"un petit mot sur mon blog"


"un petit mot sur mon blog"

Psyblog a posé son stylo le 5 juin dernier. Il est parti "ailleurs", pour une autre vie plus sereine et lumineuse.
Ce blog était pour lui une belle aventure d'écriture, de réflexion, d'émotion et de partage. Les commentaires de ses nombreux lecteurs en sont un témoignage chaleureux. Vos derniers mots tout particulièrement...
Continuez à le lire ou à le relire pour sa plus grande joie ailleurs...

vendredi 3 février 2012

55 ans !


55 n'est assurément pas un nombre calligraphiquement très rond. Mais ça en est un symboliquement. Et voilà que j'y suis. 55 ans aujourd'hui !
Je ne crois pas avoir imaginé, petit, que "j'arriverais" à cet âge-là. A trente ans encore j'imaginais ma vie bien plus courte, comme si j'avais une espèce de conscience que ma vie serait courte, enfin, même pas cinquante ans. Vous savez (enfin, les moins de vingt ans non), lorsque en 1967 (j'avais dix ans) on pensait et parlait "an 2000", c'était magique, ça semblait tellement loin, et puis l'an 2000 faisait rêver, comme si en cette année-là il allait se passer des choses incroyables et impensables. Le journal Ouest-France avait même publié, en ??? 1970 ? un "catalogue" des choses que l'on verrait en l'an 2000... Nous volerions comme des oiseaux, on guérirait tous les cancers, on voyagerait peut-être à 10 000 km/h dans des avions sans ailes, etc etc... On a vu... L'an 2000 n'a rien changé et ma vie a continué comme avant (même si des technologies comme internet ont changé bien des choses).
Et nous sommes en 2012. Et j'ai 55 ans. Et bien que né d'un grand-père décédé à 104 ans, je le suis aussi, né, d'une maman décédée à 78 ans alors qu'elle avait, comme disait le cardiologue, un coeur de 20 ans, je me suis toujours dis que je mourrai jeune. Eh non !, je suis toujours là.
Alors... petits problèmes de santé... On a changé quelques pièces défectueuses... Peut-être y en aura-t-il d'autres à changer encore ? On, enfin, JE verrais... Et puis il parait que les personnes mariées vivent plus longtemps que les personnes seules. Ouf ! Me suis marié il y a un an et demi, j'ai dû en prendre pour 20 ans de plus. Tant mieux.
Ce que je sais, c'est la fatigue parfois, la lassitude, mais mes 55, ma foi, je les porte bien et je suis bien dans ma vie.


Difficile de s'imaginer "plus vieux". C'est une question que je pose parfois à mes jeunes patients : Comment t'imagines-tu dans dix ans ? La question est souvent incongrue, et pourtant la capacité de "s'imaginer" dans dix ans est éminemment importante. Parce qu'elle pousse à grandir, parce qu'elle qualifie aussi la capacité à se projeter dans l'avenir, à se fixer ou au moins à penser des objectifs. Et l'on sait bien qu'avoir un ou des objectifs est bon pour la santé, et que le seul objectif "d'attendre" n'est pas un bon moteur pour vivre.
Lorsque j'ai commencé mon boulot de psy, lorsque j'allais dans les écoles avec ma petite malette de tests, je n'imaginais pas un seul instant qu'à cinquante ans je puisse encore le faire, ou plutôt j'imaginais qu'à 50 ans je serais absolument incapable de le faire. Je me sentais ridicule à l'avance. Je ne vais plus dans les écoles avec ma petite mallette, mais je vais dans les crèches, les écoles, les garderies... sans ma mallette mais avec mon cartable... et je ne me sens pas ridicule.
Peut-être y a-t-il des métiers qui se bonifient avec l'âge ? A 55 ans je suis plus tranquille qu'à 30, plus posé, plus tendre et plus philosophe peut-être. J'aurais été couvreur j'aurais sans doute été plus incapable de monter sur les toits, vieillerie oblige, mais s'assoir dans un fauteuil pour écouter et dire n'est pas un travail très physique. Alors je continue. Un vieux psy est peut-être aussi plus "savant" de la vie...
Bon, je ne vais pas vous bassiner davantage avec mes 55 ans. Mais à tous ceux dont c'est l'anniversaire aujourd'hui, je souhaite un joyeux anniversaire.

jeudi 2 février 2012

Pour faire -peut-être un peu- bouger les choses


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COMMUNIQUE DE PRESSE

« Manifeste pour une politique de santé en faveur des jeunes »

> Le 31 janvier 2012
> Depuis février 2011, la Société Française pour la Santé de l’Adolescent, la Fédération des Espaces Santé Jeunes, l’Association Nationale des Points Accueil-Ecoute Jeunes, l’Association Française de Promotion de la Santé Scolaire et Universitaire, l’Association Française de Pédiatrie Ambulatoire, la Commission Adolescent de la Société Française de Pédiatrie, la Société Française de Santé Publique et, se mobilisent afin que la santé des jeunes devienne une priorité pour les politiques publiques.
> En effet, malgré les avancées importantes dans ce domaine depuis 3 décennies, aujourd’hui les pouvoirs publics diminuent les ressources, la prévention demeure le parent pauvre et la prise en charge des adolescents et des jeunes adultes est morcelée.
> L’éparpillement des mesures ciblées vers des risques ou des populations particulières est à l’opposé du travail d’accompagnement global promu par les acteurs de terrain.
> C’est pourquoi, nos organisations ont décidé d’interpeller les responsables politiques sur les régressions alarmantes constatées dans le domaine de la santé des jeunes, et particulièrement ceux en grande fragilité physique, psychique et sociale.
> Aujourd’hui, c’est le message que les 1200 signataires de l’appel souhaitent faire entendre, leur volonté commune de défendre une politique de santé ambitieuse pour les jeunes, qui assure un continuum d’accueil et d’accompagnement, de la prévention aux soins, des milieux de vie des jeunes aux structures spécialisées.
> Le manifeste vous sera présenté lors d’une conférence de presse qui se tiendra le :

Jeudi 9 février à 10h à Hôtel de Ville de Paris
> Salle de Conférence, 5 rue de Lobau, Paris 4e

> Contact Presse : Christophe Alluis - christophe.alluis@fesj.org - 06 03 31 35 18 - 04 91 13 71 89

mardi 31 janvier 2012

SAS

Quand on va visiter quelqu'un en prison, il y a le sas. Le sas ? LES sas. Vous savez, ces endroits entre deux, ces endroits où vous n'êtes nulle part, sinon entre deux quelque part.
Premier sas : La salle d'attente. Je veux dire "la salle d'attente pour être en droit d'attendre". Tu es là, avec plein d'autres qui attendent. Faut pas arriver en retard. Surtout pas. Parce que si t'arrives en retard c'est trop tard. Alors t'arrives un quart d'heure en avance. Et tu attends.
Tu attends que les agents de la pénitentiaire arrivent. Et tu fais la queue. Pour présenter ta carte d'identité et t'entendre dire un chiffre, un numéro, celui de la petite pièce où tu vas rencontrer celui ou celle à qui tu viens rendre visite.
Ensuite tu passes dans le vrai sas, celui qui est fermé à double tour côté rue et liberté, et côté prison proprement dite. 20 ou 30 personnes dans un tout petit espace. On dit un nom. Si c'est le tien, tu y vas. Si c'est pas le tien tu attends qu'on dise le tien. Quand le nom est dit et que c'est le tien, tu enlèves tes blouson, sac, chaussure, ceinture et tu mets le tout dans une machine qui t'avale tout ça et qui te scanne le tout que si ça sonne tu peux pas passer le scanner à ton tour mais en général ça sonne pas alors tu passes et tu récupères de l'autre côté tout ce que tu as laissé dans la machine.
Et nous voilà tous très serrés de l'autre côté de la pièce, autre sas de compression. C'est alors que si tu en as tu déposes le sac de vêtements que tu amènes à celui que tu viens visiter. Et tu attends.
La porte s'ouvre, avec un doux bruit de déclenchement électrique. Et tu te retrouves dans une cour. 20 mètres à parcourir, parfois sous la pluie mais que 20 mètres quand même. Et tu attends. Quoi ? Que le gardien, enfin, l'agent de la pénitentiaire rejoigne le groupe. La porte s'ouvre sur le cinquième sas. Alors tu entres dans une petite pièce toute en longueur. Avec, dans un coin, protégé par de grosses vitres que je suppose blindées, un agent entouré de dizaines d'écrans et de dizaines de talkies que tu peux toi-même regarder les écrans avec vue sur "l'extérieur".
Et tu attends. Et tu entres finalement dans "la prison". Autre petite cour. En fait tu es dans le no man's land, dans le entre deux, entre l'enceinte extérieure et celle intérieure. Pour la première fois tu vois des barbelés, des barbelés très sophistiqués, comme des lames de rasoirs serties sur des fils de fer en rouleau. Tu aperçois au loin deux miradors. Tu te dis qu'en cas de connerie ils doivent pouvoir te descendre au moindre clignement d’œil. Et tu attends encore.
Et tu entres dans une autre salle. Deux tableaux naïfs au mur. Quelques rappels sur du papier défraichi. Du genre Ne pas apporter aux détenus de boissons alcoolisées, du genre que si quelqu'un veut t'aider et se réclame du "Chemin du bonheur" (non Joelle je sais que c'est pas toi) c'est l'église de scientologie qui cherche à te recruter, du genre qu'il ne faut pas cracher par terre et bien se laver les mains pour ne pas transmettre des maladies.... Du genre.
Et là tu as tout le temps de lire. Tu as tout le temps d'attendre. Parce que, à moins de faire partie du premier groupe de visiteurs, tu attends... Tu attends que les détenus visités avant celui que tu vas visiter soient fouillés, des fois que malgré les multiples sas ils aient pu recevoir de leur visiteur un quelque chose d'interdit. Alors pendant que tu attends, les visiteurs d'avant attendent aussi. De l'autre côté de la vitre qui nous sépare dans la même pièce.
Une fois que les détenus visités avant ont tous été fouillé ("au corps", comme on dit et que j'imagine à peine ce que c'est, même si je sais qu'ils doivent entièrement se déshabiller), leurs visiteurs se voient libérés... dans la même salle que les visiteurs dont tu fais partie. Hooo... pas en même temps. Il a fallu avant que les portes s'ouvrent vers nos visités à nous et que la porte vers le "patio" se referme. Le patio, c'est un petit jardin de... 20 mètres carrés, avec des arbres et des buissons et des cannettes de bière et des détritus que tu te demandes comment ils sont arrivés là... Le patio donc, est au centre d'un couloir d'une vingtaine de cabines où tu vas enfin pouvoir rencontrer celui que tu es venu visiter.
Là tu entres dans la cabine du numéro qu'on t'a donné lorsque tu as remis ta carte d'identité dans le premier sas, pardon, le deuxième. La première fois, lors de ta première visite, tu es tellement stressé que tu as oublié ton numéro mais bon, les agents sont là, aimables pour te le re-donner.
Et enfin, enfin après une demie-heure/ ¾ d'heure d'attente et de passage de porte et de passage et sas et d'angoisse si tu es claustro... tu rencontres enfin celui que tu es venu voir, celui que tu aimes, celui qui est là, enfermé.
9 mètres carrés. Une table. Trois chaises. La lumière extérieure venant du hublot de toit. Un peu de vie à travers des peintures, des dessins sur les murs et quelques graffitis d'enfant ou d'épouses désireuses de laisser une trace... et deux hublots, l'un donnant sur l'intérieur de la prison proprement dite, l'autre sur le "patio".
Et une demie-heure pour dire ta peine, la sienne, la vie, les regrets, l'affection, l'amour, les larmes, la colère, ... et bien d'autres choses encore qui te semblent ridicules une fois que tu es sorti de là.

Et le détenu ressort. Et tu attends. Et tu passes dans le patio. Et tu te retrouves dans la dernière salle, séparé de ceux qui vont à leur tout visiter leur amour, leur fils, leur papa, leur copain... et tu attends... Tu attends ce que tu sais seulement quand tu y es : Que chaque détenu ait été fouillé et "blanchi"... Alors seulement tu peux sortir dans la petite cour / no man's land avec les barbelés en forme de rasoir. Les uns rient, d'autres sont graves, baissent la tête ou regardent le ciel. Souvent gris le ciel, même si objectivement bleu. Les  enfants continuent à jouer. Ça fait sourire les adultes. Heureusement qu'ils sont là, les enfants !
Et tu te retrouves dans la petite cour. Tu ne sais pas qui est emprisonné là... Il y a des grilles, des visages aux fenêtres derrières les grilles. Des visages de jeunes garçons, ai-je pu constater souvent. Tu entres assez rapidement dans le dernier sas. On te rends ta carte d'identité, tu prends éventuellement le sac de vêtement à laver que ton détenu visité t'a laissé... et tu attends. Tu attends que chacun ait récupéré sa carte, ses vêtements, éventuellement les choses qu'il n'avait pas le droit d'amener dans l'enceinte de la prison et ... tu sors. L'air. L'air libre. La liberté.
Tu vas à nouveau dans le premier sas récupérer ce que tu as laissé dans les casiers (cigarettes, clefs de voiture, téléphone...) et zou... tu files... tu files rejoindre ta voiture en te disant que c'est un mauvais rêve. Tu viens de passer trois heures hors du temps pour une demie-heure avec celui que tu aimes... et tu reprends ta voiture. Tu regardes le soleil ou les nuages ou les arbres comme si tu les découvrais pour la première fois, tu t'allumes une clope en te disant que même si t'en allumes cinq d'un coup personne te dira rien, tu vas au Casto ou au Casino ou dans n'importe quel magasin du coin et tu achètes une connerie en prenant conscience que tu as le droit de le faire, tu vas t'acheter un sandwich parce que tu en as envie même si t'as pas faim... et en regardant le mur de la prison, tu te dis que tu ne supporterais pas d'y passer ne serait-ce qu'une semaine.
Et alors tu as envie de vivre. Et tu te dis que la vie, vaut mieux en prendre soin. Et tu te prends à penser que celui que tu viens de visiter est décidément un pauvre con. Et tu te prends même à penser que même ceux que tu aimes tu peux les traiter de cons. "Petit" peut-être mais con quand même ! Et tu te prends à penser que même si tu sais la nécessité de l'incarcération des hors-la-loi, quand elle concerne l'un de tes enfants, ça te fait mal...
Pour voir et parler avec mon garçon, je dois et il doit accepter que j'en passe matériellement 9, de sas ! Et 9 pour le retour ! Et vendredi dernier, comme pour la première fois, cela m'est apparu insupportable, insurmontable. Au point que je ne sache pas ce jour si je serai capable d'y aller à nouveau. Même si je sais je j'y retournerai. Parce que c'est mon fils et qu'il est certainement plus en souffrance que moi et que je suis son père, quoi qu'il ait fait.

Positivement (et je sais être positif même si paradoxalement je sais aussi être très pessimiste), je me dis que les sas (étrange ce mot ! Sas, sasse?, ressasser...) sont aussi des passages. Des couloirs, des passages encore, vers "autre chose", vers du mieux on peut l'espérer. Comme un quelque chose entre deux états... Le sas peut être une traversée du désert, comme on le dit pour les artistes, les politiques, les tout-un-chacun qui perdent pied à un moment de leur vie. Mais ce peut être une traversée du désert salutaire, de celle qui permettent la résurrection, la rencontre, le mieux, voire le bien...

vendredi 27 janvier 2012

jeudi 26 janvier 2012

Liberté sous contrôle !

Mon garçon reste en prison. Ainsi en a décidé le juge après sa demande de mise en "liberté sous contrôle judiciaire".
Un an qu'il y est. Un an qu'il attend son jugement. L'instruction est close depuis presque six mois. Je suis meurtri, blessé, désemparé par ce qui s'appelle La Justice.
J'ai toujours défendu la même chose : Tout acte délictueux, toute infraction à la règle, qu'elle soit celle de la République ou celle au sein de la famille, de l'école ou partout ailleurs est sanctionable et doit être sanctionné. C'est à ce prix que la société et tout groupe constitué peut fonctionner. Mais j'ai toujours défendu par ailleurs que la sanction, non seulement doit être proportionnelle à la "faute", mais aussi le plus rapproché de celle-ci dans le temps. On ne punit pas un enfant un mois après qu'il ait désobéi.
Un jugement, de fait, se doit, se devrait d'intervenir dans un délai raisonnable. Je sais, le temps de la Justice n'est pas le temps réel, comme le temps d'une psychothérapie peut-être. Et cependant je m'étonne et je me questionne et je me colère : Pourquoi faire attendre un détenu ? Pourquoi et comment se fait-il qu'un jugement ne soit pas mis en œuvre alors que l'instruction judiciaire est terminée depuis six mois ?
Cela vient s'ajouter à tout le reste. L'humiliation en détention (fouille au corps après chaque visite extérieure, paiement exorbitant pour la télévision, le beurre, le papier-toilette, le un-peu-de-plus-que-le-minimum, pas de travail, pas d'occupation....) est permanente. Double-peine. Détention + humiliation. Le détenu qui n'a pas la "chance" -parce que c'est une chance, croyez-moi- d'avoir une famille attentionnée n'a rien, n'est rien, n'est plus rien. J''insiste, n'A rien, ou si peu.
Mon garçon me disait il y a un mois : Au début, la prison ça te sert de leçon, mais au bout d'un moment, ça ne fabrique que de la haine et de la colère. Mon fils est en prison depuis plus d'un an. Je dirais presque "de manière arbitraire" depuis six mois. Nous sommes en 2012, en France, et le droit d'êtres humains n'est pas respecté. Ça me dégoute. Ça me ... fera voter encore plus fort bientôt.
Peu importe ce qu'il a fait, peu importe ce qu'ont fait tous ces détenus... certains voient leurs droits les plus élémentaires bafoués (Ne pas disposer de l'intimité la plus élémentaire est une peine épouvantable). Non je n'ai pas dit que l'on avait le droit de faire n'importe quoi, non je ne dis pas qu'il ne faut pas sanctionner, non je n'oublie pas l'infraction, ni la peine et la souffrance des victimes et de leurs familles, je militerais seulement volontiers pour que la peine soit juste et pas "double". Emprisonnement dans la dignité.
Et puis cette histoire de "liberté sous contrôle" judiciaire me fait bien sourire lorsque j'y pense hors-situation personnelle et seulement vis-à-vis des mots et du concept. Comme si la liberté pouvait être sous contrôle. Non, il y a liberté ou il n'y a pas. De la même manière qu'une femme est enceinte ou ne l'est pas (Moui je suis un petit peu enceinte -parce que seulement de deux mois-, me dit une jeune fille un jour).

Enfin bref... Maintien en détention, jugement à venir -quand ?-. Et détresse d'un papa et d'une famille, non par rapport à la détention d'un fils d'un frère ou d'un neveu -encore que oui bien sûr-, mais détresse du fonctionnement d'une Justice qui se dit pourtant juste...

lundi 23 janvier 2012

Changement de lunettes

La façon dont on regarde la vie change la vie.
Oui, je sais, c'est une évidence. Enfin, si pour certains ça semble l'être, ça ne l'est pas pour beaucoup d'autres.
Il ne suffit pas, en effet, de chausser des lunettes roses pour voir la vie en rose, ni de mettre des lunettes bleues pour voir la vie en bleu... Il ne suffit pas.
Et pourtant combien de fois mettons-nous nos lunettes à verres noirs ?

C'est encore, bien sûr, la symbolique du verre à moitié plein et du verre à moitié vide. Il semble que nous oubliions trop souvent qu'il s'agit du même verre. Et que les représentations que nous avons de la vie se comportent comme les lunettes que nous mettons le matin. Il pleut... c'est une sale journée qui se prépare ou Il pleut... ça va faire du bien à la terre et aux plantes ? Au visage si l'on court sous la pluie, aux nappes phréatiques qui en ont bien besoin...?
Il pleut. Autant s'en réjouir. Du moins ne pas s'en rendre malheureux !

Mon premier devoir de philo, en Terminale, fut "Il vaut mieux prendre la vie avec philosophie. Commentez". En pleine tourmente post-adolescente, j'avais réussi à réfléchir à ce sujet tout à fait correctement puisque la note de 14/20 m'avait été attribuée, la meilleure de la classe. (Je n'en étais d'ailleurs pas peu fier, moi à qui le prof de français répétait depuis deux ans que je ne saurais «jamais penser ni écrire correctement» (sic))... Prendre la vie avec philosophie... Facile, lorsque les roulettes de la vie sont bien huilées ! Un peu plus difficile lorsque la vie et ses roulettes se grippent. Et pourtant ! Et pourtant c'est sans doute un état d'esprit qu'il est possible d'apprivoiser. En posant les choses, en retournant le verre et en mettant d'autres lunettes que celles qui nous font voir la vie en gris, voire en noir... J'irais même jusqu'à dire "retourner les choses pour qu'elles soient jolies".

Lorsque mon amie Yolande est morte -non non, ne soyez pas triste pour moi, c'était il y a deux ans-, ce fut triste, ce fut triste pour elle, qui avait sans doute encore des choses à faire et à dire sur cette terre. Ce fut triste pour ses filles et son mari, pour ceux et celles qui l'aimaient et qu'elle aimait. Ce fut triste mais ce fut ainsi. Et au-delà d'une tristesse très liée à l'absence de l'autre et au sentiment d'abandon et à bien d'autres encore, nous avons les uns et les autres vécu autre chose : Le partage, le lien extraordinaire entre ceux qui s'aiment, l'union, la liberté d'être et la liberté des êtres... La fin de sa souffrance, bien sûr.
Non, il ne faut pas que les gens que l'on aime meurent pour vivre de telles émotions d'amour, non il ne faut pas que les gens qu'on aime souffrent pour s'apercevoir des liens qui existent et les mettre en "jeu". Mais lorsque ça arrive, remercions-les de nous donner, aux uns et aux autres, l'occasion de dire notre affection.

Une histoire belge (ou plutôt, française à propos des belges) dit que le belge a deux verres sur sa table de nuit, l'un vide et l'autre plein "parce que des fois il a soif et des fois il n'a pas soif". C'est une autre façon de penser le verre à moitié vide et celui à moitié plein.

En fait, non seulement pouvons-nous apprendre à regarder la partie pleine du verre, mais encore pouvons-nous apprendre à le remplir nous-même. Et peut-être ainsi cesserons-nous de nous lamenter sur la partie vide des verres...

Moralité : Si l'on chausse des lunettes noires, on est certain d'aller dans le mur. Si l'on en chausse des roses ou des bleues ou des pas teintées du tout, on s'offre au moins la chance de l'éviter. Le mur !

mardi 17 janvier 2012

Nuage de mots

Grâce à un logiciel emprunté sur le blog de Christophe André, ce petit nuage des mots les plus utilisés sur mon blog.

Sans surprise, les mots PARENTS, ENFANTS, DIRE, DEMANDE, NON, BIEN, DIT, et AUTRE sont écrits en plus grands car sans aucun doute les plus utilisés. Le mot SÉDUIRE écrit en très grand m'étonne cependant. Mais bon ! C'est sans doute un mot que j'utilise souvent...

Voici l'image produite par ce logiciel étonnant (enfin, moi il m'étonne) :



 Et merci à ma tendre épouse qui m'a bien aidé...

lundi 16 janvier 2012

Demander ou affirmer ?

Elle me dit A chaque fois que je lui demande il me dit NON. Je lui réponds que si elle demande, elle s'expose de fait à un NON possible. Elle me dit Mais si je ne demande pas je n'aurai pas. Je lui suggère qu'il il y a peut-être une autre façon de faire (pour "avoir" ce que l'on souhaite). Elle me dit Alors il ne faut plus que je demande ? Je lui dis que ce peut être une solution. Elle me rétorque que Alors je ne demanderai plus et je n'aurai plus rien. Je lui dis alors qu'il est pas question qu'elle n'"ait" plus rien, mais de peut-être elle peut s'y prendre différemment.

Je rencontre bien des femmes qui sont "soumises" à leur mari. Oh ! Pas soumise par pression, par violence ou maltraitance, mais soumise par habitude. Et par peur. Peur ? Oui peur, peur. Peur du NON. Peur de prendre le risque qu'il dise NON, peur d'être désavouée, rejetée, non-aimée. Soumise par construction psychique, de celle qui projette sur le mari et "l'autre" en général leurs propres peurs... de ne pas être aimée. Et qui les fait demander alors même qu'elles savent qu'on va leur dire NON.

Demander, c'est s'exposer, disais-je plus haut, à ce que la demande ne soit pas exaucée. C'est se placer en-deçà de celui ou celle à qui l'on demande, non que la demande soit sens d'affaiblissement et de soumission, mais de fait demander c'est se soumettre à l'autre. Et c'est accepter de fait la réponse de l'autre. Ce qu'oublient bien des parents d'ailleurs... Vous avez tous vécu cela. Pour exemple :
- Tu veux de la soupe ?- Nan, je veux pas de soupe.
-  Si, tu dois prendre un peu de soupe.
- Non, je veux pas.
- Bon alors va te coucher, T'es toujours pareil, tu veux rien de ce qu'on te propose et na na na et na na nère...
Non. Sans blague... Vous demandez à votre gamin s'il veut de la soupe ou vous voulez l'obligez à manger de la soupe ? Si vous voulez absolument qu'il mange sa soupe, ne lui demandez pas.

C'est pareil avec les maris, les femmes, les patrons, les voisins et tout et tout. Si vous "demandez", vous vous placez de fait dans l'obligation d'accepter la réponse de l'autre.

Ma patiente, depuis des années, depuis tout le temps, est dans la demande. Elle imagine même que son mari puisse prendre plaisir à lui dire NON (vacances, lieu des vacances, sorties, restau, etc...). Mais nom de non... Il ne prend pas plaisir à lui dire NON mais elle lui donne ce pouvoir. Alors pour peu qu'il n'ait pas envie, il dit NON, puisque  il sait que son NON passera.
Il y a quelques temps, elle lui a dit (bravo la thérapie !), pas demandé mais dit ! qu'elle allait au Mont Saint Michel, qu'elle aimerait qu'il vienne avec elle mais que s'il ne venait pas elle irait quand même. Eh bien devinez quoi ? Il n'y est pas allé avec elle. Mais quand la fois suivante elle lui a dit qu'elle s'offrait une semaine de vacances à Biarritz et qu'elle aimerait qu'il vienne avec elle mais que s'il ne venait pas elle irait quand même (bravo la thérapie !), il a dit Ok je pars avec toi. Alors que jamais en trente ans de mariage il n'avait dit OUI à l'une de ses "demandes".

En matière d'amour, ou du moins d'affection, il n'est guère correct de parler "stratégie", et cependant, même en matière amoureuse, des habitudes s'installent, des rancoeurs s'installent, mais des habitudes surtout. Et quand on a l'habitude de demander et de s'entendre dire NON, on finit par ne plus demander.

L'on en vient alors à l'affirmation de soi.
Bien souvent, pour s'affirmer, on affirme que ses demandes. Et l'on s'étonne ensuite parfois que nos demandes ne soient pas satisfaites. Et si cela dure, on en veut à l'autre de ne pas satisfaire nos demandes, et on s'en veut à soi-même de ne pas avoir été capable de dire simplement les choses ou de les affirmer. C'est je crois ce qu'a compris ma patiente ce soir... Qu'au lieu demander, il valait mieux dire ses désirs. Au risque que "l'autre" ne les suive pas, mais au moins au risque qu'il les suive. Il ne s'agit pas d'écraser l'autre, de le soumettre à son tour comme on a le sentiment d'être ou d'avoir été soumis(e), mais simplement de dire ce que l'on veut.
Dire. Pas toujours demander...

Petit moment d'humanité

Sas d'entrée de la prison vendredi après-midi. Passage sous le scanner. Fouille d'une des visiteuses. Ambiance très tendue parmi les visiteurs. Regards bas. Sourires, non, pas de sourires, même crispés. Silence de mort. Pas gaie, l'ambiance, vendredi 13 janvier.
Et une femme enceinte, "très enceinte", même, fait "sonner" le scanner. Qu'avez-vous sur vous ? demande l'agent pénitentiaire. Sur moi, rien. En moi, oui répond la jeune femme enceinte. Sourires dans la salle. C'est pour quand ? demande gentiment l'agent. Pour mars répond la femme. Mais vous êtes très...  / Oui mais j'en attends deux, termine la femme très très enceinte. Sourires francs dans la salle.
Moment d'humanité tendre dans un sas où sont rassemblés ceux qui vont rendre visite à un fils, un frère, un père ou un copain... en prison.

Je suis toujours aussi mal à l'aise, je me pose toujours un tas de question sur ces visites, sur ces gamins de parfois même pas un an et sur ceux de 7, 10 ou 15 ans qui se retrouvent dans cet univers étrange. En ce qui concerne cette femme enceinte, ces deux petit(e)s vont naitre sans leur papa, cette femme va accoucher sans son homme. Il y en a qui décidément démarrent dans la vie avec moins de "chances" que d'autres. Et ce petit garçon, l'autre jour, lors d'une autre visite, qui demande à sa maman Quand il va sortit papa ? / Je ne sais pas répond sa maman / Ah ben alors on pourra encore venir le voir ici et jouer avec lui sur la petite table. Mais il n'y a pas le droit d'amener des jouets. Alors j'imagine qu'ils parlent, qu'ils parlent, qu'ils parlent. Un parloir c'est fait pour cela : Parler. Se toucher. Faire l'amour même, même s'il y a de grands hublots par lesquels les gardiens ne passent jamais le regard. Parce qu'ils savent que les couples profitent aussi de ces moments de mauvaise intimité pour se toucher...
Les petits ont été faits dans le parloir, me dira la maman enceinte plus tard...
Étrange moment d'humanité dans un monde étrange.

jeudi 12 janvier 2012

Séduire !

Un petit oiseau dont je ne connais pas le prénom (suis pas très doué en oiseau) s'égosille depuis trois jours perché sur un arbre au fond de mon jardin. Je l'admire, enfin ! J'admire sa persévérance. Il chante à tue-tête pour attirer la femelle (oui, bon, j'imagine que c'est un mâle – il n'y a que les mâles pour chanter ainsi le besoin d'une femelle). Et il chante, et il chante !
J'ai bien tenté de repérer quelques phrases, mais bon, suis pas un oiseau alors je ne comprends pas grand chose à son message, sauf qu'il semble dire Viens, viens, je vais te...Je suis le meilleur pour te faire.... Bon, vous imaginez le reste.... Mais ça doit bien être un message précis. Pas encore vu de autre oiseau s'approcher, mais ça ne saurait tarder.

Et je pense aux humains, seule espèce animale pour laquelle les pratiques de séduction sont... bien aléatoires.

Les paons font la roue et paradent. Les pigeons se roucoulent et se tournent et se retournent. Les guépards se tournent autour. Les chats se regardent en émettant des cris de bébés et sont capables de rester immobiles (avant) pendant un bon quart d'heure. Les singes ? Non, ça vaut pas, les singes en général y'en a un qui a le droit et que lui et les autres quéquette si j'ose dire... enfin, tous, toutes les pratiques d'approche, de séduction et d'accouplement (allons-y) sont programmées... sauf sauf sauf chez l'espèce humaine.
Entre la drague à la lourde dans la boite de nuit et l'approche tendre qui dure trois ans dans le même espace de bureau, entre le Tu as de beaux yeux tu sais et le Vous prendriez bien un dernier verre chez moi, entre le Vous vivez seul(e) ? et le J'ai envie de vous, il y a de la marge. Et elle n'est pas claire, la marge.
Autant le pigeon et la pigeonne savent à quoi s'en tenir même s'ils font tout un tas de simagrées pour faire croire qu'ils ne le savent pas (au passage et pour info, les couples pigeons font partie des couples les plus fidèles de l'humanité, enfin ! du règne animal), autant ils n'ont sans doute pas idée de ce à quoi la séduction les engage... Bon ! Faut pas exagérer, un cerveau de pigeon n'est pas celui d'un humain. Faut pas exagérer !

Ceci dit. L'humain est quand même un exemplaire un peu spécial du règne animal en matière de séduction. Lisez donc les petites annonces, et même ce qui n'y est pas écrit. Blonde, grand, intelligente, avec du fric, avec de gros seins, une belle bagnole, une belle écriture (quoi ? Ça ne vous fait rien à vous, une belle écriture ?) , des parents sympas (alors que faut pas croire mais les pigeons ils n'en ont rien à faire, des parents de leur compagne/on à venir), hanches larges qui font penser à ... tsss... non pas au plaisir mais à la capacité d'avoir des enfants...
Enfin bref... La séduction, chez l'humain, ça dépend de tout un tas de choses : Séduire pour baiser, séduire pour fonder une famille, séduire pour faire quelque chose ensemble, séduire pour se rassurer, séduire pour se faire croire que, séduire pour dominer, séduire pour être dans le cadre social, séduire pour travailler, mettre en forme un projet, séduire pour l'argent, séduire pour... aimer, séduire pour être aimé, séduire pour....
Alors que chez tous les autres animaux, il ne s'agit de séduire pour QUE pour se reproduire.
On est quand même vachement fort nous les humains. On séduit pour un tas d'autres raisons. C'est pour ça que c'est si compliqué ! Et puis c'est pas pour dire, mais une fois qu'on a séduit... faut garder ! Enfin, ça dépend pourquoi on a séduit. Si on a séduit pour une nuit, pas la peine de tenter de garder. Ni même de séduire, peut-être.

Mais vous n'êtes pas obligé de me croire !