d'une tentative de suicide parce que, disait-il, Elle [l'avait] laissé tomber. / Vous vous connaissiez depuis longtemps, lui ai-je demandé. / Depuis une semaine.


dimanche 26 février 2012

Bienveillance amoureuse


Je suis toujours surpris, au hasard de mes rencontres professionnelles mais aussi personnelles, de constater combien les partenaires amoureux / partenaires de vie sont parfois si peu bienveillants l'un envers l'autre. Peut-être cela heurte-t-il simplement la représentation que j'ai de la relation amoureuse mais je ne pense pas que ce soit seulement cela.
A priori, et je dis bien a priori, la relation amoureuse, conjugale, d'accompagnement, la relation avec celui ou celle avec qui l'on vit (que je vais nommer "la relation de vie" pour faire simple) est une relation de bienveillance de chacun des partenaires envers l'autre. J'allais dire que c'est son principe-même. Enfin presque. Sans doute. Du moins la représentation consensuelle que l'on a du couple amoureux sous nos contrées est-elle celle-là : Les partenaires de vie sont ou doivent être bienveillants l'un envers l'autre.
Aussi suis-je à la fois étonné voire peiné lorsque le couple donne à voir autre chose de sa relation, quelque chose qui peut ressembler à de l’inattention l'un envers l'autre, de l'incompréhension, de l'agacement, voire de la méchanceté. Oui, jusqu'à la maltraitance mais là n'est pas mon sujet.
La malveillance, non seulement absence de bienveillance mais bien son contraire, n'est cependant pas mon sujet non plus. Je veux seulement parler de cette absence de bienveillance rencontrée ici ou là chez des couples de nos connaissances (ou pas.... Il n'y a qu'à arpenter les allées d'un supermarché un samedi après-midi).
De quelle manière parlons-nous à l'autre ? De quelle manière l'écoutons-nous ou pas ? Quelle est l'attention que nous lui portons ? Non non, je ne fais pas référence au monde des bisounours où tout le monde serait beau tout le monde il serait gentil, mais à ce monde bien réel dans lequel nous vivons et que certains couples (et donc partenaires de vie) s'emploient comme à montrer aux autres qu'il est tout sauf beau. On pourrait faire référence aux séquences au demeurant parfois croustillantes de ces "Scènes de ménage" sur la 6 chaque soir : Quelle est la considération que nous accordons à l'autre, à ces paroles, à ses désirs ?
Que la vie d'un couple soit émaillée d'incompréhensions, de flottements, voire d'éloignements est une chose somme toute assez banale, mais qu'elle soit et j'allais dire "ne soit" qu'agacements et titillements n'est pas un signe de bonne santé amoureuse. Et parfois cela est ainsi dès le début du couple, ce que j'ai par ailleurs le don de "sentir"... Je m'amuse -enfin, façon de parler- parfois à donner une durée de vie aux couples que je rencontre (hors professionnellement). Heureusement je me trompe souvent sur la durée, mais pas souvent sur la santé du couple en question. Et l'un des éléments sur lesquels je fonde ma perception est justement la présence ou non de cette fameuse "bienveillance" des partenaires l'un envers l'autre. Comment se parlent-ils ? en est la principale composante. Je suis en effet sidéré par la manière dont certains partenaires se parlent. Se parlent ? Enfin ! s'interpellent, se hurlent ou s'aboient, s'invectivent, se crient ou seulement ne s'écoutent pas...
Je ne sais pas si c'est la "bonne entente" entre partenaires qui amène la bienveillance entre eux, ou si c'est la bienveillance dont ils sont capables l'un envers l'autre qui amène la bonne entente (Encore que je suis convaincu qu'on peut faire montre de bienveillance même lorsqu'on ne s'entend plus... Non non, je ne joue pas sur les mots). Je pense peut-être seulement que la bienveillance est une qualité intrinsèque de la personne, de certaines personnes, un quelque chose qui lui appartient là tout au fond d'elle, et que la bienveillance amoureuse n'est qu'une "branche" de la bienveillance générique. De là à dire que la personne bienveillante l'est toute entière, de manière générale et avec tous ou qu'elle n'est pas, je n'en suis pas loin. Mais peut-être m'avancerais-je là dans des conclusions bien hâtives. Et pourtant !



                                                                "T'en fais pas, je t'accompagne"

dimanche 12 février 2012

Bienveillance




L'un des "problèmes", dans les relations humaines, c'est que lorsqu'on ne connait pas bien l'autre, lorsque l'on est en phase d’apprentissage de l'autre, c'est justement qu'on ne connait pas l'autre.Et quand bien même on le fréquenterait depuis un long temps, on ne sait jamais vraiment tout de l'autre.
Je fréquente suffisamment les forums, msn et autres moyens de communications internet pour m'en apercevoir : Les blagues, les biaiseries (oui, je sais, cher correcteur d'orthographe, tu me dis que ce mot n'existe pas mais je l'emploie quand même) en tous genres, les grincements d'humour, on ne sait pas toujours comment les prendre... Est-ce que "l'autre" blague ou est-ce qu'il est sérieux ? Est-ce qu'il fait preuve d'humour vrai ou pas ? Parfois alors "on" prend la mouche, on vit mal ce que l'autre dit / écrit. Et cela me fait penser :
L'apprentissage de l'autre est une délicatesse qu'on lui doit. Que ce soit dans la vie réelle ou dans la vie internaute. Prendre la peine de penser à ne pas froisser l'autre ou faire en sorte qu'il ne prenne pas notre intervention comme une agression....
Entrer en contact avec un autre, c'est tenir compte aussi de l’absence de savoir sur lui et accepter de ne pas savoir, ni ce qui lui fait plaisir, ni ce qui le blesse, de ne pas connaitre (toute) son histoire.
Dernièrement sur un forum consacré au couple et à ses problématiques, j'ai été témoin d'une prise de tête malheureuse : L'un des participants, après intervention d'un autre, écrit au premier Je m'occuperais bien de ta femme. C'était de l'humour peut-être, mais le premier intervenant ne l'a pas entendu ainsi : Tu peux peut-être même pas imaginer ce que je ressens et je t'emmerde. Quand l'autre l'a traité de "basique" (sous-entendu "Tu n'as pas compris que c'était de l'humour"), le premier s'est véritablement emporté : Si tu ne comprends pas que certaines de tes paroles écrites puissent faire du mal (sans même que tu en aies l'intention je te l'accorde même), alors c'est toi qui est basique. Je vous laisse deviner la suite...

L'intelligence relationnelle, c'est aussi savoir que l'on ne sait pas tout à propos de l'autre, et que ce qui peut sembler léger à certains ne l'est pas forcément pour l'autre...
Lorsque l'on rencontre un autre, on ne connait pas son histoire, et même lorsqu'on la connait (mais on ne connait que ce que l'on sait et que l'autre nous en dit) il reste des secrets, des blessures peut-être, des histoires enfouies et non-dites, de ces choses présentes mais parfois non-sues et bien souvent non-dites.
Rencontrer un autre, c'est accepter de ne pas tout savoir sur lui (oui, je sais, je me répète) et prendre ses précautions quant à son histoire non-sue. Que ce soit dans la vraie vie physique ou dans la vie internette, il faut alors sans doute prendre des précautions... On ne sait jamais vraiment à qui l'on parle ni ce qu'il a vécu. Alors plutôt que de risquer de le blesser (l'autre)... allons-y doucement. Ce qu'il lit et comprend n'est pas forcément que que nous lui avons dit.

Peut-être cela s'appelle-t-il de la bienveillance.

mardi 7 février 2012

L'homme battu



La femme battue fait malheureusement parfois la Une des journaux. Et c'est tant mieux. Non qu'elles soient battues, les femmes, mais qu'on en parle. Une femme meurt tous les trois jours, en France, sous les coups de son mari ou concubin. C'est terrible. Je voudrais bien trouver d'autres mots, je n'y parviens pas. Il n'y a pas d'autres mots pour qualifier ces actes. Horrible ? Inhumain ? Insensé ?
Les hommes battus ? On en parle moins. On n'en parle pas. Mais ils existent. Certaines statistiques donnent le chiffre effarant de 10%... Oui oui, vous lisez bien, 10% des hommes seraient battus par leurs femmes ou compagnes !
Ce n'est pas une légende, c'est un fait statistique. Mais c'est tellement incroyable... qu'on n'y croit pas !
La violence de la femme à l'égard de «son homme» est surtout psychologique. Physiquement, c'est moins possible, compte tenu des différences générales entre hommes et femmes. Cette violence atteint l'intégrité psychique de l'homme, par des procédés subtils, directs ou indirects. Elle est souvent concentré sur un travail de détricotage et de dénigrements des différents rôles tenus par l'homme aussi bien dans les sphères privées que publiques, rôles qui construisent son identité masculine, du moins celle véhiculée par la société.
La femme violente est une agressive passive, l'agression se jouant le plus souvent dans une négation de l'autre, l'homme, dans son rôle et son statut d'homme, y compris... au lit. La négation de l'homme se joue aussi et parfois surtout dans la négation de la relation physique à lui... Les femmes disposent là d'une arme redoutable !
La femme violente sape la compétence professionnelle de son conjoint : il n'est qu'un bon à rien. Elle sape sa compétence de père : il n'est pas un bon père. Elle seule sait ! Sapage de son rôle d'amant, de son rôle de père, de sa compétence professionnelle, mais aussi de ses relations amicales... Mon homme n'est pas un «bon» homme.
Bref, la femme prend le pouvoir.
Si je vous parle de cela ce soir, c'est parce que c'est l'histoire de mon patient de cet après-midi. Sept ans de mariage, et peu à peu l'emprise, la manipulation, les interdictions (de foot, d'amis, de présence auprès des enfants, de... choix du film de ce soir...), la main-mise d'une femme sur toutes -et je dis bien TOUTES- les activités de son mari.
Ce qui l'a décidé à venir me voir aujourd'hui est la porte fermée de sa maison samedi dernier (il y a trois jours) parce qu'il n'était pas rentré à midi et douze minutes (sic), le temps chronométré par madame pour le trajet fin du travail-maison...
Cette femme grignote, a grignoté pendant sept ans les moindres recoins de la vie de son homme, jusqu'à en faire son objet... La gifle monumentale qu'il a reçue samedi à midi-et-quatorze minutes -et à propos de laquelle le médecin lui accorde 5 jours d'arrêt de travail- est le déclencheur chez lui d'un NON impossible à dire, mais qu'il espère pouvoir dire très vite... avec l'aide du psy que je suis.
La honte, l'impuissance, la peur du ridicule (Franchement, vous imaginez un homme se présenter à la gendarmerie pour dire Ma femme me bat ?) font que de nombreux hommes ne disent jamais rien de leur calvaire. Et comment «prouver» ? L'arme est plus psychologique que physique. Le harcèlement est plus difficile à prouver que les coups.
L'homme battu, ce n'est pas une légende... C'est de la réalité cachée, voire insoupçonnée... donc cachée. Mais ça existe... Ca existe dans l'ombre, dans l'intimité des chaumières et des lits. Et les hommes, dans leur grande majorité, ne peuvent tellement pas le reconnaitre qu'ils ne le disent pas, qu'ils se taisent...
Bon, je sens déjà les attaques -ou les défenses-... «Oui mais les femmes sont plus battues, oui mais les hommes sont plus agresseurs.....» Oui, Ok, c'est vrai...
Ce que je défends là est la stricte interdiction et la bêtise, connerie, inefficacité... d'agresser l'autre, qu'il soit femme, homme, juif, noir, enfant, vieux, jaune, petit, bleu, malade, grand, boutonneux, unijambiste ou muet...
Ce que je défends, c'est le respect de l'être humain, quel qu'il soit, quel que soit son sexe, sa couleur, sa religion, ses croyances, ses habitudes, son éducation, ses peurs, ses envies, ses pensées...
Il est interdit d'humilier un autre, d'en faire son objet, de le nier en tant que sujet...
Ce que je défends pas, ce sont les comportements : La souffrance, le malheur, le désir, la soif de pouvoir, la pauvreté, la frustration... ne sont et ne seront jamais pour moi des excuses à l'agression. Même si ce sont des explications...



Tout ça à cause d'un homme venu me voir aujourd'hui parce que sa femme n'a pas supporté deux minutes de retard ! ! !

mardi 31 janvier 2012

SAS

Quand on va visiter quelqu'un en prison, il y a le sas. Le sas ? LES sas. Vous savez, ces endroits entre deux, ces endroits où vous n'êtes nulle part, sinon entre deux quelque part.
Premier sas : La salle d'attente. Je veux dire "la salle d'attente pour être en droit d'attendre". Tu es là, avec plein d'autres qui attendent. Faut pas arriver en retard. Surtout pas. Parce que si t'arrives en retard c'est trop tard. Alors t'arrives un quart d'heure en avance. Et tu attends.
Tu attends que les agents de la pénitentiaire arrivent. Et tu fais la queue. Pour présenter ta carte d'identité et t'entendre dire un chiffre, un numéro, celui de la petite pièce où tu vas rencontrer celui ou celle à qui tu viens rendre visite.
Ensuite tu passes dans le vrai sas, celui qui est fermé à double tour côté rue et liberté, et côté prison proprement dite. 20 ou 30 personnes dans un tout petit espace. On dit un nom. Si c'est le tien, tu y vas. Si c'est pas le tien tu attends qu'on dise le tien. Quand le nom est dit et que c'est le tien, tu enlèves tes blouson, sac, chaussure, ceinture et tu mets le tout dans une machine qui t'avale tout ça et qui te scanne le tout que si ça sonne tu peux pas passer le scanner à ton tour mais en général ça sonne pas alors tu passes et tu récupères de l'autre côté tout ce que tu as laissé dans la machine.
Et nous voilà tous très serrés de l'autre côté de la pièce, autre sas de compression. C'est alors que si tu en as tu déposes le sac de vêtements que tu amènes à celui que tu viens visiter. Et tu attends.
La porte s'ouvre, avec un doux bruit de déclenchement électrique. Et tu te retrouves dans une cour. 20 mètres à parcourir, parfois sous la pluie mais que 20 mètres quand même. Et tu attends. Quoi ? Que le gardien, enfin, l'agent de la pénitentiaire rejoigne le groupe. La porte s'ouvre sur le cinquième sas. Alors tu entres dans une petite pièce toute en longueur. Avec, dans un coin, protégé par de grosses vitres que je suppose blindées, un agent entouré de dizaines d'écrans et de dizaines de talkies que tu peux toi-même regarder les écrans avec vue sur "l'extérieur".
Et tu attends. Et tu entres finalement dans "la prison". Autre petite cour. En fait tu es dans le no man's land, dans le entre deux, entre l'enceinte extérieure et celle intérieure. Pour la première fois tu vois des barbelés, des barbelés très sophistiqués, comme des lames de rasoirs serties sur des fils de fer en rouleau. Tu aperçois au loin deux miradors. Tu te dis qu'en cas de connerie ils doivent pouvoir te descendre au moindre clignement d’œil. Et tu attends encore.
Et tu entres dans une autre salle. Deux tableaux naïfs au mur. Quelques rappels sur du papier défraichi. Du genre Ne pas apporter aux détenus de boissons alcoolisées, du genre que si quelqu'un veut t'aider et se réclame du "Chemin du bonheur" (non Joelle je sais que c'est pas toi) c'est l'église de scientologie qui cherche à te recruter, du genre qu'il ne faut pas cracher par terre et bien se laver les mains pour ne pas transmettre des maladies.... Du genre.
Et là tu as tout le temps de lire. Tu as tout le temps d'attendre. Parce que, à moins de faire partie du premier groupe de visiteurs, tu attends... Tu attends que les détenus visités avant celui que tu vas visiter soient fouillés, des fois que malgré les multiples sas ils aient pu recevoir de leur visiteur un quelque chose d'interdit. Alors pendant que tu attends, les visiteurs d'avant attendent aussi. De l'autre côté de la vitre qui nous sépare dans la même pièce.
Une fois que les détenus visités avant ont tous été fouillé ("au corps", comme on dit et que j'imagine à peine ce que c'est, même si je sais qu'ils doivent entièrement se déshabiller), leurs visiteurs se voient libérés... dans la même salle que les visiteurs dont tu fais partie. Hooo... pas en même temps. Il a fallu avant que les portes s'ouvrent vers nos visités à nous et que la porte vers le "patio" se referme. Le patio, c'est un petit jardin de... 20 mètres carrés, avec des arbres et des buissons et des cannettes de bière et des détritus que tu te demandes comment ils sont arrivés là... Le patio donc, est au centre d'un couloir d'une vingtaine de cabines où tu vas enfin pouvoir rencontrer celui que tu es venu visiter.
Là tu entres dans la cabine du numéro qu'on t'a donné lorsque tu as remis ta carte d'identité dans le premier sas, pardon, le deuxième. La première fois, lors de ta première visite, tu es tellement stressé que tu as oublié ton numéro mais bon, les agents sont là, aimables pour te le re-donner.
Et enfin, enfin après une demie-heure/ ¾ d'heure d'attente et de passage de porte et de passage et sas et d'angoisse si tu es claustro... tu rencontres enfin celui que tu es venu voir, celui que tu aimes, celui qui est là, enfermé.
9 mètres carrés. Une table. Trois chaises. La lumière extérieure venant du hublot de toit. Un peu de vie à travers des peintures, des dessins sur les murs et quelques graffitis d'enfant ou d'épouses désireuses de laisser une trace... et deux hublots, l'un donnant sur l'intérieur de la prison proprement dite, l'autre sur le "patio".
Et une demie-heure pour dire ta peine, la sienne, la vie, les regrets, l'affection, l'amour, les larmes, la colère, ... et bien d'autres choses encore qui te semblent ridicules une fois que tu es sorti de là.

Et le détenu ressort. Et tu attends. Et tu passes dans le patio. Et tu te retrouves dans la dernière salle, séparé de ceux qui vont à leur tout visiter leur amour, leur fils, leur papa, leur copain... et tu attends... Tu attends ce que tu sais seulement quand tu y es : Que chaque détenu ait été fouillé et "blanchi"... Alors seulement tu peux sortir dans la petite cour / no man's land avec les barbelés en forme de rasoir. Les uns rient, d'autres sont graves, baissent la tête ou regardent le ciel. Souvent gris le ciel, même si objectivement bleu. Les  enfants continuent à jouer. Ça fait sourire les adultes. Heureusement qu'ils sont là, les enfants !
Et tu te retrouves dans la petite cour. Tu ne sais pas qui est emprisonné là... Il y a des grilles, des visages aux fenêtres derrières les grilles. Des visages de jeunes garçons, ai-je pu constater souvent. Tu entres assez rapidement dans le dernier sas. On te rends ta carte d'identité, tu prends éventuellement le sac de vêtement à laver que ton détenu visité t'a laissé... et tu attends. Tu attends que chacun ait récupéré sa carte, ses vêtements, éventuellement les choses qu'il n'avait pas le droit d'amener dans l'enceinte de la prison et ... tu sors. L'air. L'air libre. La liberté.
Tu vas à nouveau dans le premier sas récupérer ce que tu as laissé dans les casiers (cigarettes, clefs de voiture, téléphone...) et zou... tu files... tu files rejoindre ta voiture en te disant que c'est un mauvais rêve. Tu viens de passer trois heures hors du temps pour une demie-heure avec celui que tu aimes... et tu reprends ta voiture. Tu regardes le soleil ou les nuages ou les arbres comme si tu les découvrais pour la première fois, tu t'allumes une clope en te disant que même si t'en allumes cinq d'un coup personne te dira rien, tu vas au Casto ou au Casino ou dans n'importe quel magasin du coin et tu achètes une connerie en prenant conscience que tu as le droit de le faire, tu vas t'acheter un sandwich parce que tu en as envie même si t'as pas faim... et en regardant le mur de la prison, tu te dis que tu ne supporterais pas d'y passer ne serait-ce qu'une semaine.
Et alors tu as envie de vivre. Et tu te dis que la vie, vaut mieux en prendre soin. Et tu te prends à penser que celui que tu viens de visiter est décidément un pauvre con. Et tu te prends même à penser que même ceux que tu aimes tu peux les traiter de cons. "Petit" peut-être mais con quand même ! Et tu te prends à penser que même si tu sais la nécessité de l'incarcération des hors-la-loi, quand elle concerne l'un de tes enfants, ça te fait mal...
Pour voir et parler avec mon garçon, je dois et il doit accepter que j'en passe matériellement 9, de sas ! Et 9 pour le retour ! Et vendredi dernier, comme pour la première fois, cela m'est apparu insupportable, insurmontable. Au point que je ne sache pas ce jour si je serai capable d'y aller à nouveau. Même si je sais je j'y retournerai. Parce que c'est mon fils et qu'il est certainement plus en souffrance que moi et que je suis son père, quoi qu'il ait fait.

Positivement (et je sais être positif même si paradoxalement je sais aussi être très pessimiste), je me dis que les sas (étrange ce mot ! Sas, sasse?, ressasser...) sont aussi des passages. Des couloirs, des passages encore, vers "autre chose", vers du mieux on peut l'espérer. Comme un quelque chose entre deux états... Le sas peut être une traversée du désert, comme on le dit pour les artistes, les politiques, les tout-un-chacun qui perdent pied à un moment de leur vie. Mais ce peut être une traversée du désert salutaire, de celle qui permettent la résurrection, la rencontre, le mieux, voire le bien...

lundi 23 janvier 2012

Changement de lunettes

La façon dont on regarde la vie change la vie.
Oui, je sais, c'est une évidence. Enfin, si pour certains ça semble l'être, ça ne l'est pas pour beaucoup d'autres.
Il ne suffit pas, en effet, de chausser des lunettes roses pour voir la vie en rose, ni de mettre des lunettes bleues pour voir la vie en bleu... Il ne suffit pas.
Et pourtant combien de fois mettons-nous nos lunettes à verres noirs ?

C'est encore, bien sûr, la symbolique du verre à moitié plein et du verre à moitié vide. Il semble que nous oubliions trop souvent qu'il s'agit du même verre. Et que les représentations que nous avons de la vie se comportent comme les lunettes que nous mettons le matin. Il pleut... c'est une sale journée qui se prépare ou Il pleut... ça va faire du bien à la terre et aux plantes ? Au visage si l'on court sous la pluie, aux nappes phréatiques qui en ont bien besoin...?
Il pleut. Autant s'en réjouir. Du moins ne pas s'en rendre malheureux !

Mon premier devoir de philo, en Terminale, fut "Il vaut mieux prendre la vie avec philosophie. Commentez". En pleine tourmente post-adolescente, j'avais réussi à réfléchir à ce sujet tout à fait correctement puisque la note de 14/20 m'avait été attribuée, la meilleure de la classe. (Je n'en étais d'ailleurs pas peu fier, moi à qui le prof de français répétait depuis deux ans que je ne saurais «jamais penser ni écrire correctement» (sic))... Prendre la vie avec philosophie... Facile, lorsque les roulettes de la vie sont bien huilées ! Un peu plus difficile lorsque la vie et ses roulettes se grippent. Et pourtant ! Et pourtant c'est sans doute un état d'esprit qu'il est possible d'apprivoiser. En posant les choses, en retournant le verre et en mettant d'autres lunettes que celles qui nous font voir la vie en gris, voire en noir... J'irais même jusqu'à dire "retourner les choses pour qu'elles soient jolies".

Lorsque mon amie Yolande est morte -non non, ne soyez pas triste pour moi, c'était il y a deux ans-, ce fut triste, ce fut triste pour elle, qui avait sans doute encore des choses à faire et à dire sur cette terre. Ce fut triste pour ses filles et son mari, pour ceux et celles qui l'aimaient et qu'elle aimait. Ce fut triste mais ce fut ainsi. Et au-delà d'une tristesse très liée à l'absence de l'autre et au sentiment d'abandon et à bien d'autres encore, nous avons les uns et les autres vécu autre chose : Le partage, le lien extraordinaire entre ceux qui s'aiment, l'union, la liberté d'être et la liberté des êtres... La fin de sa souffrance, bien sûr.
Non, il ne faut pas que les gens que l'on aime meurent pour vivre de telles émotions d'amour, non il ne faut pas que les gens qu'on aime souffrent pour s'apercevoir des liens qui existent et les mettre en "jeu". Mais lorsque ça arrive, remercions-les de nous donner, aux uns et aux autres, l'occasion de dire notre affection.

Une histoire belge (ou plutôt, française à propos des belges) dit que le belge a deux verres sur sa table de nuit, l'un vide et l'autre plein "parce que des fois il a soif et des fois il n'a pas soif". C'est une autre façon de penser le verre à moitié vide et celui à moitié plein.

En fait, non seulement pouvons-nous apprendre à regarder la partie pleine du verre, mais encore pouvons-nous apprendre à le remplir nous-même. Et peut-être ainsi cesserons-nous de nous lamenter sur la partie vide des verres...

Moralité : Si l'on chausse des lunettes noires, on est certain d'aller dans le mur. Si l'on en chausse des roses ou des bleues ou des pas teintées du tout, on s'offre au moins la chance de l'éviter. Le mur !

lundi 16 janvier 2012

Demander ou affirmer ?

Elle me dit A chaque fois que je lui demande il me dit NON. Je lui réponds que si elle demande, elle s'expose de fait à un NON possible. Elle me dit Mais si je ne demande pas je n'aurai pas. Je lui suggère qu'il il y a peut-être une autre façon de faire (pour "avoir" ce que l'on souhaite). Elle me dit Alors il ne faut plus que je demande ? Je lui dis que ce peut être une solution. Elle me rétorque que Alors je ne demanderai plus et je n'aurai plus rien. Je lui dis alors qu'il est pas question qu'elle n'"ait" plus rien, mais de peut-être elle peut s'y prendre différemment.

Je rencontre bien des femmes qui sont "soumises" à leur mari. Oh ! Pas soumise par pression, par violence ou maltraitance, mais soumise par habitude. Et par peur. Peur ? Oui peur, peur. Peur du NON. Peur de prendre le risque qu'il dise NON, peur d'être désavouée, rejetée, non-aimée. Soumise par construction psychique, de celle qui projette sur le mari et "l'autre" en général leurs propres peurs... de ne pas être aimée. Et qui les fait demander alors même qu'elles savent qu'on va leur dire NON.

Demander, c'est s'exposer, disais-je plus haut, à ce que la demande ne soit pas exaucée. C'est se placer en-deçà de celui ou celle à qui l'on demande, non que la demande soit sens d'affaiblissement et de soumission, mais de fait demander c'est se soumettre à l'autre. Et c'est accepter de fait la réponse de l'autre. Ce qu'oublient bien des parents d'ailleurs... Vous avez tous vécu cela. Pour exemple :
- Tu veux de la soupe ?- Nan, je veux pas de soupe.
-  Si, tu dois prendre un peu de soupe.
- Non, je veux pas.
- Bon alors va te coucher, T'es toujours pareil, tu veux rien de ce qu'on te propose et na na na et na na nère...
Non. Sans blague... Vous demandez à votre gamin s'il veut de la soupe ou vous voulez l'obligez à manger de la soupe ? Si vous voulez absolument qu'il mange sa soupe, ne lui demandez pas.

C'est pareil avec les maris, les femmes, les patrons, les voisins et tout et tout. Si vous "demandez", vous vous placez de fait dans l'obligation d'accepter la réponse de l'autre.

Ma patiente, depuis des années, depuis tout le temps, est dans la demande. Elle imagine même que son mari puisse prendre plaisir à lui dire NON (vacances, lieu des vacances, sorties, restau, etc...). Mais nom de non... Il ne prend pas plaisir à lui dire NON mais elle lui donne ce pouvoir. Alors pour peu qu'il n'ait pas envie, il dit NON, puisque  il sait que son NON passera.
Il y a quelques temps, elle lui a dit (bravo la thérapie !), pas demandé mais dit ! qu'elle allait au Mont Saint Michel, qu'elle aimerait qu'il vienne avec elle mais que s'il ne venait pas elle irait quand même. Eh bien devinez quoi ? Il n'y est pas allé avec elle. Mais quand la fois suivante elle lui a dit qu'elle s'offrait une semaine de vacances à Biarritz et qu'elle aimerait qu'il vienne avec elle mais que s'il ne venait pas elle irait quand même (bravo la thérapie !), il a dit Ok je pars avec toi. Alors que jamais en trente ans de mariage il n'avait dit OUI à l'une de ses "demandes".

En matière d'amour, ou du moins d'affection, il n'est guère correct de parler "stratégie", et cependant, même en matière amoureuse, des habitudes s'installent, des rancoeurs s'installent, mais des habitudes surtout. Et quand on a l'habitude de demander et de s'entendre dire NON, on finit par ne plus demander.

L'on en vient alors à l'affirmation de soi.
Bien souvent, pour s'affirmer, on affirme que ses demandes. Et l'on s'étonne ensuite parfois que nos demandes ne soient pas satisfaites. Et si cela dure, on en veut à l'autre de ne pas satisfaire nos demandes, et on s'en veut à soi-même de ne pas avoir été capable de dire simplement les choses ou de les affirmer. C'est je crois ce qu'a compris ma patiente ce soir... Qu'au lieu demander, il valait mieux dire ses désirs. Au risque que "l'autre" ne les suive pas, mais au moins au risque qu'il les suive. Il ne s'agit pas d'écraser l'autre, de le soumettre à son tour comme on a le sentiment d'être ou d'avoir été soumis(e), mais simplement de dire ce que l'on veut.
Dire. Pas toujours demander...

jeudi 12 janvier 2012

Séduire !

Un petit oiseau dont je ne connais pas le prénom (suis pas très doué en oiseau) s'égosille depuis trois jours perché sur un arbre au fond de mon jardin. Je l'admire, enfin ! J'admire sa persévérance. Il chante à tue-tête pour attirer la femelle (oui, bon, j'imagine que c'est un mâle – il n'y a que les mâles pour chanter ainsi le besoin d'une femelle). Et il chante, et il chante !
J'ai bien tenté de repérer quelques phrases, mais bon, suis pas un oiseau alors je ne comprends pas grand chose à son message, sauf qu'il semble dire Viens, viens, je vais te...Je suis le meilleur pour te faire.... Bon, vous imaginez le reste.... Mais ça doit bien être un message précis. Pas encore vu de autre oiseau s'approcher, mais ça ne saurait tarder.

Et je pense aux humains, seule espèce animale pour laquelle les pratiques de séduction sont... bien aléatoires.

Les paons font la roue et paradent. Les pigeons se roucoulent et se tournent et se retournent. Les guépards se tournent autour. Les chats se regardent en émettant des cris de bébés et sont capables de rester immobiles (avant) pendant un bon quart d'heure. Les singes ? Non, ça vaut pas, les singes en général y'en a un qui a le droit et que lui et les autres quéquette si j'ose dire... enfin, tous, toutes les pratiques d'approche, de séduction et d'accouplement (allons-y) sont programmées... sauf sauf sauf chez l'espèce humaine.
Entre la drague à la lourde dans la boite de nuit et l'approche tendre qui dure trois ans dans le même espace de bureau, entre le Tu as de beaux yeux tu sais et le Vous prendriez bien un dernier verre chez moi, entre le Vous vivez seul(e) ? et le J'ai envie de vous, il y a de la marge. Et elle n'est pas claire, la marge.
Autant le pigeon et la pigeonne savent à quoi s'en tenir même s'ils font tout un tas de simagrées pour faire croire qu'ils ne le savent pas (au passage et pour info, les couples pigeons font partie des couples les plus fidèles de l'humanité, enfin ! du règne animal), autant ils n'ont sans doute pas idée de ce à quoi la séduction les engage... Bon ! Faut pas exagérer, un cerveau de pigeon n'est pas celui d'un humain. Faut pas exagérer !

Ceci dit. L'humain est quand même un exemplaire un peu spécial du règne animal en matière de séduction. Lisez donc les petites annonces, et même ce qui n'y est pas écrit. Blonde, grand, intelligente, avec du fric, avec de gros seins, une belle bagnole, une belle écriture (quoi ? Ça ne vous fait rien à vous, une belle écriture ?) , des parents sympas (alors que faut pas croire mais les pigeons ils n'en ont rien à faire, des parents de leur compagne/on à venir), hanches larges qui font penser à ... tsss... non pas au plaisir mais à la capacité d'avoir des enfants...
Enfin bref... La séduction, chez l'humain, ça dépend de tout un tas de choses : Séduire pour baiser, séduire pour fonder une famille, séduire pour faire quelque chose ensemble, séduire pour se rassurer, séduire pour se faire croire que, séduire pour dominer, séduire pour être dans le cadre social, séduire pour travailler, mettre en forme un projet, séduire pour l'argent, séduire pour... aimer, séduire pour être aimé, séduire pour....
Alors que chez tous les autres animaux, il ne s'agit de séduire pour QUE pour se reproduire.
On est quand même vachement fort nous les humains. On séduit pour un tas d'autres raisons. C'est pour ça que c'est si compliqué ! Et puis c'est pas pour dire, mais une fois qu'on a séduit... faut garder ! Enfin, ça dépend pourquoi on a séduit. Si on a séduit pour une nuit, pas la peine de tenter de garder. Ni même de séduire, peut-être.

Mais vous n'êtes pas obligé de me croire !

mardi 10 janvier 2012

L'éducation... Quel truc quand même !


Freud, poursuivi par Dolto et bien d'autres l'ont bien dit : Quoi que l'on fasse en tant que parents, on le fera mal. En d'autres termes, l'éducation est un truc impossible, une gageure absolue, un pari fou.
On met on monde un enfant avec tout le désir que l'on a de et surtout pour lui. Au mieux. En se disant qu'on ne fera pas comme nos parents. Pour sûr parfois ils ont "raté" notre éducation à nous. Alors on va faire autrement. Nous on sera différents, on sera de bons parents, enfin !, mieux que nos propres parents. Nous on parlera avec nos enfants, on les entourera d'affection, ce qui fera de ceux-ci des enfants et plus tard des adultes corrects, à défaut de "modèles". Nous on réalisera ce que nos parents et tous les parents du monde n'ont pas réussi.
Heureusement que l'on pense comme cela ! Heureusement, sinon on ne "ferait" pas d'enfants. Heureux aussi que des parents puissent avoir un projet éducatif pour leurs enfants ! C'est une des "interrogations" des parents adoptifs (J'ai été psy au service adoption du Conseil Général) : De quoi vous mêlez-vous de savoir si on peut élever un enfant ? Ce à quoi je répondais en tant que psy chargé de donner mon avis sur la procédure d'adoption, que si tous les parents se posaient sérieusement la question d'un "projet éducatif", le monde irait peut-être un peu mieux, tant on fait parfois des enfants sans projet.
Ceci dit, projet ou pas, nos enfants ne nous appartiennent pas. Nous, parents, nous faisons ce que nous pouvons, avec a priori les meilleures intentions du monde, avec notre histoire aussi, avec nos blessures, nos rancœurs, nos envies, nos envies de réparation, nos envies de faire bien, voire de faire mieux.
Alors parfois, et ce n'est ni une question de revenus ni de condition sociale, les enfants font, deviennent, prennent des voies qui ne sont pas celles que nous avions souhaitées, désirées, voulues pour eux.
Je revendique le droit d'élever ses enfants comme on le souhaite. C'est une des libertés qui nous restent. Seule la maltraitance est interdite. La question est cependant de savoir ce que l'on fait lorsque nos enfants "dérivent"...
La procédure mise en place par certaines collectivités territoriales consistant à recevoir les parents en mal d'éducation ou tout simplement en mal avec leur enfant "dérivant" me parait intéressante. Aider, mais ne pas condamner. Aider sans condamner. Aider sans juger. Seulement reconnaitre auprès de parents démunis qu'ils sont démunis face à la dérive de leur enfant. Et que ce n'est pas forcément de leur "faute" (ce qui, au passage, reconnait la responsabilité de l'enfant dans le jeu de sa propre vie).
Il serait malappris ou inconscient celui qui confierait aux parents la seule responsabilité des dérives de leur enfant. Nous pouvons les entourer, les cajoler, les aimer, en être fier, les accompagner, il y a bien un moment, glissant le moment mais un moment quand même, où non seulement nos enfants nous échappent mais où il est impératif qu'ils nous échappent. Parce qu'ils doivent vivre leur vie à eux !

dimanche 11 décembre 2011

La relation élastique

Dire que la relation entre humains est compliquée est d'une banalité s'apparentant à la ponte d'un oeuf par unepoule.
Je voudrais mettre en évidence aujourd'hui l'une de sescaractéristiques : l'élasticité.
Pour les vacances, ça peut servir...
C'est ce que je tente d'expliquer aux parents «qui ne savent plus comment s'y prendre avec leurs enfants et encore plus avec leurs  ados...» : La relation avec un enfant / ado est élastique.
Expérience: Prenons un parent et un ado et regardons-les dans leur vie quotidienne : Parfois ils sont proches, parfois ils ne le sont plus ; ils sont capables de rire ensemble et d'aller faire les magasins, et deux heures plus tard de s'écharper comme deux chiffonniersjaloux ; ils peuvent être complices, et décidément ne plus rien comprendre à l'autre...
Bref, leur relation est élastique.
Mais continuons. L'une des grandes peurs des parents est que leur ado leur tourne définitivement le dos (oui, le tournage de dos est souvent vécu comme définitif)... Alors ils reculent, ou ils avancent, c'est selon, pour garder le contact, au détriment parfois de leur ligne éducative.
C'est là qu'intervient l'élastique.
Imaginez que la relation entre le parent et l'ado soit symbolisée par un élastique, dont chacun tiendrait l'une des extrémités. Parfois la relation est bonne, le parent et l'ado sont proches, et l'élastique pendouille entre eux. Mais parfois la relation est tendue.... et l'élastique aussi.
Et chacun de prendre peur que l'autre ne lâche son extrémité! De fait, recevoir un élastique en pleine g..... ne fait pasdu bien. Ca peut même faire très mal.
Le parent, en général, a très peur que l'ado lâche le bout qu'il tient. Alors il revient, se rapproche, Oui tu l'auras ton scoot, Oui tu peux sortir, Oui je te file 20 euros, d'Accord tu peux...
Et parfois le parent ne parvient plus à être parent...
Ce que le parent ignore le plus souvent, c'est que son ado a encore plus peur que lui, le parent, lâche son bout... parce qu'un ado qui lâche son élastique dans la g..... du parent, ça fait mal, mais un ado qui reçoit l'extrémité parentale de l'élastique, ça fait encore plus mal...
Mais l'ado, parce qu'il est ado,  parce qu'il fait son boulot d'ado, ne ledira jamais... C'est pas son boulot, de dire qu'il a peur.
En fait, mon message est le suivant : N'ayez pas peur de vos ados, ils sont plus fragiles que vous, ils ont plus besoin de vous, parents, que vous n'avez besoin d'eux (Ouah ! Qu'est-ce que je suis en train d'écrire là !). Si la relation est parfois tendue entre vous et votre ado, c'est normal, c'est classique, c'est même constructif... Le fait que vous ayez peur que votre ado lâche son bout d'élastique ne doit pas vous permettre de vous défausser de votre rôle de parent.
La relation est parfois, aussi, élastique entre les amants, entreles époux, entre l'employé et son patron, entre....autres.
La relation, hélas, tique... Parfois.

lundi 5 décembre 2011

Echanger notre vie ?

ou Serions-nous vraiment prêts à échanger notre vie contre celle d'un autre ?


Dans son dernier billetCoumarine (se) pose une question étrange : Si je devais choisir, je me demande ce que je prendrais... Garderais-je mon épreuve? Ou choisirais-je celle de mon voisin? Oui, je sais, drôle de question... je me la suis posée hier...

Je m'empare alors de cette étrange question (à moins que ce ne soit la question qui ne s'empare de moi ?) :
Il arrive que dans mon cabinet, mais aussi et vous l'avez certainement entendu dans la vie courante, que des personnes disent qu'elles envient telle ou telle personne, qu'elles aimeraient, comme telle ou telle, vivre cette vie-là, que d'autres ont de la chance, que ce n'est pas à elles-mêmes que cela arriverait etc...
Je ne me méfie pas de ces paroles d'envie, et pourtant j'ai bien envie moi de la mesurer, de les relativiser, et peut-être-même de les contrarier.

Envier l'autre et ce qu'il vit, c'est faire fi de se qu'il vit en réalité, c'est ne s'attacher qu'à une toute petite partie de sa vie, celle visible par nous-même de notre position et avec nos lunettes à nous. C'est même souvent faire fi de la réalité pour ne s'en prendre qu'à ce que nous en percevons.
Et c'est pourtant ce qui fait en partie notre "malheur". Coumarine se demande contre quelle maladie, contre quelle souffrance elle échangerait bien la sienne. Elle se répond bien vite, même si elle ne le dit qu'entre les lignes, que c'est une question absurde, tant échanger voudrait dire "tout" échanger", maladie, souffrance, mais aussi vie toute entière du moins est-ce ainsi que j'entends sa question.

Je n'ai pas d'argent, j'aimerais en avoir. Mes jambes ne fonctionnent plus, j'aimerais bien qu'elles fonctionne. J'ai toujours eu envie d'avoir une fille et j'envie les papas qui ont une fille. J'aimearis avoir une voiture qui roule bien et j'envie celui qui en a une qui roule bien. J'échangerais bien mon rein contre deux qui font bien leur boulot de reins. De là à échanger ma vie contre celle d'un autre qui auraient ces fonctionnalités que je n'ai pas ???

Je rencontre à longueur de journée des personnes qui se plaignent de leur vie. Ah comme j'aimerais avoir une belle maison comme celle du docteur Untel, me dit une dame l'autre jour. Vous aimeriez être le docteur Untel ? lui demandai-je alors. Oui, j'aimerais, un travail valorisant, de bons revenus, et cette maison, si vous la voyiez !
Ce que cette dame ignore, c'est que le docteur Untel souffre de maux de dos depuis des années, que deux de ses trois enfants ne lui parlent plus et que ça lui gâche sa vie, et que sa femme est sur le point de le quitter (c'est pour cela que d'ailleurs je vois le docteur Untel en consultation) et que sa maison ben sa maison... il va devoir s'en séparer. Mais elle envie. Elle en vit, même peut-être, de son envie. Et quand bien même le docteur Untel irait bien dans son corps, sa vie et son couple, échangerait-elle sa vie, toute sa vie contre la sienne ?

L'envie de la vie des autres est un piège abominable, vous savez, de cette espèce qui ronge et parfois finit par tuer l'affection-même que l'on a pour soi. J'ai été guéri je crois de cette envie-là le jour où j'ai confié mon envie (d'être comme lui) à mon ami Jacques... qui s'est mis à pleurer en me disant que lui-même enviait ma vie à moi (comme quoi on n'est parfois jamais satisfait de ce que l'on est !). Ce que j'ai alors appris de sa vie à lui m'a non seulement apporté la non-envie de sa vie, mais aussi la conviction qu'il fallait faire avec sa propre vie au lieu d'envier celle des autres. J'avais 18 ans et cet échange un mercredi de mars ne m'a jamais quitté.

A bien y réfléchir, avec qui échangerions nous TOUTE notre vie ?

lundi 28 novembre 2011

Tous les ans ça recommence !



C'est vrai que ça recommence tous les ans. Tous les ans à la même époque ça revient, un peu comme un anniversaire qui se doit d'être fêté, comme un truc obligatoire qu'il ne faut pas rater... Tous les ans depuis ouahhhh ! Longtemps ! Quoi ? De quoi je parle ? Mais de Noël, bien sûr !

Et zou les petites musiques lancinantes du style Single bells, et zou les catalogues avec des pages bien bleues pour les garçons et bien roses pour les filles que c'est quasiment pas politiquement correct de choisir dans les pages bleues un cadeau pour ta fille et réciproquement... (Et on va parler de la prédestinations des genres, tiens !) Et zou les fêtes et que c'est là que le psy intervient : Chaque année c'est la même chose, je veux parler de la gène, des doutes, des petits arangements de famille, des coups de fil incendiaires ou séducteurs, je veux parler de la panique oui...
La panique : Qui on va inviter, qui on ne va pas, qui on va et qu'on ne veut pas, qu'est-ce que va dire ta mère si..., et ton frère si..., et les enfants ils ont envie de voir leurs grands-parents / oui mais tu sais bien qu'ils ne peuvent pas se voir en peinture, oui mais tu sais c'est peut-être la dernière fois que papy très vieux il passera Noël avec nous... Et patati et patata et la dernière fois tu te rappelles comment ça s'est passé ? ...
Vous connaissez. Je ne vais pas m'étaler outre mesure.

Noël, ça revient tous les ans depuis 2010 années. Je ne sais pas si ça a toujours posé autant de problèmes à organiser (repas, cadeaux, visites...) mais cela semble poser de plus en plus de problèmes. Des gens consultent les psys parce que ils ne savent pas, parce que l'organisation des "Fêtes" les plongent dans des angoisses impossibles à gérer. Enfin, ME consultent (Pour les autres psys je ne sais pas), ils ne viennent pas POUR ça, mais ils m'en parlent.

D'abord il y a le repas. Ahhh ! Le repas ! Avec qui ? Où ? Quel jour (Non faut pas croire que ce soit simple. Avec la décomposition / recomposition des familles, ça devient parfois trèèès compliqué) ? Et puis il y a les... les... allez un petit effort... Ouiiii, les ca-deaux ! Ahhh ! Les cadeaux ! Pas trop chers. Pas trop pas chers non plus. Pas plus cher que celui que nous a offert la tante Jeanne l'année dernière oui mais quand même elle nous a bien aidés quand... Et puis faut faire gaffe, tu sais, mon frère l'an dernier il a fait un cadeau à tes enfants, alors...

Je suis sidéré. Sidéré parfois par les complications que les gens se fabriquent eux-même. Sidéré par les enjeux perçus ou montés comme en crème bien fouettée, sidéré par les "guerres" que provoque ce Noël dont la plupart des gens ne savent même pas ce que cela fête. Ou l'ont oublié. Ou l'ont mis dans un petit coin très retiré de leur petite tête.

Hooo ! Noël c'est un anniversaire. Celui de Celui honoré par des millions de gens que même si je suis pas catholique militant ni même pratiquant je reconnais comme étant porteur d'amour. Mais les marchands du temple ont bien oublié semble-t-il ce message-là. Et quand bien même l'auraient-ils vraiment oublié, faire et vivre Noël c'est autre chose que de s'angoisser pour savoir qui, quoi et quand non ?

La femme qui est sortie de mon cabinet il y a deux heures a pris une GRANDE décision pour ce Noël à venir : Elle fêtera Noël avec son mari est ses enfants. Point. Pour la première fois de sa vie elle ne "marchera" pas dans les combines de ses frères et soeurs, arrangements foireux qui ne font plus rire personne depuis des années et qui au fond ne satisfont personne.

La seule "chose" que je ne tolère pas, c'est l'intolérance. Surtout pour une fête qui est censée l'encenser. 


lundi 21 novembre 2011

Évaluer la dangerosité d'un futur délinquant ????




Le viol et l'assassinat de la jeune Agnès relance la polémique : Les événements étaient-ils prévisibles ? La récidive du jeune mis en cause était-elle prévisible ? Pourquoi les experts n'ont-ils"rien" vu, du moins pas la possible dangerosité du jeune Mathieu ?
De l'acceptation d'un fatalisme à la quasi-demande de rétablissement de la peine de mort, les réponses sont souvent désordonnées, comme si l'émotion prenait une fois de plus le pas sur la réflexion. Comme c'est le cas toujours dans toutes ces "affaires".

La Justice -que je connais un peu- semble avoir appliqué la Loi. Celle qui exprime la primauté (pour une fois) de la liberté sur l'enfermement, d'autant qu'il s'agit d'un mineur. Le suivi judiciaire, si j'ai bien compris, semble avoir été assuré conformément à la loi (encore que ! J'avais écrit un billet il y a longtemps sur le peu de cas que faisait la Justice, finalement, de ces "suivis thérapeutiques" qu'elle ordonnait).

L'établissement et la direction de l'établissement scolaire ? Ils n'étaient pas au courant, seulement qu'il y avait eu incarcération préventive en attendant un jugement. Et ils auraient connu la raison de cette incarcération qu'ils n'auraient pas accepté ce jeune. Heureusement sans doute, qu'ils n'étaient pas au courant de tout, certes pas pour la jeune Agnès, mais pour les milliers de jeunes qui chaque année trouvent refuge dans un établissement et qui s'en sortent bien et qui ne récidivent jamais.

Les experts psychiatres et psychologues se sont-ils "trompés" ? La polémique enfle déjà. Comme s'il était possible de répondre OUI sans aucune forme de procès.
Ils se seraient trompés sur quoi, d'ailleurs ? Sur des prévisions quant à la dangerosité à venir d'un homme ? Ils auraient dû affiner -certifier ?- un pronostic au vu de leur diagnostic ? Ils auraient dû conclure à l'enfermement dont on n'aurait jamais pu déduire la non ou la dangerosité de l'enfermé ? Or, autant il est impossible de mettre les enfants de trois ans en case au motif de leur propension à devenir délinquant ou pas ou un petit peu à l'avenir, autant il est impossible de le faire à un âge plus avancé.
C'est sans aucun doute la personnalité d'un individu, qui peut donner à dire et à prédire quelque peu ses actes à venir, du moins la tendance vers laquelle il peut se diriger, mais aussi son histoire, la somme de ses actes et activités passés.
Il y a certes, en matière psychiatrique, des tableaux inquiétants qui peuvent amener à penser à une possible dérive vers la violence, et si certains ne retiendraient bien que le terme "violence", je retiens moi le terme "possible". Ou alors enfermons à vie tous les schizophrènes, tous les alcooliques, les chauffards et les jeunes voleurs de bonbons.
Je crois que ce serait faire un mauvais procès aux psys que de les accuser de n'avoir rien vu. La psychologie, comme la psychiatrie, n'est pas une science "exacte". C'est une science humaine, de celles qui, si elles ont accumulé un certain savoir sur le fonctionnement de l'humain, n'en sont pas moins parfois démunies quant aux prévisions de comportement des uns ou des autres.

Il y a une chose que je ne comprends pas bien cependant, et contre laquelle je m'élèverais volontiers : Pourquoi avoir laissé (et là ce serait à la Justice, mais aussi aux psys mandatés par elle de répondre) ce jeune s'inscrire dans un établissement où il y avait des jeunes filles ? C'est vrai. Ça je ne comprends pas. Et sans doute s'il y a eu erreur, au moins par manquement de vigilance, je crois qu'elle est là. Qu'au moins il ait été pris quelques précautions pour ne pas "tenter" ce jeune, du moins ne pas le placer dans des situations où... la récidive était possible.

Je pense bien entendu à Agnès, à sa famille et à son entourage, pour qui cela est terrible à vivre. Et je comprends bien leur révolte. Mais je suis une fois de plus bien en peine pour appuyer sur le bouton de l'emprisonnement sur simple suspicion d'une récidive.

800 mineurs sont actuellement incarcérés en France, 4000 mineurs vont chaque année en prison. S'agit-il, sur simple présomption de culpabilité à venir, d'en emprisonner d'autres plus nombreux encore ? On aurait aussi pu l'incarcérer en "Centre éducatif fermé". Mais Roseinsweig -juge des enfants au tribunal pour enfants de Nanterre- le dit lui-même "Oui, on aurait pu, mais tout systématisme en Justice est idiot". Oui, on aurait pu.
"Tout mineur auteur d'agression sexuelle grave devra désormais être placé en Centre éducatif fermé", c'est ce que viennent de décider les ministres en charge de ce dossier (Au demeurant je me demande où est la limite entre le "grave" et le "pas grave" ????), ajoutant que ces jeunes ne devront plus être accueillis dans des collèges ou lycées sans information complète à l'établissement en question (autant le dire : ces jeunes ne trouveront plus de collège ni de lycée).
S'ajoute à cela une approche multi-disciplinaire de l'évaluation de la dangerosité d'un individu.
Bien.

J'en viens cependant à l'une des plaies de l'éducation, ou de l'Education avec un grand E. J'en ai déjà parlé ici mais je vais recommencer : Tant que l'on (collectivement) acceptera / supportera les incivilités de chaque jour, tant que l'on (toujours collectivement) ne donnera pas aux établissements scolaires le "droit" de contrôler, de sévir, voire d'exclure, tant qu'il faudra remplir une doléance en trois exemplaires, qu'il faudra réunir un conseil pour simplement dire la loi ou la règle, tant que les adultes éducateurs se verront privés des moyens de la faire respecter, les petites délinquance se transformeront éventuellement en grandes.
Je condamne bien entendu le geste de ce jeune à l'égard de la jeune Agnès. C'est horrible, c'est terrible, ça ne devrait pas exister. Et sans vouloir pour autant nier ce que l'on pourrait appeler les déviances ou les pathologies psychiques (ce dont manifestement est atteint le présumé meurtrier), le comportement des adultes me semblent tout autant à condamner. Parce que laxisme.
Qui met un pied dans la délinquance en met les deux s'il n'est pas condamné pour ce petit pas. La non-condamnation devient une autorisation.

Je ne prétends pas loin de là faire le tour de cette affaire en un tour de clavier. C'est simplement ma vision des choses. Ni à chaud ni à froid. A tiède...

Je sais, c'est une note qui peut s'avérer incendiaire. Tant pis. J'assume.

mardi 15 novembre 2011

Arbre quoi ?



Souvent, très souvent, je propose à mes jeunes patients lors de la première ou seconde séance, de faire avec eux un "petit" arbre généalogique -je dis "petit" puisque nous nous arrêtons aux grands-parents et leurs descendants. D'une part cela nous permet de faire connaissance à partir d'un support souvent vécu comme tranquille et léger voire amusant, et cela me permet à moi de saisir quelque peu l'ambiance familiale, de "voir" comment l'enfant s'y retrouve, ce qu'il sait de sa propre famille etc.
Je ne sais plus si moi à 10 ans je connaissais les prénoms de mon grand-père et de ma grand-mère maternels. Ils s'appelaient respectivement "papa" et "maman". Je crois seulement savoir que ma mère a "appris" que son père avait un prénom vers 11-12 ans (ses parents s'appelaient "papa" et "maman" vous ai-je dit). Toujours est-il que beaucoup d'enfants ne connaissent finalement que peu de choses sur leurs grands-parents, ni leurs prénoms, ni la profession qu'ils ont exercée ou exercent encore. Quant aux "histoires" familiales, beaucoup sont très démunis aussi. Et pourtant, qu'elles sont importantes, les histoires familiales !
Dernièrement, j'ai reçu un garçon de dix ans quelque peu perdu...à l'école. Lecture déficiente, écriture n'en parlons pas. Comportement agressif. A la maison il semble que ça se "passe" bien, mais à l'école c'est la cata ! Rien à voir avec l'arbre généalogique et pourtant ! Ce jeune garçon semble incapable de se repérer dans sa famille. Entre autre il me parle d'une sœur à lui, dont le père serait son propre père mais la mère... sa grand-mère maternelle. ??? Vous comprenez mon étonnement. Mais si, je vous dis, c'est ma sœur. Mais ce n'est pas la sœur de maman que je vous dis. Je n'y comprenais plus rien. Une sœur qui aurait pour sœur la mère et pour mère la grand-mère et pour père le mari de la mère. Mais on la voit jamais. Elle vient jamais à la maison.
Renseignement pris (auprès de la maman)... Cette "sœur" est bien sa sœur (au jeune garçon) mais comme elle est et depuis très longtemps fâchée avec leur père et réciproquement, elle a déserté la maison à 12 ans (avant même la naissance du garçon) et habite chez leur grand-mère maternelle -d'où le fait que ce garçon pensait que sa mère était sa grand-mère. Oui, je sais, c'est alambiqué, comme histoire, mais elle est vraie.
Une séance mère + enfant, pour "expliquer" tout cela, a remis les choses dans l'ordre sur le plan scolaire... Ce qui ne m'étonne qu'à peine, d'ailleurs. En fait ce garçon était envahi par ce questionnement quasi obsessionnel concernant sa sœur et l'histoire familiale. Je l'ai bien compris lorsqu'il m'a dit qu'il avait très peur parce que bientôt il allait avoir 12 ans !

A partir d'un support banal, l'enfant peut ainsi remonter l'histoire -l'Histoire, même, avec un grand H- de sa famille et donc la sienne propre. Je n'ose pas parler de psycho-généalogie, sinon à toute petite échelle, mais il s'agit d'ouvrir des portes sur des questionnements retenus, des imprécisions parfois handicapantes, et je ne parle même pas des "secrets de famille" (à propos desquels Serge Tisseron vient d'ailleurs de consacrer un ouvrage ("Les secrets de famille", PUF -Que sais-je)...

Le plus souvent, les enfants privés de leur histoire ne le sont pas volontairement, mais le "manque" d'histoire peut parfois amener des troubles de la personnalité ou du comportement. Adultes, nous sommes d'ailleurs souvent à la recherche d'anecdotes quant à notre enfance, que les échanges en réunion de famille nous rapportent parfois avec sourire.
L'histoire, les histoires, l'Histoire et son enseignement, ont une vertu fantastique : celle de nous faire appréhender que nous ne venons pas de n'importe où ni de n'importe qui, celle de nous amener à comprendre les enchainements, les liens de cause à effet, et celle au final de nous permettre de nous construire la nôtre, d'histoire. Celle de nous enraciner dans la vie, tout simplement.