J'ai été récemment interrogé par un futur professionnel du cinéma sur mon activité de blogueur. Je ne pense pas qu'il m'en voudra si je publie ici ses questions et les réponses que je lui ai faites...
Quel est votre âge, votre sexe, votre travail et où vivez-vous ?
Je suis un homme de 55 ans, psychologue en libéral et je vis en Bretagne
J'ai ouvert un blog en 2007 par envie de dire des choses, ce que je pensais, comme une rubrique que j'aurais pu tenir dans un quotidien ou un hebdomadaire. L'arrivée d'internet dans mon cabinet, où j'ai beaucoup de temps libre, m'a permis de le faire. Depuis mes douze ans, j'ai toujours écrit mais un peu dans le vide ; là, avec un blog, j'avais l'occasion d'écrire ET d'être lu.
Je vais au moins une fois par jour "sur" mon blog. Bien sûr que je lis les commentaires. Ils sont importants. Ceci dit, autant au début je répondais à tous, autant maintenant je prends moins de temps pour cela...
Oui, il m'est arrivé de supprimer des commentaires, mais très peu souvent (une dizaine de fois peut-être sur une dizaine de milliers de commentaires). Les limites que je me suis fixées sont celles de l'irrespect, du conflit ouvert (même si je supporte que l'on ne soit pas d'accord avec moi), des insultes, des propos délirants, de l'escalade dans les insultes, le mépris etc...
Pendant très longtemps je suis resté anonyme. Je parle en effet de mes patients dans mon blog, et de leur histoire, bien que "mélangeant" parfois quelques éléments pour respecter leurs propres droits à l'anonymat. Cet anonymat, le mien, permet ma liberté.
Depuis deux ans je ne protège plus mon anonymat de la même manière puisque mes deux livres sont en mon nom propre en lien sur mon blog.
Ceci dit, mon pseudo est toujours Psyblog depuis le début, choisi comme une évidence : un psy qui tient un blog pouvait / devait / ne pouvait que se nommer Psyblog.
Quant à la photo/avatar qui caractérise mon blog et mon pseudo, il/elle est le même depuis le début : Une voie de chemin de fer, comme un chemin qui mène là-bas, loin, là où l'on veut...
Pendant trois ans j'ai écrit une note par jour en moyenne. Oui, cela me prenait beaucoup de temps (une heure par jour peut-être ?) Je prépare mes notes, les corrige, en ai toujours trois ou quatre en préparation. Actuellement et depuis l'automne dernier, j'y suis beaucoup moins présent : La fin de mon blog sur la plate-forme de Psychologies.com (pour cause de restructuration désastreuse de leur plate-forme) a cassé la dynamique qui me motivait depuis quatre ans (plus de 300 000 visites)... et m'a un peu cassé moi-même. Actuellement je publie environ une note par semaine. Et puis le temps passe : Ce qui était très important au début (nombre de visiteurs, de commentaires) l'est devenu moins au fil du temps. Ma "philosophie" actuelle est : Je publie. Si on me lit tant mieux, si on ne me lit pas, tant pis. Mais je serai malhonnête de dire que je m'en fiche : Les commentaires et le nombre de visiteurs sont des indicateurs importants.
??? Question quelque peu opaque. En fait je publie lorsque j'ai quelque chose à dire et l'envie de le faire.
J'écris au gré de mes envies, de l'actualité (la mienne ou celle du monde), en tentant de publier au moins une fois par semaine... Un blog sans nouveaux articles s'éteint relativement vite.
Alors parfois j'écris à l'instinct (surtout les notes plus... personnelles), mais souvent je prépare mes articles sur plusieurs jours. Certains sont même dans mes cartons depuis bien plus longtemps...
Déjà répondu je crois précédemment. Mais je reviens régulièrement sur mes notes. Il m'arrive de remanier un article dans la journée, plusieurs fois, aussi en fonction des commentaires si je m'aperçois que je me suis pas exprimé clairement.
La principale règle que je n’impose et ceci dès la début de mon blog, c'est de protéger l'anonymat et l'histoire des patients dont je peux être amené à "parler". Mélange de plusieurs histoires, pas de noms, prénoms changés, etc...
La deuxième règle est celle de la longueur de l'article : J'écris en général des articles assez court, du moins assez court pour maintenir ouverte l'attention du lecteur.
Une troisième est... celle de ne pas "choquer". Les retours que j'ai à propos de mon blog est entre autre qu'il est beaucoup lu par des adolescents (adolescentes surtout) et par des personnes fragiles sur le plan psychologique... Alors il faut faire attention, je me censure moi-même, il y a des choses à ne pas dire.
Et puis la règle numéro Un, s'il en fallait une, est de ne jamais condamner. M'interroger oui, condamner jamais. Mais ce n'est pas l'apanage de ce blog : Je ne juge jamais, je ne condamne jamais.
C'est relativement variable. Écrire un article est souvent un défi : J'essaie de faire mentir mon prof de français de classe de Première qui disait Monsieur Psyblog, vous ne saurez jamais écrire. J'essaie en fait d'être le plus clair possible, d'organiser ma pensée et mon écrit pour qu'il soit le plus compréhensible possible par mes lecteurs.
L'esthétique du texte passe après. Sauf exercice de littérature présenté comme tel.
Pour la facilité et la souplesse extraordinaires que permet un blog. Ceci dit, j'ai depuis publié deux livres (et un troisième quasiment fini) qui prolongent ce moyen d'expression. Ces deux, et même trois livres ont été publié auparavant sur mon blog sous forme d'articles.
En ce qui me concerne, non, mais effectivement bien des blogs ressemblent à des journaux intimes. Avec cette particularité d'être lu... Peut-on parler de journal intime partagé ? Sans doute.
J'utilise finalement assez peu les liens externes, mais au besoin oui, j'illustre mes propos par des photos ou vidéo, ou encore je renvoie le lecteur à d'autres écrits et même d'autres blogs.
Un journal intime, pour moi, est le dépôt, par l'auteur, de ses réflexions, pensées, désirs, craintes... intimes. De là à dire ce qui devrait s'y trouver, je n'en sais rien, chacun y met ce qu'il veut ou peut et je me garderai bien de juger ce que doit contenir un journal intime. Je garde cependant comme conviction... intime qu'un écrit est toujours écrit dans la pensée qu'un jour, fut-il éloigné, il sera lu par au moins une personne.
J'ai tenu un journal intime de mes 12 ans à mes 22/23 ans, puis de mes 26 ans à 34 ans... Je crois, et je l'ai d'ailleurs écrit ici même dans un article, que si je n'avais pas pu / su tenir ce journal, je ne serais pas en vie aujourd'hui.
Un blog a certainement un vie "propre", comme un livre que l'on écrit et qui, laché dans la nature, publié, en a une.... Vous écrivez quelque chose qui est lu ou pas, qui rencontre d'autres personnes ou pas.... Ceci dit, un blog a cette immédiateté qui sans doute le rend fragile, bien plus qu'un livre qui peut trainer des années sur les rayons d'une bibliothèque.
Oui, tout ce que j'écris est systématiquement dupliqué en deux endroits différents et indépendants (disque dur externe, par exemple). Pour la petite histoire, lorsque la plate-forme de Psychologies.com a "buggé" à l'automne, j'aurais été extrêmement déçu et le mot est faible, de n'avoir rien gardé de mes notes et commentaires. J'avais pris soin d'enregistrer tout mon blog sur disque externe et interne à l'ordinateur. Grand bien m'en a pris !
Non, pas braiment, sinon que je peux "pianoter" dans mon jardin plutôt que d'être relié par un fil à la box. Et je n'ai ni iPhone, ni iPad... Mon tout petit ordinateur portable me suffit.
Mon entourage familial et amical connait mon activité de blogueur. Il n'y participe que très peu, trouve cela un peu étonnant , pensant à une activité d'adolescent, ne commente pratiquement pas... En fait, mon entourage sait et respecte. Mon entourage professionnel, pour la grande majorité, ignore totalement (pour ce que j'en sache) mon activité de blogueur mais je ne le cache pas, je n'en parle pas, c'est tout. Sont cependant au courant et jamais cela ne m'a posé problème. Une éducatrice de mes connaissances a même entrepris des études de psycho suite à la lecture de mon blog "parce que je lui avais donné envie d'être psy", m'a-t-elle dit.
Avez-vous l’intention de faire lire votre blog, vos articles à votre entourage (enfants à venir, petits enfants, etc…) dans le futur ?
Mes enfants, frère, sœur, épouse, le lisent déjà à l'occasion... Ce n'est pas un secret. Ils savent qu'il existe -mon blog.
Non. Pour le moment il ne m'a apporté que du bonheur.
La satisfaction d'exister aussi à travers elle. Celle d'être lu. Celle de participer à la marche du monde oh ! À toute petite échelle mais quand même... C'est comme une continuation de mon activité professionnelle : Aider les gens à mieux vivre. Alors la satisfaction est grande de me dire que peut-être, parfois, de temps en temps, j'ai amené des personnes à se poser de bonnes questions et peut-être à trouver des éléments de réponse... Très modestement !
Je suis beaucoup moins "dépendant " d'eux qu'au début.
Bien sûr que je lis d'autres blogs. Je ne crois pas que l'on puisse exister seul sans échange avec d'autres. Quant à rencontrer d'autres blogueurs, oui, à l'occasion d'amitiés qui se créent au fil du temps. Pour la petite histoire, chaque année fin mars je pars une semaine à la rencontre de personnes que j'ai connues grâce à mon blog et éventuellement au leur.
Tenir un blog vous pousse t-il à jouer un rôle ? A prendre en comptes les attentes de votre lectorat et/ou à agir différemment (par exemple, dans la vie de tous les jours, agissez d’une certaine manière plutôt que d’une autre car vous savez que cela sera publié dans votre blog) ?
Non. Le seul rôle que je joue est celui de ma vie. D'autant que je garde la maitrise de ce que je publie ou pas.J'écris ce que j'ai envie d'écrire et ne me suis jamais soumis à une quelconque "demande" d'un lecteur.
Ce n'est pas tant une transformation de mon existence que les relations qu'il m'a permis de construire qui sont importantes. Ma vie n'est devenue "plus" (?) intéressante (mais elle l'était déjà auparavant) que par les rencontres (épistolaires ou réelles -rencontres en vrai, physiques, et par chat ms*n ou face*book) que le blog a permis. Ceci dit, mon blog m'a donné le courage, l'humilité, l'audace, de publier mes trois livres, et cela, ces livres, bouleversent effectivement mon existence.
Oui. Je suis un bavard et un expansif émotionnel. J'ai cette chance-là de vivre des émotions et de pouvoir / savoir les exprimer.
Un besoin, une joie, un plaisir. Ce n'est pas une douleur. Écrire a toujours été pour moi un besoin vital. Jamais je ne suis sans crayon ni sans papier. Écrire fait partie de moi depuis ... toujours.
On, je ne sais pas. Moi oui, clairement... Mes méandres psychiques me poussent effectivement à penser à la trace que j'ai envie de laisser de mon passage sur cette terre. Mais comme je l'avais écrit lors de ma toute première note le 10 avril 2007, l'important pour moi était et reste de transmettre un peu de ce que je sais pour aider les gens à vivre mieux.
Je les relis à l'occasion, mais je n'en suis pas dépendant ni prisonnier. Au contraire d'un journal intime, qui peut justement aider à penser le présent et à mesurer la route parcourue, un blog, enfin, le mien, n'est pas fait pour cela.
Écrire est une trace que l'on laisse. L'un de mes mémoires en Sciences de l'éducation, il y a 25 ans, portait le titre suivant : Écrire fait-il grandir ? J'avais conclu que ... Oui.
Je ne me torture plus sur les raisons de ce besoin et ce plaisir d'écrire. J'écris et je partage, c'est tout.
J'en ai eu plusieurs effectivement, mais par périodes seulement. Lorsque j'ai ressenti à un moment donné de mon histoire le besoin de ... journal intime partagé... Mais je n'ouvre ou plutôt je n'ouvrais ce journal que momentanément, et aujourd'hui, puisque je vais bien dans ma vie, je n'en ressens plus le besoin.
J'utilise Facebook en mon nom personnel pour liens avec famille mais très peu.
Ce que j'en pense ??? Rien. Je suis seulement effaré, mais idem avec certains blogs, de la facilité / capacité / imprudence avec laquelle certaines personnes et surtout les ados et jeunes adultes se "déshabillent" et jettent leur intimité sur la toile... au risque des dangers qui sont ceux d'internet : les mauvaises rencontres, les rumeurs, etc....
Là, spontanément, non. Sinon que mon blog (surtout celui "d'avant" sur Psychologies.com) m'a amené des invitations (télé, radio, journaux, périodiques...) qui m'étonnent encore.

