"un petit mot sur mon blog"


"un petit mot sur mon blog"

Psyblog a posé son stylo le 5 juin dernier. Il est parti "ailleurs", pour une autre vie plus sereine et lumineuse.
Ce blog était pour lui une belle aventure d'écriture, de réflexion, d'émotion et de partage. Les commentaires de ses nombreux lecteurs en sont un témoignage chaleureux. Vos derniers mots tout particulièrement...
Continuez à le lire ou à le relire pour sa plus grande joie ailleurs...

dimanche 9 octobre 2011

Le conflit de loyauté


 Le conflit de loyauté peut se définir comme un conflit intra-psychique né de l'impossibilité de choisir entre deux situations possibles, ce choix concernant le plus souvent les sentiments ou ce que nous croyons en être, envers des personnes qui nous sont chères.


Le conflit de loyauté pourrait se définir ainsi : Si je choisis X, cela signifie que je rejette Y. Et inversement, si je choisis Y, cela signifie que je rejette X. Mais comme cela est insupportable, je ne peux choisir. Sinon au prix d'une éventuelle culpabilité ...
C'est une situation qui entraine le sujet dans un émoi névrotique, tel le chien de Pavlov, que l'on a conditionné à réagir à la vue d'un cercle, puis à la vue d'un rectangle, et auquel on propose un jour la vue d'un ovale : Cercle ou rectangle ? Le chien ne sait plus choisir ni même ce qu'il voit.

Le conflit de loyauté est un trouble majeur auquel se trouvent confrontés bon nombre d'enfants de parents séparés, qui doivent « jouer » entre le désir du père et celui de la mère, et non seulement entre les désirs, mais les obligations et interdictions diverses et parfois contradictoires de ceux-ci.

Exemple, avec des noms d'emprunt, bien entendu : Sylvia vient me voir parce qu'elle ne "va pas bien". Elle a 12 ans. Jusqu'à l'été dernier, elle vivait avec et chez sa mère. Le juge a décidé, sur requête du père, qu'elle vivrait maintenant chez son père et sa compagne. Outre le fait que la situation est difficile pour cette jeune fille, elle me fait part de sa difficulté à gérer ce que l'on peut appeler un « conflit de loyauté » :
Sylvia s'appelle Panier, nom d'état civil, nom de jeune fille de sa mère. Son père s'appelle Balai. Jusqu'à dernièrement, sur ses documents scolaires, cahiers, inscriptions à la danse, etc, elle était Sylvia Panier. Mais depuis qu'elle vit chez son père, celui-ci lui demande de se nommer Balai, Sylvia Balai. Ce que la mère refuse. Le papa a donc proposé Balai-Panier. Refus de la maman, qui, à chaque fois qu'elle voit ce nom sur un document (y compris cahiers d'école), le gomme, rature, voire déchire la page. Le papa a alors proposé Panier-Balai, espérant que la maman accepterait, son nom à elle étant en premier. Refus de la maman. Refus d'autant plus incompréhensible d'ailleurs que la maman s'appelle maintenant Brosse, du nom de l'homme qu'elle a épousé depuis. Le papa refuse que sa fille -ne- s'appelle -que- Panier.
Et Sylvia ne sait pas comment se sortir de cette imbroglio parental. Si elle choisit Panier, elle trahit son père. Si elle « choisit » Balai, elle trahit sa mère (du moins se représente-t-elle les choses comme cela !). Conflit de loyauté. Situation impossible.

Les parents séparés -qui parfois "jouent" leurs conflits au travers de leur enfant- placent parfois celui-ci dans ces situations impossibles : Interdiction de parler de maman quand on est chez papa. Interdiction de parler de ce qu'on fait chez papa quand on est chez maman. Interdiction de prononcer le prénom de l' «autre», interdiction de porter chez l'un la gourmette ou le tee-shirt offert par l'autre... Négation de l'autre, négation d'une part de la vie de l'enfant, dans l'interdiction qui lui est faite de mentionner l'autre parent. Comme si le faire était trahir...
Les conflits de loyauté sont destructeurs, véritablement destructeurs. Ils placent l'enfant au centre d'un enjeu parental de possession, de règlement de compte et dans une démarche qui, quoi que soit son choix, le conduit à insatisfaire, voire trahir l'un de ses parents. Avec toute la culpabilité qui s'en suit.
Le ou les parents utilisent là leur enfant comme une arme contre l'autre, en fait ou en font un objet de lutte contre l'autre, un objet tout court, ce qui ne va certainement pas dans le sens de la -bonne- construction de sa personne.
L'abandon de la revendication du père, dans le cas de Sylvia, serait sans doute une bonne chose (celui de la mère aussi !), mais son histoire (au père), sa notoriété (Je veux que ma fille soit partout reconnue comme la fille Balai ), son désir de vengeance ainsi que celui de possession... engendrent chez sa fille un désarroi immense... qu'il ne comprend pas, en tout cas pas encore ! En attendant, déjà fragilisée par la décision du juge, Sylvia s'enfonce dans un état dépressif malsain...

Ne pas plaire est une chose, trahir en est une autre...
Il en va de même pour tout un tas de choses banales et non dites... A chaque fois que l'enfant est placé (ou se place lui-même -c'est pour cela qu'il est important de mettre des mots sur les maux) dans un tel choix impossible, cela ravive ce genre de conflit intra-psychique. 
 
Les adultes sont eux aussi face à ces choix cornéliens, et en cette bientôt période de fêtes de fin d'année, bien des familles vont se retrouver face à ces conflits dits de loyauté : Allons-nous fêter Noël chez tes parents ou chez les miens ? Si l'on va chez tes parents, les tiens vont penser qu'on ne les aime pas, si on va chez les tiens, les miens ne vont pas être contents... ils vont penser qu'on les trahis... Jusqu'ici, ce n'est pas trop grave. Ce qui l'est , c'est de ne pas pouvoir se défaire de ce questionnement, c'est d'accepter d'être l'objet et l'enjeu d'autre chose qu'un simple repas de Noël, ce qui le serait, ce serait de rester tout seul ce soir-là... parce qu'on n'a pu dire oui ou non, parce qu'on n'a pas pu choisir...
La question est toujours la même... Si je dis à celui-ci que je l'aime, cela signifie-t-il que je n'aime pas celui-là ?
La petite fille qui met sa robe rouge et à qui sa mère demande Tu n'aimes donc pas ta robe bleue ? se trouve sensiblement dans le même tourment...  Si elle avait mis sa robe bleue, sa mère lui aurait demandé pourquoi elle ne mettait pas la rouge...  Ou comment satisfaire sa mère ?


A l'heure où j'écris cette note, je projette quelques éventuels conflits que l'on pourra sans doute qualifier "de loyauté" le jour où les enfants portant les noms de leurs deux parents devront choisir lequel des deux ils transmettront à leurs enfants le jour où ils en auront... Mais j'en reparlerai...

17 commentaires:

  1. A lire sans modération : La réalité de la réalité de Paul Watzlawick qui traite du sujet dans un chapitre.

    Comme en tout domaine, il est assez difficile de trouver une 3ème voie avec la Double contrainte, ou les injonctions paradoxales comme « sois spontané », « il est interdit d’interdire » etc…
    Même quand on pense résoudre le problème comme l’a fait intuitivement l’enfant dans l’exemple ci-dessous, l’entourage « malade » réintègre son membre dans son mode de fonctionnement circulaire.

    « Le drame arrive lorsque les parents, se battent et s’affrontent, alors l’enfant est écartelé entre deux loyautés et deux liens ("bind") qui divergent et s’affrontent. Les parents exigent de l’enfant de choisir entre l’un ou l’autre à partir de trois injonctions existentielles et primordiales pour la vie psychique et sociale de l’enfant.
     Aimes -tu ton père ?
     Aimes-tu ta mère ?
    L’enfant répond : laissez moi tranquille avec vos affaires !
     Tais-toi ingrat ! »
    …..
    ComtesseÔPiedNu

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  2. Les situations décrites sont de situations de maltraitance. Tout simplement. Quant à l'enfant qui porte le nom de sa mère, c'est que son père ne l'a pas reconnue, qu'attend-t-il pour le faire ?

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    1. En Belgique, si les parents ne sont pas mariés, c'est la mère qui décide du nom que portera l'enfant, indépendamment de la reconnaissance par le père. Il arrive donc qu'elle refuse que l'enfant porte le nom de son père tout en acceptant qu'il soit reconnu. Idem depuis l'introduction de la nouvelle loi sur les patronymes. C'est donc plus complexe que cela en a l'air.

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  3. Ces adultes font preuve d'un manque total d'intelligence ,...Il conviendrait de leur expliquer que s'ils aiment leur enfant ,ils doivent changer leur façon de penser, d'agir ...
    Ils ne pensent qu'à eux , et à aucun moment à leur enfant .

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  4. Bon, c'est pas pratique, ces "anonyme"-là...
    Ceci dit, l'enfant a été reconnu par son père, dès la naissance mais après la mère. Ce n'est pas le problème. L'enfant porte le nom de celui de ses parents non-mariés qui l'a reconnu en premier sauf jugement par la suite).
    Il s'agit là de l'utilisation du nom "d'usage", utilisable évidemment dans la vie courante, y compris pour un enfant à l'école.
    Quant à dire que la situation que je raconte est une situation de maltraitance, bien évidemment !

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  5. La haine empêche souvent d'être "intelligent" !

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  6. Je suis habituellement une lectrice silencieuse et vous lis avec plaisir. Ici, votre conclusion me donne à réfléchir parce qu'elle me renvoie au choix que nous avons fait, mon époux et moi, d'inscrire notre fille dans nos deux lignées en l'adoptant, en lui donnant, symboliquement, nos deux noms. Nous avons pensé l'ascendance, l'ancrage, l'enracinement dans ses nouvelles familles, avec leurs histoires, pas à sa descendance et au choix qu'elle devrait effectuer un jour de ne transmettre que l'un de ses deux noms — qui n'en sont qu'un, légalement.

    Je gage cependant que le conflit ne sera pas si important... parce que notre amour pour elle est inconditionnel. Qu'en pensez-vous ?

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  7. Je dois être trop plongée dans mon histoire en ce moment, car hormis le fait que je compatis avec "Sylvia" et que je peste contre ces parents utilisant leurs enfants dans les divorces...je pense aussi au conflit que vit l'enfant dans l'inceste.
    Envers la mère : être l'ado sage, sans problème, autonome, irréprochable
    Envers le beau-père : accepter de se laisser faire, se laisser "toucher"
    Résultat en satisfaisant l'abuseur on trahit la mère, et si on se refusait à l'abuseur c'est lui qu'on trahirait.
    Prison silencieuse..

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  8. Ma... "conclusion" à la fin de ma note est davantage une interrogation en forme de boutade, mais bon !
    Si l'"on" a pensé effectivement à l'inscription d'un enfant dans son ascendance en permettant d'accoler les noms des deux parents, il a peut-être été mal pensé... la suite.
    Dans la majorité des cas sans doute, la transmission d'une seule partie du nom de naissance (car vous avez bien raison de souligner que les deux noms parentaux accolés par deux tirets n'en font qu'un) se fera sans problème (c'est un pari), et cependant la question s'impose à moi. Le choix auquel vont se trouver confrontés certains enfants devenant parents à leur tour ne sera pas toujours simple, d'autant plus si les parents sont séparés et en guerre (car les guerres durent parfois longtemps)...
    Ma réflexion est celle des extrêmes possibles. Si amour parental il y a, il n'y a pas ou peu de problème. Si difficulté dans le couple, voire "guerre"... le choix de l'enfant devenant parent peut être mal vécu par l'un des parents... Enfin, je suppose !
    Ceci dit, il faudra que je me renseigne plus avant sur cette fameuse transmission du nom en cas de "double nom"...

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  9. Il y a dans mon histoire quelque chose que je ressent comme un conflit de loyauté mais en est-ce vraiment un?
    J'ai été maltraité dans mon enfance, psychologiquement par ma mère et physiquement par ma grand mère. Ce n'est que depuis très peu de temps que je peux l'évoquer au pris d'un culpabilité énorme vis à vis de ma mère. Le conflit est simple pour sauver ma mère je devais me perdre moi et me sauver moi reviens à "tuer" ma mère. Elle m'a toujours considérée comme une menace, comme quelqu'un de malveillant qui lui voulait du mal. Elle a toujours interprétée toute demande d'affection de ma part comme une intrusion, comme un acte méchant, une exigence tyrannique. Elle c'est tellement victimisée qu'il est désormais impossible de lui faire admettre quoi que ce soit. Jusqu'ici, la mise à distance a été la seule solution que j'ai trouvé pour au moins ne plus me sentir coupable vis à vis d'elle. Cette mise à distance a été d'autant plus "facile" à faire qu'a partir de mon adolescence, elle m'a complétement rejetée.

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  10. Bonsoir !
    Cela m'évoque une situation un peu différente, pour ma part...
    J'ai vécu une relation (purement amicale) fusionnelle avec deux amies, durant plusieurs mois. Cela ne m'était jamais arrivé.
    Nous étions toujours "fourrées" ensemble, nous sortions toujours ensemble...
    Et puis, un jour, elles se sont disputées (rien d'étonnant : l'étouffement commençait à se faire sentir) ; ne souhaitant pas choisir l'une plutôt que l'autre, je me suis retrouvée prise en étau durant un an et demie entre les deux. Chaque moment de détente était associé pour moi à de la nervosité.
    Je suis bien consciente de ce que le conflit que j'évoque constitue une situation autrement moins lourde à porter que celle dont vous faîtes mention ; je souhaitais simplement esquisser un parallèle avec celle-ci.
    Bien cordialement,
    Hélène

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    1. Non, c(est très intéressant !!! Je perçois dans toutes ces histoires de vie une structure commune. C'est comme une programmation aux larges conséquences. Je pense que le conflit de loyauté peut se retrouver dans l'expérience humaine en tant qu'outil d'évolution, d'individuation. Ce que l'on cherche, n'est ce pas la pleine capacité à se vivre? Ceci se place dans une quête d'estime de soi total, pour contribuer à la communauté humaine globale.
      En route vers une société adulte???

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  11. Bonsoir!
    Je suis dans le cas d'un conflit de loyauté.
    Mes parents sont âgés, et me demandent de l'aide.
    J'hésite entre faire 500 kilomètres pour les aider et rester sagement à la maison.
    Le passif est très lourd de conséquences pour moi, ma mère est NP et de ce fait, invivable.Donc elle a on peut dire fichu ma vie en l'air.
    Y aller et souffrir, ne pas y aller et regretter?
    Je n'ai pas encore pris de décision.....

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  12. Bonjour,

    Je suis tombée sur ce post en cherchant "A quoi sert la loyauté" et au final je n'ai pas vraiment de réponse ni de réponse sur comment arrêter d'être loyal :)

    Si vous avez des suggestions, n'hésitez pas !

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  13. Le conlit de loyauté en cas de divorce : on parle souvent de l'absence du père . mais lorsque la mère a élévé les enfants, et que ceux ci restent avec leur père la décision judiciaire parle de résidence chez la mère). La mère a peu d'argent , le père beaucoup. La mère ne comprendpas ses enfants, cette indifférence, elles ne les reconnait plus ; ils ont tant changé ; ils parlent argent, paà la ères de sentiment. Certes ils se protègent. On'a dit qu'ils l'avaient protégée et s'étaient sacrifiés enlui demandant de quitter leur père (violent verbalement et ...).Mais la mère a mal face à ces jours, ces semaines loin de son trio tant aimé.
    Alors parlez un peu des mères

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  14. J'ai vécu la situation de déchirement entre mes deux parents. Le choix impossible et le conflit de loyauté, menant à cette situation de double contrainte. Que dis je!!! Je vis et vois le monde sous forme de double contrainte. Encore aujourd'hui, je ne peux choisir un frigo sereinement... sans cesse dans l'obligation de trouver une double contrainte, comme si le monde devait être comme ça. Vouc n'imaginez pas à quel point c'est destructeur, pour soi et pour les gens qui m'entoure. Car la vie n'est pas faite que de frigo.
    Cela va faire bientôt 30 ans que mes parents ont divorcés, et je souffre toujours du traumatisme créé par un divorce violent, de l'intérieur.
    Ce que j'ai appris de plus cher, c'est qu'ils ont fait ce qu'ils pouvaient, alors "pardonnez leur seigneur, ils ne savent pas ce qu'ils font." Je fais ce que je peux aujourd'hui, mais j'éclaire ma voie, et c'est dur.

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