"un petit mot sur mon blog"


"un petit mot sur mon blog"

Psyblog a posé son stylo le 5 juin dernier. Il est parti "ailleurs", pour une autre vie plus sereine et lumineuse.
Ce blog était pour lui une belle aventure d'écriture, de réflexion, d'émotion et de partage. Les commentaires de ses nombreux lecteurs en sont un témoignage chaleureux. Vos derniers mots tout particulièrement...
Continuez à le lire ou à le relire pour sa plus grande joie ailleurs...

lundi 16 janvier 2012

Demander ou affirmer ?

Elle me dit A chaque fois que je lui demande il me dit NON. Je lui réponds que si elle demande, elle s'expose de fait à un NON possible. Elle me dit Mais si je ne demande pas je n'aurai pas. Je lui suggère qu'il il y a peut-être une autre façon de faire (pour "avoir" ce que l'on souhaite). Elle me dit Alors il ne faut plus que je demande ? Je lui dis que ce peut être une solution. Elle me rétorque que Alors je ne demanderai plus et je n'aurai plus rien. Je lui dis alors qu'il est pas question qu'elle n'"ait" plus rien, mais de peut-être elle peut s'y prendre différemment.

Je rencontre bien des femmes qui sont "soumises" à leur mari. Oh ! Pas soumise par pression, par violence ou maltraitance, mais soumise par habitude. Et par peur. Peur ? Oui peur, peur. Peur du NON. Peur de prendre le risque qu'il dise NON, peur d'être désavouée, rejetée, non-aimée. Soumise par construction psychique, de celle qui projette sur le mari et "l'autre" en général leurs propres peurs... de ne pas être aimée. Et qui les fait demander alors même qu'elles savent qu'on va leur dire NON.

Demander, c'est s'exposer, disais-je plus haut, à ce que la demande ne soit pas exaucée. C'est se placer en-deçà de celui ou celle à qui l'on demande, non que la demande soit sens d'affaiblissement et de soumission, mais de fait demander c'est se soumettre à l'autre. Et c'est accepter de fait la réponse de l'autre. Ce qu'oublient bien des parents d'ailleurs... Vous avez tous vécu cela. Pour exemple :
- Tu veux de la soupe ?- Nan, je veux pas de soupe.
-  Si, tu dois prendre un peu de soupe.
- Non, je veux pas.
- Bon alors va te coucher, T'es toujours pareil, tu veux rien de ce qu'on te propose et na na na et na na nère...
Non. Sans blague... Vous demandez à votre gamin s'il veut de la soupe ou vous voulez l'obligez à manger de la soupe ? Si vous voulez absolument qu'il mange sa soupe, ne lui demandez pas.

C'est pareil avec les maris, les femmes, les patrons, les voisins et tout et tout. Si vous "demandez", vous vous placez de fait dans l'obligation d'accepter la réponse de l'autre.

Ma patiente, depuis des années, depuis tout le temps, est dans la demande. Elle imagine même que son mari puisse prendre plaisir à lui dire NON (vacances, lieu des vacances, sorties, restau, etc...). Mais nom de non... Il ne prend pas plaisir à lui dire NON mais elle lui donne ce pouvoir. Alors pour peu qu'il n'ait pas envie, il dit NON, puisque  il sait que son NON passera.
Il y a quelques temps, elle lui a dit (bravo la thérapie !), pas demandé mais dit ! qu'elle allait au Mont Saint Michel, qu'elle aimerait qu'il vienne avec elle mais que s'il ne venait pas elle irait quand même. Eh bien devinez quoi ? Il n'y est pas allé avec elle. Mais quand la fois suivante elle lui a dit qu'elle s'offrait une semaine de vacances à Biarritz et qu'elle aimerait qu'il vienne avec elle mais que s'il ne venait pas elle irait quand même (bravo la thérapie !), il a dit Ok je pars avec toi. Alors que jamais en trente ans de mariage il n'avait dit OUI à l'une de ses "demandes".

En matière d'amour, ou du moins d'affection, il n'est guère correct de parler "stratégie", et cependant, même en matière amoureuse, des habitudes s'installent, des rancoeurs s'installent, mais des habitudes surtout. Et quand on a l'habitude de demander et de s'entendre dire NON, on finit par ne plus demander.

L'on en vient alors à l'affirmation de soi.
Bien souvent, pour s'affirmer, on affirme que ses demandes. Et l'on s'étonne ensuite parfois que nos demandes ne soient pas satisfaites. Et si cela dure, on en veut à l'autre de ne pas satisfaire nos demandes, et on s'en veut à soi-même de ne pas avoir été capable de dire simplement les choses ou de les affirmer. C'est je crois ce qu'a compris ma patiente ce soir... Qu'au lieu demander, il valait mieux dire ses désirs. Au risque que "l'autre" ne les suive pas, mais au moins au risque qu'il les suive. Il ne s'agit pas d'écraser l'autre, de le soumettre à son tour comme on a le sentiment d'être ou d'avoir été soumis(e), mais simplement de dire ce que l'on veut.
Dire. Pas toujours demander...

9 commentaires:

  1. Apprendre à s'affirmer et à ne pas dépendre de l'autre, oui, c'est important. Si l'on est en demande, on s'expose en effet à un refus. Et aussi apprendre à exister par soi-même, sans toujours tenir compte de l'avis de l'autre, ou de son approbation.
    Un billet très intéressant, Psyblog. Merci.

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  2. mercipour ce billet...il me parle énormément!
    vraiment merci!

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  3. toujours aussi perspicace monsieur psy.
    je rajouterai ceux qui s"énervent ou fond la gueule parce qu'on ne répond pas à la demande qu'ils n'ont pas formulée.
    Avoir conscience de ses besoins et savoir les exprimer est loin d'etre une évidence pour chacun.

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  4. D'après ce que l'on m'a dit quand j'étais bébé ma mère subvenait à mes désirs et mes demandes.
    C'était le bon temps, depuis je suis à la Recherche de ce temps perdu.
    Merci d'accepter l'à peu -près.

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  5. ComtesseÔPiedNu17 janvier 2012 à 15:53

    @Youn:

    C'est pas pour rien qu'existent "ces gâteaux courts et dodus appelés Petites Madeleines".

    Vous eûtes été inspiré de vous le reppeler.

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  6. @Comtesse

    C'était, vous l'avez compris un faux à peu-près.

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  7. Anonyme a raison.
    On ressent parfois d'énormes frustrations que l'on pense évidentes pour l'autre, ce qui est faux.... l'autre ne peut pas deviner ce qui ne lui appartient pas.
    On ne se permet même pas d'exprimer ses besoins, ses désirs par peur de.... ou simplement parce qu'on a été éduqué à coups de "tiens ta langue" et qu'on ne sait plus comment s'y prendre pour dire les choses simplement, sans culpabilité et sans fausse pudeur ... et il faut du temps pour en guérir.

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  8. Oui Fany, "l'autre" ne peut pas deviner, et bien souvent on croit deviner et on s'empêche de simplement dire nos choses... L'éducation, la peur de ne pas/plus être aimé, la crainte simplement du dire nos sentiments et nos émotions et nos envies... dressent parfois des barrières très lourdes entre les gens, même les gens qui s'aiment...
    Parfois il suffit seulement, tout simplement de DIRE pour faire passer un message, alors qu'on espère trop souvent que l'autre devine ce dont on a envie...

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  9. Ah... à moi aussi cette note "parle" énormément !
    Je vais même l'imprimer pour m'en resservir, si tu veux bien...
    Elle me fait aussi penser à cette décision que j'ai prise il y a déjà quelques années. à la fin de l'été, je préviens gentiment le personnel que, si on veut retravailler avec moi l'été suivant, il faut se manifester début janvier... Que... ce n'est pas moi qui rappellerai...
    Pourquoi ?
    Parce que j'ai fini par me rendre compte que, en rappelant moi même les gens, je me mettais en position de "demandeuse", celle qui a besoin des autres, et non pas en position de Patron qui paie pour un boulot qui doit être bien fait... petit à petit, avec certains, le travail était de moins en moins bien fait, et les "exigences" étaient de plus en plus grandes...

    Mais je suis peut-être hors sujet ;-))

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