"un petit mot sur mon blog"


"un petit mot sur mon blog"

Psyblog a posé son stylo le 5 juin dernier. Il est parti "ailleurs", pour une autre vie plus sereine et lumineuse.
Ce blog était pour lui une belle aventure d'écriture, de réflexion, d'émotion et de partage. Les commentaires de ses nombreux lecteurs en sont un témoignage chaleureux. Vos derniers mots tout particulièrement...
Continuez à le lire ou à le relire pour sa plus grande joie ailleurs...
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lundi 23 avril 2012

J'peux pas aller à l'école !





Les raisons qui amènent un enfant à ne pas aimer l'école (y compris le collège) sont nombreuses : Très mauvaise ambiance, échec continuel, moqueries, phobie scolaire et plus généralement sociale, timidité maladive, dégouts divers, désintérêt, racket...
Le psy est alors parfois mis à contribution pour en dénicher les raisons plus ou moins cachées, et tenter de faire en sorte que l'enfant y retourne, à l'école, au besoin en aménageant un peu les choses. La phobie scolaire existe véritablement, bien que le mot "phobie" soit parfois un peu employé à la légère mais bon. Le racket existe qui, s'il n'est pas dit par l'enfant racketté, prive les parents et les adultes en général de toute possibilité d'intervention (des enfants mettent des mois à le dire à leurs parents, et en attendant vont à l'école la boule au ventre et la culpabilité en bandoulière). Les mauvaises ambiances de classe, les échecs répétés, la perte de confiance en soi et en l'adulte, le bruit (ah ce bruit dans les classes et dans les cantines, qui dégouttent à jamais l'enfant d'être en groupe !) sont autant de raisons qui mènent l'enfant à ne plus vouloir aller à l'école. Et je ne parle pas des moqueries, des vêtements pas comme ceux des autres, de la peur -parce que expérience- du vol, etc....
Il y a cependant une "raison" de ne pas aimer l'école que je n'avais jamais rencontrée jusque là :
Cet adolescent de 13 ans vient consulter, à sa demande, pour -officiellement- "maux de ventre et vomissements" lorsqu'il faut aller au collège. Déjà le dimanche soir il angoisse à l'idée du lendemain. Déjà le lundi soir il angoisse et vomit à l'idée du mardi... En fait il angoisse à l'idée-même d'aller à l'école, et souvent vomit le matin d'école, et même pendant les cours. C'est terrible ! Comme il me dit lui-même : Ca ne peut pas continuer comme ça !
L'entretien permet d'évacuer tout "problème" physique, médical, en quelque sorte. D'autre part, la famille semble "rouler" : Pas de conflits majeurs, pas d'événements repérables comme traumatisant, une famille comme vous et moi, sans histoires particulières (oui je sais, nous avons tous des histoires uniques !). L'entretien permet aussi rapidement de savoir que cet ado est normalement constitué, intelligent, n'est pas en échec scolaire malgré deux années déjà de maux de ventre, de vomissements et de dégout scolaire jusqu'au vomissement. Voilà ce qu'il permet d'évacuer, l'entretien.
Ce qu'il permet de découvrir, l'entretien ? Rien. Pas grand chose. Rien de spécial. Rien qui puisse un tant soit peu expliquer ces maux de ventre et ces vomissements.



Ce n'est qu'au second entretien avec cet ado que pointe peut-être la raison de son refus/malaise/dégout d'aller au collège : L'ordinateur. Tiens donc !!! L'ordinateur, c'est la vie de ce garçon, son bras droit, son gauche, son pilier, son bâton, son aide de camp, son plaisir et son unique plaisir. Sans, il est mort. C'est ce qu'il me dit : Sans ordi, je suis mort ! Parce qu'il ne vit qu'à travers ses jeux en réseau ! Parce que là il existe [sic], parce que là il est quelqu'un [re-sic], parce que sur les jeux en réseau il est connu, respecté voire admiré [re-re-sic]. Wouahhh !
Re-Wouahhh ! Et s'il ne veut pas aller au collège, jusqu'à s'en rendre malade, c'est que pendant qu'il y est, il se passe des choses sur le net, sur le réseau, dans ses jeux... Je rate des événements, me dit-il, quand je ne suis pas là.
Ah ben oui... s'il passe à côté de sa vie en allant au collège, en n'étant pas 24h/24 sur son ordi, il rate des choses, je comprends bien. Alors par un mécanisme assez bien connu de somatisation, de transformation de la pensée ou du malaise psychique en malaise corporel, il a mal au ventre, vomit, accuse des baisses de tensions, fait des malaises et tout et tout.



Alors nous avons parlé vie, vie aussi physique, "réelle" -même si la vie internet est aussi de la vie réelle-, hygiène de vie, vie relationnelle, activités autres que celle ordi, relations avec les autres, avec les parents, intérêts des parents, éducation... En fait, heureusement que mes parents mettent des interdits -deux heures seulement/jour d'ordi- sinon je crois que je ne mangerai même plus... Bienheureux le contrôle parental.
Ce matin, ce lundi matin de rentrée, il est allé au collège. Il a vomit sur le trottoir du collège. Mais il y est resté toute la journée (au collège, pas dans son vomi ni sur le trottoir). Je savais que ce soir je venais vous voir alors j'ai tenu bon, m'a-t-il dit.
Il n'est pas sorti de l'auberge, comme on dit. Il est accro à l'ordi et aux jeux en réseaux. Il veut en faire son métier plus tard, ou [s]'engager dans l'armée pour tuer en vrai oui je sais ce sera différent on n'a qu'une vie, en vrai. Il n'est pas sorti de l'auberge, il sait qu'il est accro. Mais ce soir je crois qu'il a compris une chose, c'est que ses parents ont bien raison de contrôler un peu les heures qu'il passe devant l'ordi.



Me fait un peu peur ce jeune quand même ! M'a dit qu'il pouvait contrôler mon ordinateur à moi... de chez lui. Alors, mon ordinateur devant lui, il a pris le contrôle de son ordi de mon cabinet... En me laissant entendre qu'il pouvait prendre le contrôle de n'importe quel ordinateur dont il connait le nom du propriétaire. Sont tombés dedans, moi je vous dis. 


mercredi 4 avril 2012

Range ta chambre





C'est une injonction très fréquente chez les parents, surtout chez les parents qui ont des enfants qui ne rangent pas leur chambre -oui oui, ça existe. C'est un ordre encore plus fréquent chez les parents d'adolescents... Et parfois ça pourrit la vie... des ados et de leurs parents.
J'ai rencontré cet après-midi une famille, enfin, une partie de famille (mère + fille) chez laquelle de nombreux conflits tournent autour de ce «ranger de chambre»...
Alors je pose la question : La relation familiale vaut-elle -dans sa difficulté- qu'on y sacrifie le rangement de chambre ?
C'est comme cette mère qui me dit un jour : Vous vous rendez compte ? Tous les soirs, je me bats avec mes enfants pour qu'ils se mettent en pyjama avant le diner / Vraiment ? Tous les soirs ! / Oui ... / Et si vous les laissiez ne pas se mettre en pyjama ?... Elle m'a dit que ce serait pas possible... qu'elle tenait à ce que ses enfants soient en pyjama pour diner... Je lui ai conseillé de ne plus rien dire, pyjama ou non, et quinze jours plus tard, elle venait me dire que ses enfants se mettaient en pyjama tout seul sans qu'on leur dise rien....
Alors, la chambre ?
D'abord, bien comprendre que la chambre est l'univers de l'enfant. C'est son «chez lui», son «à lui». Ensuite, se poser la question : Pour qui pour quoi demande-t-on à notre enfant de ranger sa chambre ? Pour nous ou pour lui ? Si c'est pour nous-soi, autant réfléchir sur le pourquoi on lui demande cela. Si c'est pour lui, je voudrais rectifier une idée reçue : Un enfant bordélique ne fera pas forcément un adulte bordélique. Et quand bien même !
Je suis bien conscient que l'on veut façonner nos enfants tels que nous voulons les façonner, c'est à dire à notre image. Ce que nous oublions, nous, parents, c'est que nos enfants sont tels qu'ils sont, bordéliques ou pas, et que nous n'avons comme seule arme que l'exemple que l'on peut leur donner et les conséquences responsables de leur «bordel».
On a le droit, en tant que parent, d'édicter des règles... à condition que celles-ci soient raisonnables. Et de différencier les besoins éducatifs légitimes des exigences exagérées. Si les règles éducatives sont dictées par les idées névrotiques des parents, autant laisser tomber. Quand cette femme reçue cet après-midi me dit qu'elle (et je souligne) ne supporte pas que la chambre de sa fille de 15 ans soit en «bordel», c'est de son propre désir de rangement ou de propreté dont elle parle, pas d'éducation.
Je me fais ici le défenseur des enfants et des ados qui sont sujets, ou plutôt objets, des tendances névrotiques de leurs parents... Après tout, qu'est-ce que ça peut faire -à vous... à nous, parents- si la chambre de notre enfant est en bordel... ?
C'est SA chambre, SON univers, et j'allais dire l’expression de lui ou d'elle... Alors n'en voulez pas trop à votre enfant si il ou elle ne range pas sa chambre... Je suis certain que si vous le/la laisser gérer sa chambre / et donc sa vie... il/elle fera ce qu'il faut... même pour vous faire plaisir...
Ce qui est terrible, dans ces affaires de conflits familiaux à répétition, c'est qu'ils démarrent la plupart du temps sur des -pardonnez l'expression- conneries. L'enjeu du respect de la règle ne devient plus l'éducation, mais le conflit, l'exercice du pouvoir et du contre-pouvoir. Il me semble aberrant, triste, moche, et pour tout dire désolant, que des relations familiales somme toute «normales» soient gâchées par des enjeux qui ne sont pas éducatifs.
Bon, j'écris, j'écris, mais la chambre de mon gamin est en bordel... va falloir qu'il me la range vite fait, sinon, ça va barder...

mardi 6 mars 2012

Séduire – Rencontrer – Donner envie


Séduire – Rencontrer – Donner envie


Rencontres par internet, par agence, par petite annonce, voire par hasard, rencontre prévue au Café des Arts, au pied de la cathédrale ou au cœur d'une soirée-ami(e)s, si tu veux rencontrer l'amour (eux/se), il y a sans doute des choses à mettre de son côté :
Alors tout d'abord ne pas être seulement "en attente". Mais aussi en "chasse", même si le sens guerrier du terme peut prêter à confusion. Disons alors en "expression de désir"
Et mettre les choses de son côté, ou du moins ne pas les mettre de "pas son côté".

Exemple :
  • Ne pas arriver au premier rendez-vous en "Marcel" déchiré. Pas davantage qu'en décolleté affligeant (enfin ! Ça dépend de ce que l'on cherche !). Des femmes m'ont raconté des Marcel* déchirés pour un premier rendez-vous galant, oui oui.

  • Ne pas chipoter sur la facture du premier repas. Oui oui, j'en ai entendu qui chipotaient sur le partage au centime près : Et qu'est-ce que tu as pris toi ? Oui mais moi j'en ai mangé moins, et puis bon c'est vrai, j'ai pris un apéritif...
  • Ne pas mettre en avant ce qui peut être éventuellement perçu comme des "défauts" : Oui je fume, Oui je picole, Oui j'ai quatre enfants de quatre femmes / hommes différent(e)s, Oui je n'en vois plus que deux, Oui j'ai vécu avec 43 femmes/hommes (mais c'est toi que j'attendais)...

  • Ne pas parler pendant une heure de SA propre voiture, de SA maison, de SA réussite, ni de la valeur de la maison de la femme -ou de l'homme- que tu vois pour la première fois ni poser ces questions à celui/celle que tu rencontre (Vous êtes propriétaire ? Votre voiture date de quelle année ? Vos parents sont propriétaires (sic) ?

Au contraire, mettre en avant :
  • Ses qualités (la générosité, l'empathie, le revenu (?), du moins l'indépendance financière..)
  • Son désir de rencontrer vraiment quelqu'un.
  • S'habiller au moins propre et passe-partout si on ne sais pas à qui l'on a affaire.
  • Être prévenant, proposer de payer l'addition au premier repas... Et C'est toi qui paieras la prochaine fois ou A charge de revanche, ce qui par ailleurs dit ton désir de le / la revoir.


En fait, rencontrer "quelqu'un", c'est comme rencontrer un employeur éventuel : Mettre en avant ses compétences et ses qualités, en esquivant éventuellement un tant soit peu ses défauts et ses incompétences. Il ne s'agit pas de tricher (Très vite alors l'amoureux/se / l'employeur s'en aperçoit et adieu le contrat) mais de donner envie d'une suite... (Oui, comme les trois petits points).
Il faut être clair : Ou l'on a envie de donner à l'autre le désir de nous rencontrer à nouveau, ou l'on n'en a pas envie. Et si on en a l'envie, alors autant mettre le paquet. Que ce soit dans la vie amoureuse, dans la vie professionnelle ou dans la vie amicale, dans celle syndicale ou associative, ou même politique ou de voisinage, mieux vaut mettre les choses de son côté. On peut penser, à tord ou à raison, que cela relève par trop des conventions sociales mais il en est ainsi : Un homme n'impose pas à une femme qu'il désire ou dont il désire l'amour... de partager la note du premier resto. Il la paie. Point. Au risque de ne jamais la revoir... et de ne jamais avoir de retour sur investissement.
Il me vient une pensée : Et si l'engagement était aussi l'apanage de celui qui désire le plus et qui n'est sûr de rien ? Humilité oblige... Je t'offre et tu en feras ce que tu en voudras.


J'ai le sentiment, personnel et professionnel, que souvent les "choses" vont trop vite en matière de séduction. Salut toi ça va ? Tu fais quoi ? Tu es libre ce soir ? On y va ? et zou c'est parti mon kiki, le soir-même ou trois jours plus tard c'est la rencontre des corps en espérant la rencontre amoureuse. Et souvent le désenchantement : Et pourtant j'étais venu avec des fleurs... Je la kiffais grave cette nana ! Il m'avait dit qu'il était seul et je viens d'apprendre qu'il est marié ! 
 
Je rencontre régulièrement en consultation des "plaignants d'amour", de ceux-là (ou celles-là ça "marche" dans les deux sens) qui croient trouver le grand amour en dix minutes au café du coin ou à la soirée d'hier soir et qui finalement ne trouvent qu'un moment de plaisir (au mieux) ou de satisfaction physique passagère -grand bien leur fasse- mais qui quelques jours ou quelques semaines plus tard se retrouvent seul(e)s gros-jean comme devant et déçu(e)s encore une fois.
Entendons-nous bien : La rencontre physique et sexuelle est géniale, mais si elle ne s'accompagne pas d'une rencontre affective et sentimentale, du désir de l'être et non seulement du corps, elle ne reste qu'une rencontre physique et sexuelle et ce n'est pas ce que communément on appelle de l'amour et je n'ai rien contre. Sauf que ces plaignants du manque d'amour véritable et qui ne savent pas comment le trouver viennent consulter pour... avoir des conseils. 
 
Hier, je revoyais l'un de mes patients sauvé in extremis il y a quelques jours d'une tentative de suicide parce que, disait-il, Elle [l'avait] laissé tomber. / Vous vous connaissiez depuis longtemps, lui ai-je demandé. / Depuis une semaine.


mardi 7 février 2012

L'homme battu



La femme battue fait malheureusement parfois la Une des journaux. Et c'est tant mieux. Non qu'elles soient battues, les femmes, mais qu'on en parle. Une femme meurt tous les trois jours, en France, sous les coups de son mari ou concubin. C'est terrible. Je voudrais bien trouver d'autres mots, je n'y parviens pas. Il n'y a pas d'autres mots pour qualifier ces actes. Horrible ? Inhumain ? Insensé ?
Les hommes battus ? On en parle moins. On n'en parle pas. Mais ils existent. Certaines statistiques donnent le chiffre effarant de 10%... Oui oui, vous lisez bien, 10% des hommes seraient battus par leurs femmes ou compagnes !
Ce n'est pas une légende, c'est un fait statistique. Mais c'est tellement incroyable... qu'on n'y croit pas !
La violence de la femme à l'égard de «son homme» est surtout psychologique. Physiquement, c'est moins possible, compte tenu des différences générales entre hommes et femmes. Cette violence atteint l'intégrité psychique de l'homme, par des procédés subtils, directs ou indirects. Elle est souvent concentré sur un travail de détricotage et de dénigrements des différents rôles tenus par l'homme aussi bien dans les sphères privées que publiques, rôles qui construisent son identité masculine, du moins celle véhiculée par la société.
La femme violente est une agressive passive, l'agression se jouant le plus souvent dans une négation de l'autre, l'homme, dans son rôle et son statut d'homme, y compris... au lit. La négation de l'homme se joue aussi et parfois surtout dans la négation de la relation physique à lui... Les femmes disposent là d'une arme redoutable !
La femme violente sape la compétence professionnelle de son conjoint : il n'est qu'un bon à rien. Elle sape sa compétence de père : il n'est pas un bon père. Elle seule sait ! Sapage de son rôle d'amant, de son rôle de père, de sa compétence professionnelle, mais aussi de ses relations amicales... Mon homme n'est pas un «bon» homme.
Bref, la femme prend le pouvoir.
Si je vous parle de cela ce soir, c'est parce que c'est l'histoire de mon patient de cet après-midi. Sept ans de mariage, et peu à peu l'emprise, la manipulation, les interdictions (de foot, d'amis, de présence auprès des enfants, de... choix du film de ce soir...), la main-mise d'une femme sur toutes -et je dis bien TOUTES- les activités de son mari.
Ce qui l'a décidé à venir me voir aujourd'hui est la porte fermée de sa maison samedi dernier (il y a trois jours) parce qu'il n'était pas rentré à midi et douze minutes (sic), le temps chronométré par madame pour le trajet fin du travail-maison...
Cette femme grignote, a grignoté pendant sept ans les moindres recoins de la vie de son homme, jusqu'à en faire son objet... La gifle monumentale qu'il a reçue samedi à midi-et-quatorze minutes -et à propos de laquelle le médecin lui accorde 5 jours d'arrêt de travail- est le déclencheur chez lui d'un NON impossible à dire, mais qu'il espère pouvoir dire très vite... avec l'aide du psy que je suis.
La honte, l'impuissance, la peur du ridicule (Franchement, vous imaginez un homme se présenter à la gendarmerie pour dire Ma femme me bat ?) font que de nombreux hommes ne disent jamais rien de leur calvaire. Et comment «prouver» ? L'arme est plus psychologique que physique. Le harcèlement est plus difficile à prouver que les coups.
L'homme battu, ce n'est pas une légende... C'est de la réalité cachée, voire insoupçonnée... donc cachée. Mais ça existe... Ca existe dans l'ombre, dans l'intimité des chaumières et des lits. Et les hommes, dans leur grande majorité, ne peuvent tellement pas le reconnaitre qu'ils ne le disent pas, qu'ils se taisent...
Bon, je sens déjà les attaques -ou les défenses-... «Oui mais les femmes sont plus battues, oui mais les hommes sont plus agresseurs.....» Oui, Ok, c'est vrai...
Ce que je défends là est la stricte interdiction et la bêtise, connerie, inefficacité... d'agresser l'autre, qu'il soit femme, homme, juif, noir, enfant, vieux, jaune, petit, bleu, malade, grand, boutonneux, unijambiste ou muet...
Ce que je défends, c'est le respect de l'être humain, quel qu'il soit, quel que soit son sexe, sa couleur, sa religion, ses croyances, ses habitudes, son éducation, ses peurs, ses envies, ses pensées...
Il est interdit d'humilier un autre, d'en faire son objet, de le nier en tant que sujet...
Ce que je défends pas, ce sont les comportements : La souffrance, le malheur, le désir, la soif de pouvoir, la pauvreté, la frustration... ne sont et ne seront jamais pour moi des excuses à l'agression. Même si ce sont des explications...



Tout ça à cause d'un homme venu me voir aujourd'hui parce que sa femme n'a pas supporté deux minutes de retard ! ! !

lundi 6 février 2012

Il ne met pas ses chaussettes sales dans le panier à linge.




Les motifs exprimés d'une consultation sont parfois bien... étranges ou bien légers (?).
Ainsi dernièrement ai-je reçu une jeune femme venant consulter au nom du couple (Je viens en éclaireur pour une thérapie de couple) parce qu'il ne veut rien faire lorsqu'il est là et surtout il ne met jamais ses chaussettes sales dans le panier à linge. Lorsqu'il est là, il ne fait rien, il me regarde, il regarde la télé, il ne lui vient même pas à l'idée de faire quelque chose pour la maison, tenez, par exemple, il ne fait jamais la lessive, jamais... oh et puis ça m'énerve, il ne met jamais ses chaussettes sales dans le panier à linge.
Vous l'avez compris, l'histoire des chaussettes sales qui trainent, pour autant qu'elle soit vraie, n'est qu'une partie émergée de l'iceberg. C'est gênant, c'est chiant, ça ne rend pas la vie agréable, mais surtout ça cristallise tout ce qui ne va pas dans ce couple : Le sentiment que madame a de TOUT faire, celui qu'elle a que son homme est posé là, qu'il profite d'elle et qu'il ne la respecte pas, le sentiment qu'il s'en fiche, qu'elle sert de bonne, de cuisinière, de p.... et j'en passe. Bref... partie émergée d'un sentiment d'inutilité et de non-amour alors que son propos se termine par ces mots : En fait il ne m'aime pas.
En dix ans, pas une fleur, pas un compliment, pas un Je t'aime, comme s'il suffisait qu'il travaille et ramène l'argent à la maison pour qu'elle soit en sécurité affective.


Mais bon, ce n'est pas de ce couple en particulier dont je voulais parler -bien qu'il y en aurait des choses à dire-, mais des motifs premiers de consultation, vous savez, ces premières paroles que l'on dit au psy pour "expliquer" pourquoi on vient consulter. Souvent le patient ne se "déshabille" pas le cœur et l'esprit la première fois et d'ailleurs il vient pour que le psy l'y aide. Chaque patient introduit le motif de sa consultation à sa manière, et si parfois certains y vont tout de go en disant Je picole et je n'en peux plus ; Ma mère est décédée et je n'arrive plus à vivre ou Comment savoir si je l'aime ?, d'autres introduisent leur problématique par des biais bien différents: Mon fils [de 23 ans] ne veut pas que je rentre dans sa chambre – Mon fils ne peut pas manger autre chose que de la nourriture rouge – Je ne peux pas rouler sur une autoroute – Mon fils a pissé sur un policier (sic) ... Ce jour-là ce fut Il ne met pas ses chaussettes dans le panier à linge.
Bien entendu le motif "réel" de la consultation n'est pas celui-là. Bien entendu qu'il est parfois difficile de dire au psy ce qui véritablement nous tracasse. Et bien entendu aussi que le patient "tourne" parfois autour du pot, et peut même le faire pendant...longtemps, comme ce jeune homme qui, venu consulter pour "timidité maladive" (premier motif avancé par lui), a mis plusieurs mois à me dire qu'il souffrait de son homosexualité et du silence dans lequel il s'était lui-même enfermé.
Cela fait partie du jeu -et du Je- que de tourner autour du pot. Dans le réel, parce que ce n'est pas facile de dire les choses, et dans la symbolique parce que celle-ci nous échappe le plus souvent, sans compter la difficulté que l'on a tous à se regarder en face. Il est effectivement bien plus facile de se dire que nos problèmes de couple proviennent de l'autre qui ne met pas ses chaussettes dans le panier à linge que de se dire que l'amour s'est terni... voire qu'on y est peut-être pour quelque chose, ce que cette femme "avouera" quelques séances plus tard : J'ai rencontré un autre homme et je ne sais que faire.

lundi 16 janvier 2012

Demander ou affirmer ?

Elle me dit A chaque fois que je lui demande il me dit NON. Je lui réponds que si elle demande, elle s'expose de fait à un NON possible. Elle me dit Mais si je ne demande pas je n'aurai pas. Je lui suggère qu'il il y a peut-être une autre façon de faire (pour "avoir" ce que l'on souhaite). Elle me dit Alors il ne faut plus que je demande ? Je lui dis que ce peut être une solution. Elle me rétorque que Alors je ne demanderai plus et je n'aurai plus rien. Je lui dis alors qu'il est pas question qu'elle n'"ait" plus rien, mais de peut-être elle peut s'y prendre différemment.

Je rencontre bien des femmes qui sont "soumises" à leur mari. Oh ! Pas soumise par pression, par violence ou maltraitance, mais soumise par habitude. Et par peur. Peur ? Oui peur, peur. Peur du NON. Peur de prendre le risque qu'il dise NON, peur d'être désavouée, rejetée, non-aimée. Soumise par construction psychique, de celle qui projette sur le mari et "l'autre" en général leurs propres peurs... de ne pas être aimée. Et qui les fait demander alors même qu'elles savent qu'on va leur dire NON.

Demander, c'est s'exposer, disais-je plus haut, à ce que la demande ne soit pas exaucée. C'est se placer en-deçà de celui ou celle à qui l'on demande, non que la demande soit sens d'affaiblissement et de soumission, mais de fait demander c'est se soumettre à l'autre. Et c'est accepter de fait la réponse de l'autre. Ce qu'oublient bien des parents d'ailleurs... Vous avez tous vécu cela. Pour exemple :
- Tu veux de la soupe ?- Nan, je veux pas de soupe.
-  Si, tu dois prendre un peu de soupe.
- Non, je veux pas.
- Bon alors va te coucher, T'es toujours pareil, tu veux rien de ce qu'on te propose et na na na et na na nère...
Non. Sans blague... Vous demandez à votre gamin s'il veut de la soupe ou vous voulez l'obligez à manger de la soupe ? Si vous voulez absolument qu'il mange sa soupe, ne lui demandez pas.

C'est pareil avec les maris, les femmes, les patrons, les voisins et tout et tout. Si vous "demandez", vous vous placez de fait dans l'obligation d'accepter la réponse de l'autre.

Ma patiente, depuis des années, depuis tout le temps, est dans la demande. Elle imagine même que son mari puisse prendre plaisir à lui dire NON (vacances, lieu des vacances, sorties, restau, etc...). Mais nom de non... Il ne prend pas plaisir à lui dire NON mais elle lui donne ce pouvoir. Alors pour peu qu'il n'ait pas envie, il dit NON, puisque  il sait que son NON passera.
Il y a quelques temps, elle lui a dit (bravo la thérapie !), pas demandé mais dit ! qu'elle allait au Mont Saint Michel, qu'elle aimerait qu'il vienne avec elle mais que s'il ne venait pas elle irait quand même. Eh bien devinez quoi ? Il n'y est pas allé avec elle. Mais quand la fois suivante elle lui a dit qu'elle s'offrait une semaine de vacances à Biarritz et qu'elle aimerait qu'il vienne avec elle mais que s'il ne venait pas elle irait quand même (bravo la thérapie !), il a dit Ok je pars avec toi. Alors que jamais en trente ans de mariage il n'avait dit OUI à l'une de ses "demandes".

En matière d'amour, ou du moins d'affection, il n'est guère correct de parler "stratégie", et cependant, même en matière amoureuse, des habitudes s'installent, des rancoeurs s'installent, mais des habitudes surtout. Et quand on a l'habitude de demander et de s'entendre dire NON, on finit par ne plus demander.

L'on en vient alors à l'affirmation de soi.
Bien souvent, pour s'affirmer, on affirme que ses demandes. Et l'on s'étonne ensuite parfois que nos demandes ne soient pas satisfaites. Et si cela dure, on en veut à l'autre de ne pas satisfaire nos demandes, et on s'en veut à soi-même de ne pas avoir été capable de dire simplement les choses ou de les affirmer. C'est je crois ce qu'a compris ma patiente ce soir... Qu'au lieu demander, il valait mieux dire ses désirs. Au risque que "l'autre" ne les suive pas, mais au moins au risque qu'il les suive. Il ne s'agit pas d'écraser l'autre, de le soumettre à son tour comme on a le sentiment d'être ou d'avoir été soumis(e), mais simplement de dire ce que l'on veut.
Dire. Pas toujours demander...

lundi 9 janvier 2012

Merci monsieur


Il est arrivé avec sa mère, l'air renfrogné. Ils sont entrés tous les deux dans mon cabinet... Elle a parlé. Lui non. L'air renfrogné. Il a dit plusieurs fois qu'il ne dirait rien. Qu'il ne dirait rien et d'abord qu'il ne voulait pas venir ici. Qu'il en avait déjà vu des psys. Que jamais ça n'avait servi à quelque chose et que d'abord la psychologie ça sert à rien.
Le tableau clinique est impressionnant : 14 ans, gros, renfermé, pas de copain, scolarité nulle, de toute façon à partir de demain je ne vais plus à l'école, aucune activité sauf la télé, silence en famille, aucune participation à la vie familiale, silence, silence, silence et enfermement dans un mur de souffrance solitaire.
Il coupe la parole à sa mère, dit ne pas pouvoir parler avec son père, ni vouloir parler avec tous les psys chez qui on m'amènera...
Car des psys, il en a vu. Des vieux, des jeunes, des femmes, des hommes... des... pffff ! Des !

Parfois, souvent même, à l'occasion de tel ou tel échec ou ce que je peux considérer comme des échecs, je me demande si je suis un "bon" psy. Pfff ! Je serais bien en peine de définir ce qu'est un bon psy et pourtant !
Et pourtant après une demie-heure de dialogue de sourd, de dire et de silence, de coupage de parole agressif et d'écoute, je propose à ce garçon renfrogné et apparemment pas disposé à rester avec moi de... "m'offrir cinq minutes de sa vie", en plus clair vu ses yeux ronds, de se et me permettre de rester seul avec moi pendant cinq minutes qui, si elles n'allaient peut-être pas bousculer sa vie, allaient me permettre de lui dire ce que moi j'avais compris de sa souffrance. Et il a dit Oui. Sans conviction mais il a dit Oui.
Seul avec moi. Seul face à moi. Je lui dis que je crois que je sais sa souffrance, que si je ne la comprends pas je l'entends et la sais. Il lève peu à peu les yeux. Passe du renfrogné à l'écoute. De l'écoute au dialogue, et lorsque au bout de cinq minutes je lui dis que c'est lui -"parce qu'il n'a pas deux ans mais douze et que c'est lui qui est à même de décider"- qui va décider s'il veut ou même s'il veut seulement bien qu'on se revoit à nouveau pour "parler de tout ça" il me répond OUI, je me dis que je suis que j'ai réussi à ouvrir un peu oh un tout petit peu la porte vers sa liberté à lui.

Le Oui a été franc. Net. Pas une fois, pas deux, mais ok il était d'accord pour qu'on se rencontre cinq fois et après on verra. Lorsque sa mère, invitée ensuite à entendre ce OUI-là, m'a dit qu'elle avait quelques difficultés financières et qu'une fois par semaine ce serait difficile pour elle, il lui a dit qu'il avait lui aussi de l'argent et qu'il paierait la moitié des consultations, je me suis dit qu'il avait "gagné", ce garçon. Qu'il y croyait, que le contact qu'il avait entendu avec moi était sérieux. Que peut-être (et sans dénigrer les autres psys) il rencontrait celui en qui il voyait une chance et un désir de changement.

Trop souvent les ados sont portés-tirés-poussés par leurs parents. Ils veulent bien mais sans plus. Le désir ne vient pas d'eux mais de leurs parents. Je reste convaincu que donner à l'enfant/l'ado le pouvoir de décision et celui au final de décider de leur thérapie est un gage de "réussite", pour peu que l'on puisse parler de réussite quant à une psychothérapie. Je suis convaincu qu'il faut parler aux ados (pour tout dire, j'en veux aux psys silencieux) et que la seule attente de l'expression de leur désir est souvent voué à l'échec. Je suis convaincu aussi que l'on doit parfois désirer à leur place, quoi qu'en disent les psy engoncés dans leurs principes. Je suis convaincu que tout en gardant ma casquette de psy, il est nécessaire d'être vrai et tendre et compassionnel avec ceux qui souffrent.
L'on ma laissé entendre, enfin, ce que l'on m'a dit de mon travail il y a quelques semaines m'a profondément atteint : Un patient "mécontent" m'a dit que je n'étais pas psy. Pas psy véritablement. Je me suis posé plein de questions fin 2011, me suis remis profondément en cause. Eh bien je dis que oui je suis psy. Et que si j'ai pu entrer en contact avec un ado renfrogné et disant que la psychologie ça ne sert à rien, eh bien je suis psy. Terre à terre peut-être, sans grandes théories, mais capable au grand dam de certains, de me rouler par terre avec des enfants, de parler vrai avec un ado, et de faire en sorte et sans démagogie aucune qu'un ado soit d'accord, et non seulement d'accord, mais ait envie, de travailler avec moi.

Ce garçon, en descendant l'escalier, s'est retourné vers moi, et dans un silence émouvant, m'a dit Merci monsieur. Et je trouve ça génial ! Et je me dis que tout psy que je suis j'ai le droit de trouver ça génial.

dimanche 11 décembre 2011

La relation élastique

Dire que la relation entre humains est compliquée est d'une banalité s'apparentant à la ponte d'un oeuf par unepoule.
Je voudrais mettre en évidence aujourd'hui l'une de sescaractéristiques : l'élasticité.
Pour les vacances, ça peut servir...
C'est ce que je tente d'expliquer aux parents «qui ne savent plus comment s'y prendre avec leurs enfants et encore plus avec leurs  ados...» : La relation avec un enfant / ado est élastique.
Expérience: Prenons un parent et un ado et regardons-les dans leur vie quotidienne : Parfois ils sont proches, parfois ils ne le sont plus ; ils sont capables de rire ensemble et d'aller faire les magasins, et deux heures plus tard de s'écharper comme deux chiffonniersjaloux ; ils peuvent être complices, et décidément ne plus rien comprendre à l'autre...
Bref, leur relation est élastique.
Mais continuons. L'une des grandes peurs des parents est que leur ado leur tourne définitivement le dos (oui, le tournage de dos est souvent vécu comme définitif)... Alors ils reculent, ou ils avancent, c'est selon, pour garder le contact, au détriment parfois de leur ligne éducative.
C'est là qu'intervient l'élastique.
Imaginez que la relation entre le parent et l'ado soit symbolisée par un élastique, dont chacun tiendrait l'une des extrémités. Parfois la relation est bonne, le parent et l'ado sont proches, et l'élastique pendouille entre eux. Mais parfois la relation est tendue.... et l'élastique aussi.
Et chacun de prendre peur que l'autre ne lâche son extrémité! De fait, recevoir un élastique en pleine g..... ne fait pasdu bien. Ca peut même faire très mal.
Le parent, en général, a très peur que l'ado lâche le bout qu'il tient. Alors il revient, se rapproche, Oui tu l'auras ton scoot, Oui tu peux sortir, Oui je te file 20 euros, d'Accord tu peux...
Et parfois le parent ne parvient plus à être parent...
Ce que le parent ignore le plus souvent, c'est que son ado a encore plus peur que lui, le parent, lâche son bout... parce qu'un ado qui lâche son élastique dans la g..... du parent, ça fait mal, mais un ado qui reçoit l'extrémité parentale de l'élastique, ça fait encore plus mal...
Mais l'ado, parce qu'il est ado,  parce qu'il fait son boulot d'ado, ne ledira jamais... C'est pas son boulot, de dire qu'il a peur.
En fait, mon message est le suivant : N'ayez pas peur de vos ados, ils sont plus fragiles que vous, ils ont plus besoin de vous, parents, que vous n'avez besoin d'eux (Ouah ! Qu'est-ce que je suis en train d'écrire là !). Si la relation est parfois tendue entre vous et votre ado, c'est normal, c'est classique, c'est même constructif... Le fait que vous ayez peur que votre ado lâche son bout d'élastique ne doit pas vous permettre de vous défausser de votre rôle de parent.
La relation est parfois, aussi, élastique entre les amants, entreles époux, entre l'employé et son patron, entre....autres.
La relation, hélas, tique... Parfois.

lundi 28 novembre 2011

Tous les ans ça recommence !



C'est vrai que ça recommence tous les ans. Tous les ans à la même époque ça revient, un peu comme un anniversaire qui se doit d'être fêté, comme un truc obligatoire qu'il ne faut pas rater... Tous les ans depuis ouahhhh ! Longtemps ! Quoi ? De quoi je parle ? Mais de Noël, bien sûr !

Et zou les petites musiques lancinantes du style Single bells, et zou les catalogues avec des pages bien bleues pour les garçons et bien roses pour les filles que c'est quasiment pas politiquement correct de choisir dans les pages bleues un cadeau pour ta fille et réciproquement... (Et on va parler de la prédestinations des genres, tiens !) Et zou les fêtes et que c'est là que le psy intervient : Chaque année c'est la même chose, je veux parler de la gène, des doutes, des petits arangements de famille, des coups de fil incendiaires ou séducteurs, je veux parler de la panique oui...
La panique : Qui on va inviter, qui on ne va pas, qui on va et qu'on ne veut pas, qu'est-ce que va dire ta mère si..., et ton frère si..., et les enfants ils ont envie de voir leurs grands-parents / oui mais tu sais bien qu'ils ne peuvent pas se voir en peinture, oui mais tu sais c'est peut-être la dernière fois que papy très vieux il passera Noël avec nous... Et patati et patata et la dernière fois tu te rappelles comment ça s'est passé ? ...
Vous connaissez. Je ne vais pas m'étaler outre mesure.

Noël, ça revient tous les ans depuis 2010 années. Je ne sais pas si ça a toujours posé autant de problèmes à organiser (repas, cadeaux, visites...) mais cela semble poser de plus en plus de problèmes. Des gens consultent les psys parce que ils ne savent pas, parce que l'organisation des "Fêtes" les plongent dans des angoisses impossibles à gérer. Enfin, ME consultent (Pour les autres psys je ne sais pas), ils ne viennent pas POUR ça, mais ils m'en parlent.

D'abord il y a le repas. Ahhh ! Le repas ! Avec qui ? Où ? Quel jour (Non faut pas croire que ce soit simple. Avec la décomposition / recomposition des familles, ça devient parfois trèèès compliqué) ? Et puis il y a les... les... allez un petit effort... Ouiiii, les ca-deaux ! Ahhh ! Les cadeaux ! Pas trop chers. Pas trop pas chers non plus. Pas plus cher que celui que nous a offert la tante Jeanne l'année dernière oui mais quand même elle nous a bien aidés quand... Et puis faut faire gaffe, tu sais, mon frère l'an dernier il a fait un cadeau à tes enfants, alors...

Je suis sidéré. Sidéré parfois par les complications que les gens se fabriquent eux-même. Sidéré par les enjeux perçus ou montés comme en crème bien fouettée, sidéré par les "guerres" que provoque ce Noël dont la plupart des gens ne savent même pas ce que cela fête. Ou l'ont oublié. Ou l'ont mis dans un petit coin très retiré de leur petite tête.

Hooo ! Noël c'est un anniversaire. Celui de Celui honoré par des millions de gens que même si je suis pas catholique militant ni même pratiquant je reconnais comme étant porteur d'amour. Mais les marchands du temple ont bien oublié semble-t-il ce message-là. Et quand bien même l'auraient-ils vraiment oublié, faire et vivre Noël c'est autre chose que de s'angoisser pour savoir qui, quoi et quand non ?

La femme qui est sortie de mon cabinet il y a deux heures a pris une GRANDE décision pour ce Noël à venir : Elle fêtera Noël avec son mari est ses enfants. Point. Pour la première fois de sa vie elle ne "marchera" pas dans les combines de ses frères et soeurs, arrangements foireux qui ne font plus rire personne depuis des années et qui au fond ne satisfont personne.

La seule "chose" que je ne tolère pas, c'est l'intolérance. Surtout pour une fête qui est censée l'encenser. 


mardi 22 novembre 2011

Quinze heures, l'heure du crime !

Je le vois arriver, grand comme une armoire normande, ou savoyarde c'est comme vous voulez, costaud comme un éléphant -si si, c'est costaud un éléphant-, démarche de cow-boy, feutre sur la tête... et puis je vois ses mains, de vraies palettes que si tu t'en prends une tu meurs. J'ai peur ! 

Et d'une toute petite voix il me demande C'est bien vous monsieur Psyblog ? / Oui / J'ai rendez-vous avec vous à 18 heures mais je ne pourrais pas venir... Pouvez-vous me donner un autre rendez-vous ?"
 
Ouf !

mardi 15 novembre 2011

Arbre quoi ?



Souvent, très souvent, je propose à mes jeunes patients lors de la première ou seconde séance, de faire avec eux un "petit" arbre généalogique -je dis "petit" puisque nous nous arrêtons aux grands-parents et leurs descendants. D'une part cela nous permet de faire connaissance à partir d'un support souvent vécu comme tranquille et léger voire amusant, et cela me permet à moi de saisir quelque peu l'ambiance familiale, de "voir" comment l'enfant s'y retrouve, ce qu'il sait de sa propre famille etc.
Je ne sais plus si moi à 10 ans je connaissais les prénoms de mon grand-père et de ma grand-mère maternels. Ils s'appelaient respectivement "papa" et "maman". Je crois seulement savoir que ma mère a "appris" que son père avait un prénom vers 11-12 ans (ses parents s'appelaient "papa" et "maman" vous ai-je dit). Toujours est-il que beaucoup d'enfants ne connaissent finalement que peu de choses sur leurs grands-parents, ni leurs prénoms, ni la profession qu'ils ont exercée ou exercent encore. Quant aux "histoires" familiales, beaucoup sont très démunis aussi. Et pourtant, qu'elles sont importantes, les histoires familiales !
Dernièrement, j'ai reçu un garçon de dix ans quelque peu perdu...à l'école. Lecture déficiente, écriture n'en parlons pas. Comportement agressif. A la maison il semble que ça se "passe" bien, mais à l'école c'est la cata ! Rien à voir avec l'arbre généalogique et pourtant ! Ce jeune garçon semble incapable de se repérer dans sa famille. Entre autre il me parle d'une sœur à lui, dont le père serait son propre père mais la mère... sa grand-mère maternelle. ??? Vous comprenez mon étonnement. Mais si, je vous dis, c'est ma sœur. Mais ce n'est pas la sœur de maman que je vous dis. Je n'y comprenais plus rien. Une sœur qui aurait pour sœur la mère et pour mère la grand-mère et pour père le mari de la mère. Mais on la voit jamais. Elle vient jamais à la maison.
Renseignement pris (auprès de la maman)... Cette "sœur" est bien sa sœur (au jeune garçon) mais comme elle est et depuis très longtemps fâchée avec leur père et réciproquement, elle a déserté la maison à 12 ans (avant même la naissance du garçon) et habite chez leur grand-mère maternelle -d'où le fait que ce garçon pensait que sa mère était sa grand-mère. Oui, je sais, c'est alambiqué, comme histoire, mais elle est vraie.
Une séance mère + enfant, pour "expliquer" tout cela, a remis les choses dans l'ordre sur le plan scolaire... Ce qui ne m'étonne qu'à peine, d'ailleurs. En fait ce garçon était envahi par ce questionnement quasi obsessionnel concernant sa sœur et l'histoire familiale. Je l'ai bien compris lorsqu'il m'a dit qu'il avait très peur parce que bientôt il allait avoir 12 ans !

A partir d'un support banal, l'enfant peut ainsi remonter l'histoire -l'Histoire, même, avec un grand H- de sa famille et donc la sienne propre. Je n'ose pas parler de psycho-généalogie, sinon à toute petite échelle, mais il s'agit d'ouvrir des portes sur des questionnements retenus, des imprécisions parfois handicapantes, et je ne parle même pas des "secrets de famille" (à propos desquels Serge Tisseron vient d'ailleurs de consacrer un ouvrage ("Les secrets de famille", PUF -Que sais-je)...

Le plus souvent, les enfants privés de leur histoire ne le sont pas volontairement, mais le "manque" d'histoire peut parfois amener des troubles de la personnalité ou du comportement. Adultes, nous sommes d'ailleurs souvent à la recherche d'anecdotes quant à notre enfance, que les échanges en réunion de famille nous rapportent parfois avec sourire.
L'histoire, les histoires, l'Histoire et son enseignement, ont une vertu fantastique : celle de nous faire appréhender que nous ne venons pas de n'importe où ni de n'importe qui, celle de nous amener à comprendre les enchainements, les liens de cause à effet, et celle au final de nous permettre de nous construire la nôtre, d'histoire. Celle de nous enraciner dans la vie, tout simplement.

lundi 7 novembre 2011

DIRE


Maudire. Maux dire. Mots dire.
Dire tout. Tout dire. Ne rien dire.
Avoir du mal à dire, mal à dire, être malade de ne pas dire. Etre atteint par la mal-à-di(re)
C'est dit.

DImanche...
LunDI.
MarDI... Marre, dis. J'en ai marre.
MercreDI ne veut rien dire. Encore que !
JeuDI est extraordinaire. JeuDI. Je dis...
JeuDI je t'aime. JeuDI je t'emmerde. JeuDI, dis-je. Je dis "Je".
VendreDI, Bof ! Vendre, dis... Vendre quoi ?
SameDI... Ah ! SameDI. Ca me dit... ça me dit quoi, le SameDI ?

"DImanche me ramène à une petite histoire :
1976, chambre d'étudiant. Nous sommes une bonne DIzaine à refaire le monde...
Et Nono s'adresse à moi : "Psyblog, dis-moi "le ciel est bleu". Je dis "le ciel est bleu". Dis-moi "vivement le week-end". Je dis "vivement le week-end". Nono continue : Dis-moi "qui tu aimes". Moi, rouge, blanc, je ne sais plus, je réponds "L., c'est toi que j'aime"...
C'est comme ça que j'ai déclaré mon amour à celle qui deux ans plus tard devenait ma femme.

Depuis, j'ai compris que le "Dire", le "dis", le "pas dis", n'avaient pas toujours le sens attendu.
Dis plodocus, dis geste, dis vorce, dis forme, dis amant (je l'aime bien, celui-là), dis férence, dis gestion, dis simuler, dis cerner, dis manche (tiens, le revoilà !), dis lapide...

Depuis je sais que ce qui nous ronge parfois est cette terrible maladie dont le symptôme principal est le mal de dire, le mal à dire, la peur de dire.

Une dame âgée (83 ans) est venue me voir un jour. Elle commence par me payer, en me disant que la consultation ne va pas durer très longtemps, qu'elle n'a qu'une chose à me dire, et qu'elle partira aussitôt après me l'avoir dite.
Elle s'assoit, et, d'une voix tremblante, me demande de lui demander ce qui s'est passé pour elle le jour de ses 13 ans.

"Que vous est-il arrivé, madame, le jour de vos 13 ans ?"

"Le jour de mes 13 ans, j'ai été violée par un oncle". Elle continue en me disant que personne n'en a jamais rien su, même pas son mari aujourd'hui décédé, ni ses enfants ni personne...
Elle m'a dit "merci", et avant de partir, a ajouté "maintenant, je peux mourir tranquille, quelqu'un sait, merci encore".
"C'est moi qui vous remercie, madame, de m'avoir confié cette parole-là".

samedi 29 octobre 2011

Rumeurs, vous avez dit rumeur ?



La rumeur, c'est juste un truc terrible. Sur une parole, sur un Je crois que, j'ai entendu dire que, il parait que...se construit des certitudes parfois épouvantables et surtout épouvantables pour celui qui en est l'objet (j'allais écrire "le sujet" mais ça ne colle pas -on n'est jamais le sujet d'une rumeur !).
La rumeur est une trainée de poudre qui ne demande qu'une étincelle pour s'allumer.
Lors de mes études, nous avons travaillé sur la rumeur. et nous avons tenté une expérience : Dire quelque chose de "faux" très fort à l'autre bout de la France (Marseille pour ne pas nommer) et "voir" combien de temps il fallait pour que ça remonte sur Angers, lieu de mes études. Je ne me rappelle plus le sujet de cette rumeur transmise à un habitant inconnu de Mareseille, je ne sais plus. Ce dont je me rappelle, c'est que c'était un truc impensable, du genre (1976) Il parait que le prix de la pilule contraceptive va quadrupler. Quatre jours. Quatre jours seulement il a fallu pour que cette rumeur lancée au hasard à Un habitant de Mareseille parvienne jusqu'à Angers (pour les moins de 20 ans, je précise : pas de tel portable, pas d'ordinateur, pas d'internet bien sûr, peu, rareté même du téléphone... Bon, les routes étaient goudronnées, quand même, et la télévision existait déjà !) Mais quatre jours seulement pour qu'une rumeur banale mais impossible parvienne à 1000 km de là.
C'est le propre de la rumeur : Plus l'information qu'elle véhicule est impossible à penser, plus elle circule rapidement. Plus elle est folle plus elle est solide.
Fut un temps (concerné j'étais puisque géographiquement très proche) où l'on a soupçonné qu'un président de la République avait une maitresse dans mon village. Fut un temps où l'on a accusé un homme de mon entourage de venir voir sa maitresse chaque nuit... à 400 km de chez lui pendant que sa femme travaillait. Fut un temps où l'on a soupçonné les boutiques de vêtements d'Orléans d'avoir aménagé des trappes dans les cabines d'essayage pour enlever les femmes et les expédier au Moyen-Orient dans des harems (La fameuse rumeur d'Orléans)... 
 
Les rumeurs ont cette particularité d'être incontrôlables car aussi détenues par un nombre incalculable de personnes... et que la rumeur est toujours l'objet d'un voyeurisme qui ne dit pas son nom... Et qu'il est quasiment impossible de les faire taire, sauf à ne pas y prêter attention. Et c'est là que le piège se referme sur le sujet, la personne objet de la rumeur : S'il se défend, c'est sans doute qu'il est coupable, s'il ne se défend pas, c'est qu'il est coupable aussi. Comme on dit : Il n'y a pas de fumée sans feu. Sauf que parfois le feu a été allumé volontairement.
On se rappelle tous (Oui, pas les moins de 20 ans), de cette rumeur "accusant" Isabelle Adjani d'être sida-séropositive, et de la difficulté qu'elle a eu à démentir cela, même en passant sur tous les journaux télévisés de l'époque. (Voir ici).

J'ai rencontré cet après-midi en consultation un homme détruit, cassé, meurtri par une rumeur, d'autant plus vive que ça se passe dans un tout petit village : Il aurait attiré chez lui des jeunes filles, les auraient violées. Plainte, jugement, condamnation, puis retrait de la condamnation après.... quatre ans de prison, sur demande d'une jeune fille avouant qu'elle avait tout inventé... "pour faire son intéressante" a-t-elle dit au juge... Ouah !!! Si même la Justice avec un grand J donne consistance aux rumeurs, c'est grave.

Certaines professions sont plus exposées que d'autres. Ainsi les éducateurs, les animateurs, les médecins, les prêtres, les ceux-qui-ont-du-pouvoir ou simplement du charisme, par statut ou par personnalité, les psys aussi, bien sûr. Si dans ma propre ville un psy a été condamné pour attouchements sexuels sur certaines de ses patientes, cela reste une exception et ce n'était pas une rumeur. Mais je me suis toujours demandé comment je réagirais si un jour quelqu'un faisait courir une rumeur sur moi. Mal, je crois, tant il est difficile de mettre fin à une rumeur. Simplement parce qu'elle est irrationnelle, émotionnelle... et si apte à détruire les personnes que l'on envie ou celles dont on a peur.

lundi 24 octobre 2011

La "bonne" distance



Edward Hall, dans son livre "La dimension cachée", développait les notions de bulle et de distance, celle-là même qui agence les relations entre les personnes, qui définit culturellement et au sens propre la distance qui doit exister entre les personnes pour que la relation soit exempte de peur et de sentiment d'intrusion.
Ainsi nous tenons-nous "à une certaine distance" de l'autre, que ce soit dans un magasin, dans un bureau ou même dans la sphère privée. Il y a des "exceptions", bien entendu, qui nous font "supporter" le contact physique dans une file d'attente ou dans le bus, qui nous permettent de supporter la chaleur de l'autre en s'asseyant sur un siège de WC -encore chaud- après une autre personne, mais ces exceptions ne sont pas toujours bien vécues. Existent aussi les exceptions de la sphère sexuelle et amoureuse. Le "ne faire qu'un" n'est pas qu'une image.

Ma pensée de ce soir ne concerne pas les "bulles" physiques, mais les "bulles psychiques, celles liées à l'affection. Elle concerne l'amour, bien sûr, mais aussi l'amitié et tous les sentiments d'affection que l'on peut décliner, avec cette question fondamentale du "trop", du "peut-être trop", du harcèlement, même. A partir de quand ? de quoi ? de où ? la distance -ou le peu de distance- est-elle acceptable et acceptée ?
Exemple, parce qu'il faut bien donner un ou des exemples : Vous aimez, vous êtes "attiré par", vous "avez envie de...", vous rencontrez un ou une autre et... enfin, vous avez envie et vous ne savez pas si l'autre a le même désir que vous. En amour comme en amitié, cela est très fréquent : J'ai envie de l'appeler mais je ne sais pas si lui a envie que je l'appelle. Je ne sais pas si il ou elle m'attend autant que je l'attends. Est-ce que j'impose mon désir à l'autre ? On peut aller jusqu'au harcèlement, avec ces histoires. Si je lui envoie trois SMS par jour, va-t-il bien ou mal le prendre ? Et s'il me répond, est-ce par lassitude ou par désir ? Lui-dis-je que je suis disponible , que je suis sur msn, que ... Enfin, vous avez compris : Comment savoir si l'autre est aussi proche et a le désir d'être aussi proche de moi que j'ai le désir d'être proche de lui ?

On est bien entendu ici au cœur de l'existence-même des personnes. Exister pour l'autre ! Exister tout court ! S'assurer de sa propre existence pour l'autre.
IL est un exercice difficile pour chacun de nous (sauf pour les pervers, qui ne se posent pas la question) : Aller vers l'autre et ne pas pour autant s'imposer à lui. Au risque de harcèlement. Au risque aussi de le perdre . Quand on aime, on aime en général savoir si l'autre nous aime aussi. Suis-je "harceleur" en criant que j'ai besoin, voire envie de l'autre ? L'autre attend-il autant de moi que j'attends de lui ? Ne suis-je pas "lourd" en insistant ? Rentré-je trop dans sa bulle au risque de lui faire peur, au risque de l'indisposer ?
C'est un questionnement légitime, de se demander si l'on n'en fait pas trop, si l' "autre" est sur la même longueur d'onde, de se demander si l'on entre pas trop dans sa bulle...
C'est arrivé une fois dans ma vie... Nous avions diné ensemble, elle et moi... Je l'avais raccompagnée chez elle, et au moment où elle est descendue de la voiture, j'ai failli lui dire que j'aimerais encore passer un moment avec elle, voire dormir avec elle, et plus si affinité... Mais entrer ainsi dans sa bulle, je n'ai pas osé. Ce n'est que quelques années plus tard qu'elle m'a dit que ce soir-là elle n'avait pas osé entrer dans ma bulle à moi, qu'elle n'avait pas osé me demander de monter chez elle... Distance inconnue entre le désir de l'un et celui de l'autre. La bonne distance à trouver.

Certaines distances (au sens physique du terme) sont bien codifiées. Le respect de celles-ci fait même partie du protocole très strict des rencontres... en politique -au sens large-, par exemple. Le "savoir-vivre" dicte lui aussi ses règles en matière de distance à respecter entre telle et telle personne dans telle ou telle situation. Mais dans les relations privées, celles du commencement d'une histoire amoureuse ou celles de l'amitié-camaraderie-voisinage par exemple elles le sont beaucoup moins. Et cela complique parfois les choses, même si certainement cela les rends aussi plus ... passionnantes.
Les malentendus sont fréquents entre les personnes à ce sujet. Entre le Tu ne m'appelles jamais et le Tu me gonfles avec tes appels à répétition, les couples nouvellement amoureux et même les plus vieux sont parfois sujets à bien des tourments concernant... la "distance". L'équilibre entre le trop et le trop peu n'est pas facile à trouver.
Le couple qui sort de mon cabinet à l'instant me dit Ça fait 17 ans que l'on vit ensemble et on est tout le temps ensemble, au jardin comme dans l'atelier, dans la cuisine comme dans le salon, on ne se quitte pas d'une semelle. Ce couple a raccourci les distances au maximum : même travail, mêmes horaires, mêmes amis... à tel point que madame a eu de la peine à imaginer venir consulter seule et monsieur de la peine à imaginer attendre dans la salle d'attente. C'est ainsi. Moi je ne pourrais pas, j’apprécie aussi d'être sans ma compagne, j'aurais je crois la sensation d'étouffer, mais pas eux. Et tant mieux !

jeudi 20 octobre 2011

Parents séparés : La guerre, parfois !


Les relations entre parents séparés ne sont pas toujours très fair-play, c'est le moins que l'on puisse dire. Ceux qui-n'ont-pas-réussi-leur-séparation (à défaut d'avoir réussi leur union) sont parfois un loup l'un pour l'autre, utilisant les plus basses armes pour se détruire, et les plus basses d'entre elles sont bien souvent ... leurs propres enfants.
Une question revient de temps à autre me chatouiller : Comment peut-on à ce point détester un autre que l'on a tant aimé ? La déception et le colère et même la haine liées à la perte sont à la mesure de l'investissement que l'on avait pour l'objet perdu, mais de là à vouloir détruire l'autre m'est bien étrange et bien étranger.
Alors on voit, dans nos entourage ou en ce qui me concerne, dans mon cabinet, on voit donc des ex-couples se déchirer joliment, utilisant leurs enfants pour ce faire, dans une débauche de moyens bas et même très bas, sans que l'on n'y puisse quelque chose ou du moins pas grand chose...
Je sais, mon introduction est bien longue...
Ce matin un papa m'a appelé au téléphone. Je me suis gentiment garé sur le côté parce que je ne téléphone jamais en conduisant, et ... Et ses enfants avaient fait une telle "crise" hier soir que ce pauvre papa en était tout tourneboulé. Je le connais bien, ce papa-là, pour avoir rencontré ses enfants à plusieurs reprises. Il a obtenu la garde de ses trois enfants, argumentant semble-t-il avec suffisamment de force -puisqu'il a été entendu- que son ex-épouse ne s'en était jamais vraiment occupé, et que maintenant qu'elle voulait vivre sa vie à elle sans lui, il était certainement le plus aimant et le plus stable et le plus "qualifié" pour s'occuper des enfants.
Leurs enfants, comme il est prévu par le jugement de divorce, vont régulièrement (un week-end sur deux et la moitié des vacances scolaires, le truc classique, quoi !) chez leur maman. Ils sont heureux-malheureux d'y aller mais y vont ils n'ont pas le choix c'est le juge qui a décidé. En général ils sont heureux de regagner le domicile paternel le dimanche soir. En général ils le disent et le "jouent". Sauf qu'hier soir... Sauf qu'hier soir il y a eu "crise". Tout d'abord incompréhensible par le papa, les choses se sont faites plus claires : Si lui ne dit jamais de "mal" de la maman, celle-ci ne s'en prive pas (paroles des enfants, que j'ai rencontrés). Notre maman dit toujours du mal de notre papa ; Elle nous demande tout le temps ce qu'on fait chez papa ; On doit tout lui dire... Et le papa d'apprendre peu à peu hier soir que... la maman a passé le week-end à lire à ses enfants (5, 8 et 11 ans) l'intégralité des notes échangées avec le juge dans la "guerre" pour la garde des enfants. Enfin, ont dit les enfants à leur père, seulement tout ce que tu avais écrit toi pour nous avoir ! En langage courant, on peut dire que cette maman a tenté tout le week-end de salir le papa.
Je me souviens bien avoir rencontré ces enfants lors de la procédure de divorce. Mandaté par le JAF pour recueillir leur parole. J'ai encore en tête leurs mots, forts, du style Nous on a fait notre choix. Maman ne s'occupe jamais de nous. Maman elle dit que du mal de papa. Papa il est gentil. Et lorsqu'enfin je m'aventurai un jour à leur demander leur projet pour l'avenir, tous les trois ont clairement dit qu'ils voulaient vivre avec leur papa. Dont acte et donc transmis au JAF.
Ce choix dit et fait n'empêche ni la culpabilité, ni le doute, ni les émotions contradictoires, ni ne blinde définitivement contre les sentiments et émotions à venir. C'est sans doute aussi -je n'ai pas tous les éléments- ce qui s'est passé ce week-end. La maman a joué semble-t-il sur le registre de l'émotion, ce qui semble avoir bien "marché". Et ce qui a plongé les enfants, et leur papa, dans une situation impossible.
La question du papa au téléphone ce matin comportait deux volets : Comment lutter contre les propos de la maman ? Et surtout comment faire en sorte que cela ne détruise pas les enfants ?
Lutter contre les propos de la maman ???? Hmmm ! Personne ne pourra empêcher la maman de penser ce qu'elle pense et de le dire, même si à terme cela me semble relever de la maltraitance (l'utilisation des enfants comme armes contre l' "autre") Sans aucun doute il faudra bien qu'un jour quelqu'un le dise à cette femme. Comment faire en sorte que cela ne détruise pas les enfants ? Je crois qu'il faut faire la distinction entre la "crise" (bien compréhensible après un week-end pareil) et la gestion de ces propos sur la durée. Bien que les paroles d'une mère (ou d'un père, cela va de soi que ce n'est pas une question de sexe du parent) soit éminemment importantes pour un enfant, le comportement l'est encore davantage. La relation affective est telle entre ce papa et ses enfants que je crois les enfants capables (même si pas toujours) de s'en tirer sans trop de dommages.
C'est ce que j'ai dit au papa. C'est ce qu'il est qui compte. Ce qu'il dit aussi mais surtout ce qu'il est. Et qu'il doit (ce n'est pas un ordre mais une invitation) être convaincu que les propos de la maman de ses enfants ne l'atteignent pas, lui.
Ces enfants-là, comme d'ailleurs tous les enfants, ont besoin d'un ou de parent(s) fort(s), qui tien(nen)t la route malgré les coups. Il est certes difficile de ne pas être atteint, l'on a peur pour ses enfants, on veut les protéger et il le faut, mais attention à la peur que l'on peut éprouver soi-même face à l'autre. Je sais, en théorie, c'est facile de parler comme cela, mais c'est pourtant les seuls propos que je puisse tenir : Ne pas se laisser envahir par la peur. Avoir confiance. Ne pas laisser l'autre guider nos actes et nos paroles. Il n'y a qu'à ce "prix" que ces enfants, que les enfants, pourront, non ne pas être atteints ou dénigrer la parole de l'autre parent, mais prendre conscience peu à peu qu'un parent n'a pas le pouvoir de détruire l'autre, ni eux-même.
La "crise" de dimanche soir et la panique paternelle du lundi matin sont sans doute passée. Nous sommes jeudi. Le papa ne m'a pas rappelé. La rencontre avec les enfants aura lieu mercredi prochain, comme il était prévu. Il y aura d'autres moments difficiles, d'autres moments de "crise", d'autres paroles agressives, d'autres périodes de doute, voire d'autres épisodes dépressifs, mais je fais le pari que ces enfants-là et ce papa-là parviendront à se "défendre" et poursuivront à se construire malgré les propos blessants d'une maman bien mal dans sa vie !

mercredi 19 octobre 2011

Moment inoubliable : Tu le savais ?

Dans la vie d'un psy, comme, je suppose, dans la vie de tout autre professionnel, il y a des "moments inoubliables". De ceux qui, lorsqu'on s'en rappelle, vous envahissent d'une grande émotion, voire, en ce qui concerne celui d'aujourd'hui, vous procure une immense joie.

L'histoire est la suivante :
Une maman vient me voir un jour, très ennuyée, car son mari est en prison, et elle fait croire à son petit garçon de 7 ans que son papa est parti travailler loin, à Dakar, plus précisément. C'est la seule explication qu'elle a pu donner à son fils quant à l'absence de son père.
Mais Noël arrive, et si la situation est à peu près tenable depuis quatre mois, elle devient proprement intenable à l'approche des fêtes.
-
Mais papa, il va revenir, à Noël ?
- Ben, tu sais, il travaille loin, en Afrique...

Et ce petit garçon accepte cette réponse, pensant, comme dans une certaine imagerie populaire, qu'en Afrique il n'y a que des cases, et pas d'électricité, pas de téléphone, et pas d'internet, bien sûr !

Mais un jour, à la télé, il voit un reportage sur Dakar, là où vit et travaille son papa. Et Dakar, c'est une grande ville, avec des voitures, des ordinateurs, des immeubles.... des tout-ce-qui-met-par-terre-ce-que-maman-lui-a-dit...
Alors ce petit garçon continue à poser des questions, et à proposer des réponses à sa maman.
Dakar, c'est loin, mais si papa travaille, il gagne de l'argent, donc il peut revenir à Noël... Mais s'il travaille vraiment beaucoup, c'est vrai qu'il n'a pas le temps de nous écrire et de venir nous voir à Noël...

Et de mensonges en sur-mensonges (pour confirmer les mensonges), la maman s'est enfermée dans un discours de plus en plus délicat à maintenir.
Elle vient donc me voir, pour que je l'aide à dire à son garçon que son papa n'est pas à Dakar, en Afrique, mais en prison. Il en a pris pour 20 ans... pour avoir abusé de ses deux filles, plus grandes.

Alors je demande à cette maman de venir avec son petit garçon... et les voilà tous les deux, là, assis en face de moi, elle, très anxieuse (on le serait à moins), lui, complètement perdu tant il ne sait pas ce qu'il fait là.

Nous parlons de choses et d'autres, puis du papa, qui "travaille en Afrique"... et, à un moment, j'interpelle la maman... C'est le moment, il faut le lui dire...

(Et j'ouvre une parenthèse... Le sentiment que j'ai à ce moment est celui d'être dans un film. Vous savez, quand, téléspectateurs, nous savons, nous, que la femme qui se promène tranquillement va se faire agresser par le type au coin de la rue... Ce sentiment qu'il y a un "avant" et un "après", ce sentiment que dans quelques instants, la vie ne sera plus jamais la même pour cette dame, et là, en face de moi, pour ce petit garçon...)

Alors la maman se lance :
Tu sais, papa n'est pas en Afrique....  Je ne savais pas comment te le dire...mais........................... il est en prison...............
Le petit garçon est devenu tout blanc, il a regardé sa maman, et... lui a dit, naturellement, avec la force de celui qui sait :
TU LE SAVAIS ?.

Silence. Respect. Interrogation. Secret brisé. Secret partagé. Secret protecteur.... Et larmes de bonheur !

Ce petit garçon savait que son papa était en prison, mais pensait que sa maman ne le savait pas, pensait que sa maman pensait vraiment qu'il était en Afrique... Ils se protégeaient tous deux réciproquement... pour ne pas faire de mal à l'autre...

J'ai demandé à ce petit garçon s'il voulait voir son papa. J'ai téléphoné au juge... et ce petit garçon de 7 ans a pu aller rendre visite à son papa le lendemain à la prison de B...

Ma gorge se noue lorsque j'écris cette histoire. Si dans ma vie de psy je n'avais "servi" qu'à libérer cette parole-là, j'aurais rempli mon contrat.

Car mon boulot, c'est bien cela... aider à faire en sorte que les personnes qui consultent puissent "dire" leurs "choses"...

lundi 17 octobre 2011

Pas d'urgence en psychologie



Il est de coutume de penser et de dire qu'il n'y a pas d'urgence en psychologie. En psychiatrie oui, mais pas en psychologie. Pas d'urgence.
Et pourtant !
Lorsqu'à 17h30, ce jeudi de repos un papa m'appelle en me disant que sa fille-ado menace de se jeter par la fenêtre et que la seule personne à qui elle veut parler avant de ne pas sauter (ou pas) est... le psy qui la "suit" depuis quelques mois, je mesure qu'il y a urgence. Alors, en jean et tee-shirt, comme je suis lors d'un jour de congé, je pars... en urgence.
IL n'y a pas d'urgence en psychologie, mais là il y a urgence. Une jeune fille de 15 ans que je connais bien menace de sauter de la fenêtre et la seule personne à qui elle veut parler, c'est moi.
Que faire ? Que dire ? Pas de téléphone possible. Elle veut me parler à moi en direct, en vrai, elle devant moi et moi devant elle. A côté d'elle !
Tu te dis, là, en tant que psy, que tu n'es pas payé pour de l'urgence, tu te dis que c'est la première soirée que tu vas passer avec ta femme depuis plusieurs jours, tu te dis que bordel je l'ai rencontrée hier et que ça aurait dû aller jusqu'à la semaine prochaine, tu te dis que tu n'es pas responsable de la vie des gens et des gens de la Terre entière, tu te dis que bordel-encore si une fois dans la semaine tu peux passer une soirée avec ta femme c'est quand même bien, tu te dis qu'elle attend cette soirée aussi, et ... qu'il n'y a pas d'urgence en psychologie...
Sauf que même en psychologie il y a des urgences. Sauf qu'en tant que psy tu t'attaches, sauf que en tant que homme tu t'attaches, sauf que quand une jeune fille dit à ses parents Appelez le psy ou je saute eh bien ça devient sérieux, et que quand un parent t'appelle pour te dire ça, eh bien tu ne réfléchis pas très longtemps.
Alors, en pleine préparation d'un super-repas d'amoureux, je suis parti. Après avoir griffonné sur la table un Je ne serai pas là avant je ne sais quelle heure, désolé, urgence au cabinet... je suis parti. 60 km pour rencontrer cette jeune fille en mal de psy, en mal de relation, en mal de je ne sais pas encore bien quoi. Ce que je comprenais, c'est qu'elle était mal. Mal de je ne sais pas vraiment quoi. Mal de vivre. Envie de dire très fort à ses parents son mal. Envie qu'ils sachent à quel point elle allait mal.
Après une heure de discussion, un message de ma femme sur mon tel portable : "OK bon courage bisou". Je lui ai dit -à cette jeune fille- que j'allais m'absenter quelques minutes pour dire à ma femme que je serais sans doute en retard pour le diner -tu parles ! 20h30 à 60 bornes !
Et ça ça l'a fait réagir.
Elle m'a regardé, s'est retournée, m'a parlé du haut de la fenêtre. Je lui ai proposé qu'on aille "en" parler "chez moi", enfin dans mon cabinet, comme en terrain neutre. Elle a accepté, et s'est dite, vidée, a parlé, parlé, parlé... Finalement on n'est pas allé dans mon cabinet... On est resté chez elle. Vous êtes marié ? / Oui,depuis quelques mois / A votre âge, que depuis quelques mois ? / Oui / Parce que vous n'étiez pas sûr de l'aimer ? / Si ! J'étais certain de l'aimer / Alors pourquoi avoir attendu ? Vous devez bien avoir 50 ans (gentille; la jeune fille, "faire" 50 ans -rire !) / Je n'ai pas attendu, nous avons attendu / Pourquoi ? / Le mariage est une étape, peut-être seulement une étape / Oui mais moi je l'aime / Tu l'aimes ? /..............
Et voilà que le problème, enfin, l"un des "problèmes" de cette jeune fille est qu'elle aime un garçon et qu'il lui est impossible de le dire à ses parents ! La seule manière de le leur dire a été ce soir de ... d'en faire un "événement" !
Il est 22 h 30. Je viens de quitter cette jeune fille. Elle est apaisée. Du moins elle le dit et elle le semble. Un peu apaisée !. Elle n'a pas sauté par la fenêtre, c'est déjà ça de gagné.
Il n'y a pas d'urgence en psychologie. C'est ce que l'on apprend en Fac. Sauf que ! Sauf que lorsqu'une jeune fille veut ne parler qu'à SON psy sur le bord d'une fenêtre, même à 18 heures, il peut y avoir urgence... Et je vais vous dire, là une heure après la fin de cette "urgence", je ne regrette rien . Sauf peut-être de n'avoir pas passé la soirée avec ma femme !

Nous nous reverrons, dans mon cabinet, la semaine prochaine. En attendant, si ça va TRÈS mal, elle ira aux urgences de l'hôpital..... Être psy "de campagne", c'est prendre soin non seulement de ses patients, mais d'une communauté toute entière. Enfin ! C'est comme cela que parfois je le vis. Et tout comme c'est le cas pour un médecin, il y a parfois des urgences.