Coups de joie, coups de colère, impuissance, étonnements (encore), sourires, peines... petites réflexions sur la vie, les gens, les histoires (les grandes et les petites)... après 35 ans d'exercice de ce boulot étonnant que celui de psychologue.
"un petit mot sur mon blog"
"un petit mot sur mon blog"
Psyblog a posé son stylo le 5 juin dernier. Il est parti "ailleurs", pour une autre vie plus sereine et lumineuse.
Ce blog était pour lui une belle aventure d'écriture, de réflexion, d'émotion et de partage. Les commentaires de ses nombreux lecteurs en sont un témoignage chaleureux. Vos derniers mots tout particulièrement...
Continuez à le lire ou à le relire pour sa plus grande joie ailleurs...
lundi 7 novembre 2011
Enfants-tyrans
Juste pour signaler un excellent article dans la revue "Marianne" de cette semaine : "Nos enfants, ces sales tyrans !"
DIRE
Maudire. Maux dire. Mots dire.
Dire tout. Tout dire. Ne rien dire.
Avoir du mal à dire, mal à dire, être malade de ne pas dire. Etre atteint par la mal-à-di(re)
C'est dit.
DImanche...
LunDI.
MarDI... Marre, dis. J'en ai marre.
MercreDI ne veut rien dire. Encore que !
JeuDI est extraordinaire. JeuDI. Je dis...
JeuDI je t'aime. JeuDI je t'emmerde. JeuDI, dis-je. Je dis "Je".
VendreDI, Bof ! Vendre, dis... Vendre quoi ?
SameDI... Ah ! SameDI. Ca me dit... ça me dit quoi, le SameDI ?
"DImanche me ramène à une petite histoire :
1976, chambre d'étudiant. Nous sommes une bonne DIzaine à refaire le monde...
Et Nono s'adresse à moi : "Psyblog, dis-moi "le ciel est bleu". Je dis "le ciel est bleu". Dis-moi "vivement le week-end". Je dis "vivement le week-end". Nono continue : Dis-moi "qui tu aimes". Moi, rouge, blanc, je ne sais plus, je réponds "L., c'est toi que j'aime"...
C'est comme ça que j'ai déclaré mon amour à celle qui deux ans plus tard devenait ma femme.
Depuis, j'ai compris que le "Dire", le "dis", le "pas dis", n'avaient pas toujours le sens attendu.
Dis plodocus, dis geste, dis vorce, dis forme, dis amant (je l'aime bien, celui-là), dis férence, dis gestion, dis simuler, dis cerner, dis manche (tiens, le revoilà !), dis lapide...
Depuis je sais que ce qui nous ronge parfois est cette terrible maladie dont le symptôme principal est le mal de dire, le mal à dire, la peur de dire.
Une dame âgée (83 ans) est venue me voir un jour. Elle commence par me payer, en me disant que la consultation ne va pas durer très longtemps, qu'elle n'a qu'une chose à me dire, et qu'elle partira aussitôt après me l'avoir dite.
Elle s'assoit, et, d'une voix tremblante, me demande de lui demander ce qui s'est passé pour elle le jour de ses 13 ans.
"Que vous est-il arrivé, madame, le jour de vos 13 ans ?"
"Le jour de mes 13 ans, j'ai été violée par un oncle". Elle continue en me disant que personne n'en a jamais rien su, même pas son mari aujourd'hui décédé, ni ses enfants ni personne...
Elle m'a dit "merci", et avant de partir, a ajouté "maintenant, je peux mourir tranquille, quelqu'un sait, merci encore".
"C'est moi qui vous remercie, madame, de m'avoir confié cette parole-là".
dimanche 6 novembre 2011
Il ne faut pas oublier
Texte écrit il y a longtemps, dans une autre vie, un temps où j'ai été très malheureux
Il ne faut pas oublier.
Il ne faut jamais oublier.
L'oubli ne permet pas de faire le deuil de ce que l'on a désiré et pas obtenu.
L'oubli empêche les larmes.
L'oubli empêche la révolte.
L'oubli empêche les larmes et la séparation.
Je n'oublierai pas.
Même si parfois ça fait mal.
Encore !
Je pleure ce soir et je pleurerai encore.
Je n'écrirai plus avec mon / son stylo.
Jeanne, j'aimerais que tu m'en offre un autre.
vendredi 4 novembre 2011
Amiour ? Amimour ? Amoumitié ?
L'amour, on sait ce que c'est, encore que depuis que ce sentiment est identifié, l'homme et la femme se posent régulièrement la question de sa consistance.
L'amitié elle, sans doute identifiée comme plus ancienne, est reconnue comme un lien fort sans aucune connotation sexuelle, même s'il apparait depuis quelques années des amitiés aussi sexuelles. Mais l'amitié telle qu'on la considère habituellement sous nos latitudes est exempte de sexualité. L'ami(e) peut manquer mais en général il ne manque pas, contrairement à l'amoureux/se, dont chaque seconde passée marque l'absence.
La palette des sentiments est assez large pour en général pouvoir y glisser le sien. Par exemple j'aime ma femme d'amour, et mes ami(e)s d'amitié. Aimer mes amies d'amitié ne signifie pas pour autant que je n'ai jamais eu de désir sexuel pour elles. Mais ce désir, contrôlé ou tout simplement interdit trouve vraisemblablement son épanouissement dans la complicité amicale qui nous unit. Que l'amitié soit dénuée de sexualité ne signifie pas cependant qu'elle soit exempte de sexuation. L'amitié est sexuée, quoi qu'on en dise. L'amie est une amie, l'ami UN ami, mais l'amitié n'est pas en général sexuelle. L'amour, oui, est non seulement sexué mais en général aussi sexuel. Le désir est ainsi "consommé" du corps de l'autre, de son corps sexué, sexualisé, et sexuel.
Françoise Dolto (cf "Au jeu du désir") avait bien tenté de remettre au goût du jour un mot bien oublié, celui de "aimance", qualifiant toute relation affective au sens large. Mais il semble que ce vieux mot n'ait pas pris racine, d'autant qu'il venait recouvrir des réalités déjà définies, et qu'il n'avait pas de verbe (on ne peut dire "je t'aimance" ! Enfin, le verbe n'a pas été proposé par Françoise Dolto).
Venons-en au verbe, justement. Le mot "aimer", en français, recouvre des réalités bien différentes, et bien qu'il soit évident que l'on aime pas le chocolat comme on aime son amoureuse, ni le foot comme on aime son travail, le même verbe est employé pour qualifier toutes ces affections (au demeurant un bien drôle de mot !) et le plaisir que l'on a d'être, d'ingérer, de regarder ou de se passionner. Le fait d'employer le même mot pour signifier le sentiment d'amitié et celui d'amour n'est pas pour faciliter les choses et autant l'on peut dire "je t'aime" à son amoureux, autant il est souvent incongru de le dire à un ami, sinon par jeu ou par liberté.
Alors ? Alors comment qualifier un sentiment envers quelqu'un(e) s'il ne s'agit ni d'amour ni d'amitié ? Et pourtant d'amour et d'amitié en même temps. Comment qualifier un sentiment d'amour sans sexe et sans désir sexuel, mais avec désir du corps quand même ? Comment qualifier cette affection particulière et très forte qui fait que l'autre nous manque (donc proche de l'amour) mais qui supporterait et même encourage l'autre à rencontrer l'amour (d'un et avec un autre) si tel est son désir ? Comment qualifier cette attention qui dépasse l'amitié au sens strict du terme mais qui n'est pas de l'amour avec sa cohorte de désirs sexuels et de désirs touts-courts, et de manques associés ? Comment qualifier une relation où les désirs ne se concentrent pas sur le sexuel de l'autre même si éventuellement sur le corps ? Existe-t-il un état intermédiaire entre l'amitié et l'amour, qui se voudrait plus grandiose que l'amitié mais différent de l'amour puisque ne donnant pas prise au sexe, à l'attente, voire à la douce possession ?
Fut un temps où l'on parlait d'amour courtois. Les amoureux courtois ne faisaient-ils jamais l'amour ? Se touchaient-ils ? Avaient ils envie du corps de l'autre ? Je ne sais pas, je ne suis pas assez calé en amour courtois pour en parler bien.
N'est-ce pas une vue de l'esprit que d'aimer ainsi d'autre manière qu'amour ou amitié, cela est-il de l'amour qui ne veut pas se dire ? Du respect d'un contrat qui interdit l'amour physique ? Mais qui le désirerait peut-être quand même ? Dormir avec l'autre, dormir auprès de l'autre, se toucher, désirer peut-être mais à peine, désirer le/la toucher, le/la prendre dans ses bras, mais sans désir aucun de sexe et encore moins de pénétration sexuelle, ça doit bien porter un nom, quand même ?
Les "contrats" entre les personnes, contrats imposés socialement, éducativement, psychiquement, moralement, religieusement... sont des contrats à respecter. Sans doute. L'on sait bien cependant que ce ne sont pas les contrats qui font les sentiments, ni les briment et encore moins les exaltent (encore que par réaction nous soyons capables de tant de choses !). La relation d'amitié est parfois tellement forte par ailleurs qu'il serait incongru qu'elle se transforme en relation amoureuse et encore moins sexuelle. Le choix serait-il alors à faire entre se déshabiller le cœur et se déshabiller le corps. Il n'y a sans doute que dans l'amour que la pudeur tombe véritablement.
Et pourtant ! Et pourtant la relation est telle parfois entre deux personnes qu'elle permet de laisser tomber les masques, y compris ceux du corps. La réponse est peut-être dans le mot "sensualité". Celui-ci n'a que deux lettres de différence avec le mot "sexualité", très éloigné et à la fois très proche de lui. Sensualité ! Voilà ! Ce qui qualifie cette relation entre amour et amitié est peut-être la sensualité possible, celle du corps, celle du toucher, celle du plaisir sans sexe.
Il existe parfois entre un homme et une femme -en fait peu importe le sexe, enfin, le genre- une relation d'amitié mais plus que d'amitié, une relation pas d'amour mais presque, qui met éventuellement en jeu le désir du corps mais pas celui du sexe, une relation où les bras sont importants, tant l'un et l'autre s'y blottiraient bien chaque jour, une relation de manque mais qui supporte l'absence, une relation d'être en pensée chaque jour, à travers laquelle l'un et l'autre sans jugement aucun peuvent échanger leurs joies et leurs peines, une relation qui respecte l'histoire et la vie de chacun, relation faite de liberté, de pudeur, de désir et de manque, d'accompagnement, où l'un et l'autre se bousculent gentiment et avec tendresse pour que chacun vive sa vie à lui. Alors il faut peut-être inventer un mot. Entre le je t'aime bien trop connoté amour et le je t'embrasse, pas suffisamment fort pour dire le sentiment, il y a le mot 'HUAMOUR".
L'huamour, c'est à la fois de l'amitié et de l'amour. Ça aurait pu être amiour, amimour, amoumitié, mais ces néologismes n'ont pas de verbe facile à utiliser (je te amiaime ? amimaime ? ). Alors que l'huamour en a un, de verbe, qui se conjugue comme le verbe aimer : Je te huaime (ou je t'huaime), tu me huaimes, nous nous huaimons, ils se huaiment ou s'huaiment. Le "h" est là aussi pour rappeler que nous sommes des humains. Qui se huaiment.
L'huamour est un sentiment, une émotion qui lie deux êtres libres, contrairement à l'amour, souvent synonyme de possession et de vie commune. L'huamour n'est ni possession ni vie commune, supporte l'absence même si pas toujours le manque. C'est comme si deux personnes marchaient côte à côte, toujours en lien mais supportant et même se réjouissant des liens que chacun peut créer par ailleurs, au besoin les encourageant, même.
L'huamour peut se transformer en amour. Cependant, comme pour l'amitié, c'est rare. Parce que le contrat d'huamour est ce qu'il est : le respect total et entier de la vie affective de l'autre, respect entier des amours de l'autre et même réjouissance, accompagnement quasi quotidien "comme si" vie ensemble mais pas vie ensemble. ça ressemble à de l'amour, ça permet les bisous et ce n'est pas dangereux. Ce n'est pas de l'amour, mais c'est bien davantage que de l'amitié !
Voilà ! Il me manquait un but dans la vie, une grande œuvre. Et bien ce sera celle-là : Faire adopter ce nom -huamour- et ce verbe -huaimer- par les gens et la grande Académie. Avec HU(a)MOUR bien sûr !
Huamour : n. m. Sentiment très fort unissant deux personnes, n'excluant pas le désir ni le plaisir du corps mais excluant cependant l'acte sexuel. Entre l'amour et l'amitié, l'huamour exclue toute idée de possession, d'exclusivité et de manque.
Huaimer : v. tr. 1. Aimer quelqu'un d'huamour. 2. Aimer une personne avec humour.
Ps : Même en cherchant bien, je n'ai trouvé ce mot qu'ici-mais-je-ne-mets-pas-le-lien-parce que-plutôt-trash ! (Et puis aucun rapport avec le sentiment !)
mardi 1 novembre 2011
Déclaration de guerre
Vous le savez, ou vous ne le savez pas, mais "avant" je "sévissais" sur "Psychologies.com."
La plate-forme qui accueillait mon blog était très correcte, les fonctionnalités très ouvertes et surtout les liens que j'avais créés depuis quatre ans et demi étaient fantastiques, autant dans la vie internet (blog et msn) que dans la vie réelle puisque ayant rencontré certain(es) de mes lecteurs/trices surtout) avec un plaisir que je n'ai jamais dissimulé.
Peu à peu j'avais construit quelque chose. Moi qui avait toujours eu envie d'être lu j'avais trouvé là un lieu pour l'être, comme une vitrine, dont mon ego se satisfaisait avec plaisir, à tel point que j'avais fini par publier un livre regroupant une centaine de mes notes (Bloc-notes d'un psy de campagne), à tel point que des radios, des magazines, et trois fois des télévisions m'avaient contacté.
Mais... Car il y a un mais, après quelques 700 notes et près de 10 000 commentaires, l'aventure s'est brutalement arrêtée. Non par ma "faute", mais parce que la plate-forme qui hébergeait mon blog a été démantelée. Psychologies.com a repris à son compte la gestion des blogs. Non sans prévenir, mais avec une légèreté stupéfiante. Beaucoup d'entre nous (blogueurs sur cette plate-forme) ont perdu leurs notes, leurs commentaires, et souvent tous leurs liens. Vous savez, les liens, ceux qui font que l'on n'est pas tout seul, ceux qui font que l'on avance tous comme des presque copains, partageant peines et joies, réflexions et rire.
Tant bien que mal nous avons tenté d'être patients, nous avons tenté de comprendre, d'excuser même, de "faire avec". Mais l' "Histoire" a capoté, l'histoire se terminait dans une confusion que la colère (en ce qui me concerne) et la déception de beaucoup n'a fait qu'amplifier.
Les contacts avec les administrateurs de la plate-forme n'ont pas donné à ce jour de résultats probants. Un gros coup de gueule de moi contre eux a même été supprimé par eux sur leur blog (eh oui, "ils" ont quasiment supprimé les blogs et détruit la communauté, mais eux ont un blog).
Alors voilà, ce n'est pas dans mes habitudes de cracher dans la soupe. Je ne remercierai jamais assez Psycho.com de m'avoir accueilli et donné l'occasion d'écrire et d'être lu, mais trop c'est trop! Peut-être je me baptise moi-même et à tort porte-parole de cette merveilleuse communauté de blogueurs floués, mais tant pis.
J'ai contacté un avocat. Pour déposer une plainte pour rupture unilatérale de contrat. Plainte qu'il juge recevable. Un hébergeur de blogs a non seulement des droits mais aussi des devoirs. Et le premier d'entre eux est d'assurer la pérénité des écrits, commentaires et liens que "ses" blogueurs lui confient. D'autant plus s'ils paient pour cela (89 euros par an chez psychologies.com).
Ce n'est pas dans mes habitudes d'entrer en guerre, disais-je. Et le plus longtemps possible j'ai gardé cela pour moi, j'ai gardé pour moi ma colère et mon immense déception. Pour que cela reste entre psycho.com et moi. Et puis je n'aime pas la guerre. Je n'aime pas le conflit. Je me dis aussi qu'après tout ce n'était qu'un blog. Et pourtant !
Alors après mon commentaire supprimé, j'ai "fabriqué" une couverture, une fausse couverture (peut-être une grosse erreur de psycho.com que d'avoir proposé à ses "membres" de faire de fausses couvertures !) de Psychologies magazine, que j'ai bien entendu postée sur mon blog.
Plusieurs personnes m'ont contacté depuis, me félicitant d'aller plus loin dans l'expression de ma déception voire de ma colère et surtout dans l'expression du sentiment que j'ai d'avoir été trahi par un collectif de personnes en qui j'avais toute confiance. Une personne m'a même demandé l'autorisation de la reprendre sur son blog en espérant que beaucoup la verront...
Alors voilà. Vous n'en avez certainement rien à faire, mais ce soir je la publie ici, cette "fausse couverture". D'abord parce que c'est MON blog et que j'en fais ce que j'en veux. Ensuite parce que je suis toujours en colère. Enfin parce que cette colère et cette déception se muent peu à peu en désir de le faire savoir, et de remuer un peu encore ces gens qui se croient tout permis en quasiment déchirant ces livres que chacun, patiemment, avait écrit depuis parfois des années.
dimanche 30 octobre 2011
Comment reconnaitre l'amour de l'amitié ?
" Laissons face à face deux personnes nues de sexe opposé dans une chambre tendue de velours rouge, avec des glaces au plafond, de la moquette angora par terre, du champagne avec un seau d'argent et du blues en sourdine.
Si au bout d'un quart d'heure une des deux personnes s'exclame : "C'est con. Si on serait trois on pourrait faire une belote", on ne peut pas parler d'amour. C'est l'amitié.
En revanche, laissons côte à côte deux éboueurs à l'arrière d'une benne à ordures à six heures du matin. Si au bout d'un quart d'heure l'un des deux éboueurs regarde l'autre avec intensité en disant : "Ça m'excite de vider les poubelles auprès de vous", on ne peut pas parler d'amitié. C'est l'amour."
Pierre Desproges, extrait de "Desproges", de François Rollin, éditions Points, mars 2008
samedi 29 octobre 2011
Rumeurs, vous avez dit rumeur ?
La rumeur, c'est juste un truc terrible. Sur une parole, sur un Je crois que, j'ai entendu dire que, il parait que...se construit des certitudes parfois épouvantables et surtout épouvantables pour celui qui en est l'objet (j'allais écrire "le sujet" mais ça ne colle pas -on n'est jamais le sujet d'une rumeur !).
La rumeur est une trainée de poudre qui ne demande qu'une étincelle pour s'allumer.
Lors de mes études, nous avons travaillé sur la rumeur. et nous avons tenté une expérience : Dire quelque chose de "faux" très fort à l'autre bout de la France (Marseille pour ne pas nommer) et "voir" combien de temps il fallait pour que ça remonte sur Angers, lieu de mes études. Je ne me rappelle plus le sujet de cette rumeur transmise à un habitant inconnu de Mareseille, je ne sais plus. Ce dont je me rappelle, c'est que c'était un truc impensable, du genre (1976) Il parait que le prix de la pilule contraceptive va quadrupler. Quatre jours. Quatre jours seulement il a fallu pour que cette rumeur lancée au hasard à Un habitant de Mareseille parvienne jusqu'à Angers (pour les moins de 20 ans, je précise : pas de tel portable, pas d'ordinateur, pas d'internet bien sûr, peu, rareté même du téléphone... Bon, les routes étaient goudronnées, quand même, et la télévision existait déjà !) Mais quatre jours seulement pour qu'une rumeur banale mais impossible parvienne à 1000 km de là.
C'est le propre de la rumeur : Plus l'information qu'elle véhicule est impossible à penser, plus elle circule rapidement. Plus elle est folle plus elle est solide.
Fut un temps (concerné j'étais puisque géographiquement très proche) où l'on a soupçonné qu'un président de la République avait une maitresse dans mon village. Fut un temps où l'on a accusé un homme de mon entourage de venir voir sa maitresse chaque nuit... à 400 km de chez lui pendant que sa femme travaillait. Fut un temps où l'on a soupçonné les boutiques de vêtements d'Orléans d'avoir aménagé des trappes dans les cabines d'essayage pour enlever les femmes et les expédier au Moyen-Orient dans des harems (La fameuse rumeur d'Orléans)...
Les rumeurs ont cette particularité d'être incontrôlables car aussi détenues par un nombre incalculable de personnes... et que la rumeur est toujours l'objet d'un voyeurisme qui ne dit pas son nom... Et qu'il est quasiment impossible de les faire taire, sauf à ne pas y prêter attention. Et c'est là que le piège se referme sur le sujet, la personne objet de la rumeur : S'il se défend, c'est sans doute qu'il est coupable, s'il ne se défend pas, c'est qu'il est coupable aussi. Comme on dit : Il n'y a pas de fumée sans feu. Sauf que parfois le feu a été allumé volontairement.
On se rappelle tous (Oui, pas les moins de 20 ans), de cette rumeur "accusant" Isabelle Adjani d'être sida-séropositive, et de la difficulté qu'elle a eu à démentir cela, même en passant sur tous les journaux télévisés de l'époque. (Voir ici).
J'ai rencontré cet après-midi en consultation un homme détruit, cassé, meurtri par une rumeur, d'autant plus vive que ça se passe dans un tout petit village : Il aurait attiré chez lui des jeunes filles, les auraient violées. Plainte, jugement, condamnation, puis retrait de la condamnation après.... quatre ans de prison, sur demande d'une jeune fille avouant qu'elle avait tout inventé... "pour faire son intéressante" a-t-elle dit au juge... Ouah !!! Si même la Justice avec un grand J donne consistance aux rumeurs, c'est grave.
Certaines professions sont plus exposées que d'autres. Ainsi les éducateurs, les animateurs, les médecins, les prêtres, les ceux-qui-ont-du-pouvoir ou simplement du charisme, par statut ou par personnalité, les psys aussi, bien sûr. Si dans ma propre ville un psy a été condamné pour attouchements sexuels sur certaines de ses patientes, cela reste une exception et ce n'était pas une rumeur. Mais je me suis toujours demandé comment je réagirais si un jour quelqu'un faisait courir une rumeur sur moi. Mal, je crois, tant il est difficile de mettre fin à une rumeur. Simplement parce qu'elle est irrationnelle, émotionnelle... et si apte à détruire les personnes que l'on envie ou celles dont on a peur.
lundi 24 octobre 2011
La "bonne" distance
Edward Hall, dans son livre "La dimension cachée", développait les notions de bulle et de distance, celle-là même qui agence les relations entre les personnes, qui définit culturellement et au sens propre la distance qui doit exister entre les personnes pour que la relation soit exempte de peur et de sentiment d'intrusion.
Ainsi nous tenons-nous "à une certaine distance" de l'autre, que ce soit dans un magasin, dans un bureau ou même dans la sphère privée. Il y a des "exceptions", bien entendu, qui nous font "supporter" le contact physique dans une file d'attente ou dans le bus, qui nous permettent de supporter la chaleur de l'autre en s'asseyant sur un siège de WC -encore chaud- après une autre personne, mais ces exceptions ne sont pas toujours bien vécues. Existent aussi les exceptions de la sphère sexuelle et amoureuse. Le "ne faire qu'un" n'est pas qu'une image.
Ma pensée de ce soir ne concerne pas les "bulles" physiques, mais les "bulles psychiques, celles liées à l'affection. Elle concerne l'amour, bien sûr, mais aussi l'amitié et tous les sentiments d'affection que l'on peut décliner, avec cette question fondamentale du "trop", du "peut-être trop", du harcèlement, même. A partir de quand ? de quoi ? de où ? la distance -ou le peu de distance- est-elle acceptable et acceptée ?
Exemple, parce qu'il faut bien donner un ou des exemples : Vous aimez, vous êtes "attiré par", vous "avez envie de...", vous rencontrez un ou une autre et... enfin, vous avez envie et vous ne savez pas si l'autre a le même désir que vous. En amour comme en amitié, cela est très fréquent : J'ai envie de l'appeler mais je ne sais pas si lui a envie que je l'appelle. Je ne sais pas si il ou elle m'attend autant que je l'attends. Est-ce que j'impose mon désir à l'autre ? On peut aller jusqu'au harcèlement, avec ces histoires. Si je lui envoie trois SMS par jour, va-t-il bien ou mal le prendre ? Et s'il me répond, est-ce par lassitude ou par désir ? Lui-dis-je que je suis disponible , que je suis sur msn, que ... Enfin, vous avez compris : Comment savoir si l'autre est aussi proche et a le désir d'être aussi proche de moi que j'ai le désir d'être proche de lui ?
On est bien entendu ici au cœur de l'existence-même des personnes. Exister pour l'autre ! Exister tout court ! S'assurer de sa propre existence pour l'autre.
IL est un exercice difficile pour chacun de nous (sauf pour les pervers, qui ne se posent pas la question) : Aller vers l'autre et ne pas pour autant s'imposer à lui. Au risque de harcèlement. Au risque aussi de le perdre . Quand on aime, on aime en général savoir si l'autre nous aime aussi. Suis-je "harceleur" en criant que j'ai besoin, voire envie de l'autre ? L'autre attend-il autant de moi que j'attends de lui ? Ne suis-je pas "lourd" en insistant ? Rentré-je trop dans sa bulle au risque de lui faire peur, au risque de l'indisposer ?
C'est un questionnement légitime, de se demander si l'on n'en fait pas trop, si l' "autre" est sur la même longueur d'onde, de se demander si l'on entre pas trop dans sa bulle...
C'est arrivé une fois dans ma vie... Nous avions diné ensemble, elle et moi... Je l'avais raccompagnée chez elle, et au moment où elle est descendue de la voiture, j'ai failli lui dire que j'aimerais encore passer un moment avec elle, voire dormir avec elle, et plus si affinité... Mais entrer ainsi dans sa bulle, je n'ai pas osé. Ce n'est que quelques années plus tard qu'elle m'a dit que ce soir-là elle n'avait pas osé entrer dans ma bulle à moi, qu'elle n'avait pas osé me demander de monter chez elle... Distance inconnue entre le désir de l'un et celui de l'autre. La bonne distance à trouver.
Certaines distances (au sens physique du terme) sont bien codifiées. Le respect de celles-ci fait même partie du protocole très strict des rencontres... en politique -au sens large-, par exemple. Le "savoir-vivre" dicte lui aussi ses règles en matière de distance à respecter entre telle et telle personne dans telle ou telle situation. Mais dans les relations privées, celles du commencement d'une histoire amoureuse ou celles de l'amitié-camaraderie-voisinage par exemple elles le sont beaucoup moins. Et cela complique parfois les choses, même si certainement cela les rends aussi plus ... passionnantes.
Les malentendus sont fréquents entre les personnes à ce sujet. Entre le Tu ne m'appelles jamais et le Tu me gonfles avec tes appels à répétition, les couples nouvellement amoureux et même les plus vieux sont parfois sujets à bien des tourments concernant... la "distance". L'équilibre entre le trop et le trop peu n'est pas facile à trouver.
Le couple qui sort de mon cabinet à l'instant me dit Ça fait 17 ans que l'on vit ensemble et on est tout le temps ensemble, au jardin comme dans l'atelier, dans la cuisine comme dans le salon, on ne se quitte pas d'une semelle. Ce couple a raccourci les distances au maximum : même travail, mêmes horaires, mêmes amis... à tel point que madame a eu de la peine à imaginer venir consulter seule et monsieur de la peine à imaginer attendre dans la salle d'attente. C'est ainsi. Moi je ne pourrais pas, j’apprécie aussi d'être sans ma compagne, j'aurais je crois la sensation d'étouffer, mais pas eux. Et tant mieux !
dimanche 23 octobre 2011
Aimer.
Texte écrit il y a longtemps, dans une autre vie, un temps où j'ai été très malheureux
On aime quelqu'un à partir du moment où l'on ne supporte pas d'en entendre du mal, des mauvaises choses.
L'autre, l'être aimé, grave dans la tête et dans le coeur une image toute belle qu'il devient hors de question de noircir ne serait-ce que d'une goutellette d'encre noire.
Lorsque l'on supporte d'entendre des critiques à propos de l'autre, même de silence, c'est que l'amour n'existe plus.
J'ai de la chance. Nos amis, les siens, les miens, ne disent que du bien d'Elle. Et si d'aventure ce n'était plus le cas un jour, ils deviendraient autre chose que des amis, ils ne seraient plus mes amis.
Seul chez moi !
Il est très rare que cela arrive : Être seul chez moi. Et ce soir je suis seul chez moi.
Que je sois seul le soir dans mon cabinet, oui, puisque j'y dors deux nuits par semaine, mais que je sois seul chez moi c'est très rare. Ma femme est partie cet après-midi de dimanche... en formation pour deux jours. Partie cet après-midi pour être sur place demain matin.
Et je vais vous dire : Je suis bien, seul chez moi. C'est comme une ré-appropriation de la maison. Par moi tout seul. Vivre un moment chez soi sans l'autre. Ça me fait tout drôle. Non que sa présence me gène -on a passé l'âge de la gène par l'autre et on s'entend assez bien pour être libre avec et en présence de l'autre- mais ça me procure une espèce de griserie particulière. Quand même !
Ma femme (Rhoo ! Que finalement je n'aime pas ce mot ! "Compagne" était si beau), ma compagne, donc, vit seule trois jours et deux soirs par semaine. C'est une habitude, c'est comme ça, mon travail m'éloigne de la maison trois jours par semaine. Elle dit qu'elle vit ça bien. Parfois elle dit que je lui manque. Peut-être est-ce bon dans la vie d'un couple, de se manquer un peu ? Ça donne ou redonne l'envie de se retrouver. Ce soir elle ne me manque pas, je suis heureux pour elle, qu'elle ait pu partir en formation. Je gage qu'elle va découvrir d'autres horizons, d'autres personnes, c'est sa vie à elle, sa liberté, aussi de se permettre de vivre en liberté "ailleurs"...
Alors je suis bien. Je vais manger ce que j'ai envie, me coucher tôt parce que hier soir je me suis couché bien tard because amis à la maison et soirée un peu arrosée. Je vais prendre mon temps, comme on peut le faire lorsqu'on est seul.
Je sais bien que ce plaisir n'est pas partagé par tous ceux et toutes celles qui vivent seul(e)... On envie tous ce que l'on n'a pas. Je n'envie rien du tout ni personne, je savoure, c'est tout. Bises à tous ceux et à toutes celles qui ce soir sont seul(e) et n'aiment pas l'être.
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