"un petit mot sur mon blog"


"un petit mot sur mon blog"

Psyblog a posé son stylo le 5 juin dernier. Il est parti "ailleurs", pour une autre vie plus sereine et lumineuse.
Ce blog était pour lui une belle aventure d'écriture, de réflexion, d'émotion et de partage. Les commentaires de ses nombreux lecteurs en sont un témoignage chaleureux. Vos derniers mots tout particulièrement...
Continuez à le lire ou à le relire pour sa plus grande joie ailleurs...

mardi 21 février 2012

Mon oeil (2) !

Voilà....
Je peux à nouveau écrire quelques mots. (Pas trop écrire ni lire, m'a dit le chirurgien)
Opération vendredi dernier donc... Flagada depuis.
Opération réussie puisque je re-vois à nouveau, même si un peu flou, même si je vois de "drôles" de choses (des petites mouches et des reliefs qui n'existent pas mais bon !), même si d'autres examens sont encore à faire pour comprendre pourquoi c'est arrivé et faire en sorte que ça n'arrive plus.
Je fatigue déjà. Merci pour vos gentils petits mots.
Pause, maintenant.

Allez, en prime... une tite photo prise ce matin dans une librairie : Oui oui, Mon livre est juste à côté de ceux de Christophe André. J'espère qu'un peu de sa gloire rejaillira sur moi (rire !).

jeudi 16 février 2012

Mon oeil !

Je rentre en clinique cet après-midi pour une opération de mon oeil gauche devenu subitement quasiment aveugle dimanche soir.
Opération prévue demain matin.
Je serai donc momentanément absent quelques jours.

A très bientôt j'espère

lundi 13 février 2012

dimanche 12 février 2012

Bienveillance




L'un des "problèmes", dans les relations humaines, c'est que lorsqu'on ne connait pas bien l'autre, lorsque l'on est en phase d’apprentissage de l'autre, c'est justement qu'on ne connait pas l'autre.Et quand bien même on le fréquenterait depuis un long temps, on ne sait jamais vraiment tout de l'autre.
Je fréquente suffisamment les forums, msn et autres moyens de communications internet pour m'en apercevoir : Les blagues, les biaiseries (oui, je sais, cher correcteur d'orthographe, tu me dis que ce mot n'existe pas mais je l'emploie quand même) en tous genres, les grincements d'humour, on ne sait pas toujours comment les prendre... Est-ce que "l'autre" blague ou est-ce qu'il est sérieux ? Est-ce qu'il fait preuve d'humour vrai ou pas ? Parfois alors "on" prend la mouche, on vit mal ce que l'autre dit / écrit. Et cela me fait penser :
L'apprentissage de l'autre est une délicatesse qu'on lui doit. Que ce soit dans la vie réelle ou dans la vie internaute. Prendre la peine de penser à ne pas froisser l'autre ou faire en sorte qu'il ne prenne pas notre intervention comme une agression....
Entrer en contact avec un autre, c'est tenir compte aussi de l’absence de savoir sur lui et accepter de ne pas savoir, ni ce qui lui fait plaisir, ni ce qui le blesse, de ne pas connaitre (toute) son histoire.
Dernièrement sur un forum consacré au couple et à ses problématiques, j'ai été témoin d'une prise de tête malheureuse : L'un des participants, après intervention d'un autre, écrit au premier Je m'occuperais bien de ta femme. C'était de l'humour peut-être, mais le premier intervenant ne l'a pas entendu ainsi : Tu peux peut-être même pas imaginer ce que je ressens et je t'emmerde. Quand l'autre l'a traité de "basique" (sous-entendu "Tu n'as pas compris que c'était de l'humour"), le premier s'est véritablement emporté : Si tu ne comprends pas que certaines de tes paroles écrites puissent faire du mal (sans même que tu en aies l'intention je te l'accorde même), alors c'est toi qui est basique. Je vous laisse deviner la suite...

L'intelligence relationnelle, c'est aussi savoir que l'on ne sait pas tout à propos de l'autre, et que ce qui peut sembler léger à certains ne l'est pas forcément pour l'autre...
Lorsque l'on rencontre un autre, on ne connait pas son histoire, et même lorsqu'on la connait (mais on ne connait que ce que l'on sait et que l'autre nous en dit) il reste des secrets, des blessures peut-être, des histoires enfouies et non-dites, de ces choses présentes mais parfois non-sues et bien souvent non-dites.
Rencontrer un autre, c'est accepter de ne pas tout savoir sur lui (oui, je sais, je me répète) et prendre ses précautions quant à son histoire non-sue. Que ce soit dans la vraie vie physique ou dans la vie internette, il faut alors sans doute prendre des précautions... On ne sait jamais vraiment à qui l'on parle ni ce qu'il a vécu. Alors plutôt que de risquer de le blesser (l'autre)... allons-y doucement. Ce qu'il lit et comprend n'est pas forcément que que nous lui avons dit.

Peut-être cela s'appelle-t-il de la bienveillance.

mardi 7 février 2012

L'homme battu



La femme battue fait malheureusement parfois la Une des journaux. Et c'est tant mieux. Non qu'elles soient battues, les femmes, mais qu'on en parle. Une femme meurt tous les trois jours, en France, sous les coups de son mari ou concubin. C'est terrible. Je voudrais bien trouver d'autres mots, je n'y parviens pas. Il n'y a pas d'autres mots pour qualifier ces actes. Horrible ? Inhumain ? Insensé ?
Les hommes battus ? On en parle moins. On n'en parle pas. Mais ils existent. Certaines statistiques donnent le chiffre effarant de 10%... Oui oui, vous lisez bien, 10% des hommes seraient battus par leurs femmes ou compagnes !
Ce n'est pas une légende, c'est un fait statistique. Mais c'est tellement incroyable... qu'on n'y croit pas !
La violence de la femme à l'égard de «son homme» est surtout psychologique. Physiquement, c'est moins possible, compte tenu des différences générales entre hommes et femmes. Cette violence atteint l'intégrité psychique de l'homme, par des procédés subtils, directs ou indirects. Elle est souvent concentré sur un travail de détricotage et de dénigrements des différents rôles tenus par l'homme aussi bien dans les sphères privées que publiques, rôles qui construisent son identité masculine, du moins celle véhiculée par la société.
La femme violente est une agressive passive, l'agression se jouant le plus souvent dans une négation de l'autre, l'homme, dans son rôle et son statut d'homme, y compris... au lit. La négation de l'homme se joue aussi et parfois surtout dans la négation de la relation physique à lui... Les femmes disposent là d'une arme redoutable !
La femme violente sape la compétence professionnelle de son conjoint : il n'est qu'un bon à rien. Elle sape sa compétence de père : il n'est pas un bon père. Elle seule sait ! Sapage de son rôle d'amant, de son rôle de père, de sa compétence professionnelle, mais aussi de ses relations amicales... Mon homme n'est pas un «bon» homme.
Bref, la femme prend le pouvoir.
Si je vous parle de cela ce soir, c'est parce que c'est l'histoire de mon patient de cet après-midi. Sept ans de mariage, et peu à peu l'emprise, la manipulation, les interdictions (de foot, d'amis, de présence auprès des enfants, de... choix du film de ce soir...), la main-mise d'une femme sur toutes -et je dis bien TOUTES- les activités de son mari.
Ce qui l'a décidé à venir me voir aujourd'hui est la porte fermée de sa maison samedi dernier (il y a trois jours) parce qu'il n'était pas rentré à midi et douze minutes (sic), le temps chronométré par madame pour le trajet fin du travail-maison...
Cette femme grignote, a grignoté pendant sept ans les moindres recoins de la vie de son homme, jusqu'à en faire son objet... La gifle monumentale qu'il a reçue samedi à midi-et-quatorze minutes -et à propos de laquelle le médecin lui accorde 5 jours d'arrêt de travail- est le déclencheur chez lui d'un NON impossible à dire, mais qu'il espère pouvoir dire très vite... avec l'aide du psy que je suis.
La honte, l'impuissance, la peur du ridicule (Franchement, vous imaginez un homme se présenter à la gendarmerie pour dire Ma femme me bat ?) font que de nombreux hommes ne disent jamais rien de leur calvaire. Et comment «prouver» ? L'arme est plus psychologique que physique. Le harcèlement est plus difficile à prouver que les coups.
L'homme battu, ce n'est pas une légende... C'est de la réalité cachée, voire insoupçonnée... donc cachée. Mais ça existe... Ca existe dans l'ombre, dans l'intimité des chaumières et des lits. Et les hommes, dans leur grande majorité, ne peuvent tellement pas le reconnaitre qu'ils ne le disent pas, qu'ils se taisent...
Bon, je sens déjà les attaques -ou les défenses-... «Oui mais les femmes sont plus battues, oui mais les hommes sont plus agresseurs.....» Oui, Ok, c'est vrai...
Ce que je défends là est la stricte interdiction et la bêtise, connerie, inefficacité... d'agresser l'autre, qu'il soit femme, homme, juif, noir, enfant, vieux, jaune, petit, bleu, malade, grand, boutonneux, unijambiste ou muet...
Ce que je défends, c'est le respect de l'être humain, quel qu'il soit, quel que soit son sexe, sa couleur, sa religion, ses croyances, ses habitudes, son éducation, ses peurs, ses envies, ses pensées...
Il est interdit d'humilier un autre, d'en faire son objet, de le nier en tant que sujet...
Ce que je défends pas, ce sont les comportements : La souffrance, le malheur, le désir, la soif de pouvoir, la pauvreté, la frustration... ne sont et ne seront jamais pour moi des excuses à l'agression. Même si ce sont des explications...



Tout ça à cause d'un homme venu me voir aujourd'hui parce que sa femme n'a pas supporté deux minutes de retard ! ! !

lundi 6 février 2012

Il ne met pas ses chaussettes sales dans le panier à linge.




Les motifs exprimés d'une consultation sont parfois bien... étranges ou bien légers (?).
Ainsi dernièrement ai-je reçu une jeune femme venant consulter au nom du couple (Je viens en éclaireur pour une thérapie de couple) parce qu'il ne veut rien faire lorsqu'il est là et surtout il ne met jamais ses chaussettes sales dans le panier à linge. Lorsqu'il est là, il ne fait rien, il me regarde, il regarde la télé, il ne lui vient même pas à l'idée de faire quelque chose pour la maison, tenez, par exemple, il ne fait jamais la lessive, jamais... oh et puis ça m'énerve, il ne met jamais ses chaussettes sales dans le panier à linge.
Vous l'avez compris, l'histoire des chaussettes sales qui trainent, pour autant qu'elle soit vraie, n'est qu'une partie émergée de l'iceberg. C'est gênant, c'est chiant, ça ne rend pas la vie agréable, mais surtout ça cristallise tout ce qui ne va pas dans ce couple : Le sentiment que madame a de TOUT faire, celui qu'elle a que son homme est posé là, qu'il profite d'elle et qu'il ne la respecte pas, le sentiment qu'il s'en fiche, qu'elle sert de bonne, de cuisinière, de p.... et j'en passe. Bref... partie émergée d'un sentiment d'inutilité et de non-amour alors que son propos se termine par ces mots : En fait il ne m'aime pas.
En dix ans, pas une fleur, pas un compliment, pas un Je t'aime, comme s'il suffisait qu'il travaille et ramène l'argent à la maison pour qu'elle soit en sécurité affective.


Mais bon, ce n'est pas de ce couple en particulier dont je voulais parler -bien qu'il y en aurait des choses à dire-, mais des motifs premiers de consultation, vous savez, ces premières paroles que l'on dit au psy pour "expliquer" pourquoi on vient consulter. Souvent le patient ne se "déshabille" pas le cœur et l'esprit la première fois et d'ailleurs il vient pour que le psy l'y aide. Chaque patient introduit le motif de sa consultation à sa manière, et si parfois certains y vont tout de go en disant Je picole et je n'en peux plus ; Ma mère est décédée et je n'arrive plus à vivre ou Comment savoir si je l'aime ?, d'autres introduisent leur problématique par des biais bien différents: Mon fils [de 23 ans] ne veut pas que je rentre dans sa chambre – Mon fils ne peut pas manger autre chose que de la nourriture rouge – Je ne peux pas rouler sur une autoroute – Mon fils a pissé sur un policier (sic) ... Ce jour-là ce fut Il ne met pas ses chaussettes dans le panier à linge.
Bien entendu le motif "réel" de la consultation n'est pas celui-là. Bien entendu qu'il est parfois difficile de dire au psy ce qui véritablement nous tracasse. Et bien entendu aussi que le patient "tourne" parfois autour du pot, et peut même le faire pendant...longtemps, comme ce jeune homme qui, venu consulter pour "timidité maladive" (premier motif avancé par lui), a mis plusieurs mois à me dire qu'il souffrait de son homosexualité et du silence dans lequel il s'était lui-même enfermé.
Cela fait partie du jeu -et du Je- que de tourner autour du pot. Dans le réel, parce que ce n'est pas facile de dire les choses, et dans la symbolique parce que celle-ci nous échappe le plus souvent, sans compter la difficulté que l'on a tous à se regarder en face. Il est effectivement bien plus facile de se dire que nos problèmes de couple proviennent de l'autre qui ne met pas ses chaussettes dans le panier à linge que de se dire que l'amour s'est terni... voire qu'on y est peut-être pour quelque chose, ce que cette femme "avouera" quelques séances plus tard : J'ai rencontré un autre homme et je ne sais que faire.

vendredi 3 février 2012

55 ans !


55 n'est assurément pas un nombre calligraphiquement très rond. Mais ça en est un symboliquement. Et voilà que j'y suis. 55 ans aujourd'hui !
Je ne crois pas avoir imaginé, petit, que "j'arriverais" à cet âge-là. A trente ans encore j'imaginais ma vie bien plus courte, comme si j'avais une espèce de conscience que ma vie serait courte, enfin, même pas cinquante ans. Vous savez (enfin, les moins de vingt ans non), lorsque en 1967 (j'avais dix ans) on pensait et parlait "an 2000", c'était magique, ça semblait tellement loin, et puis l'an 2000 faisait rêver, comme si en cette année-là il allait se passer des choses incroyables et impensables. Le journal Ouest-France avait même publié, en ??? 1970 ? un "catalogue" des choses que l'on verrait en l'an 2000... Nous volerions comme des oiseaux, on guérirait tous les cancers, on voyagerait peut-être à 10 000 km/h dans des avions sans ailes, etc etc... On a vu... L'an 2000 n'a rien changé et ma vie a continué comme avant (même si des technologies comme internet ont changé bien des choses).
Et nous sommes en 2012. Et j'ai 55 ans. Et bien que né d'un grand-père décédé à 104 ans, je le suis aussi, né, d'une maman décédée à 78 ans alors qu'elle avait, comme disait le cardiologue, un coeur de 20 ans, je me suis toujours dis que je mourrai jeune. Eh non !, je suis toujours là.
Alors... petits problèmes de santé... On a changé quelques pièces défectueuses... Peut-être y en aura-t-il d'autres à changer encore ? On, enfin, JE verrais... Et puis il parait que les personnes mariées vivent plus longtemps que les personnes seules. Ouf ! Me suis marié il y a un an et demi, j'ai dû en prendre pour 20 ans de plus. Tant mieux.
Ce que je sais, c'est la fatigue parfois, la lassitude, mais mes 55, ma foi, je les porte bien et je suis bien dans ma vie.


Difficile de s'imaginer "plus vieux". C'est une question que je pose parfois à mes jeunes patients : Comment t'imagines-tu dans dix ans ? La question est souvent incongrue, et pourtant la capacité de "s'imaginer" dans dix ans est éminemment importante. Parce qu'elle pousse à grandir, parce qu'elle qualifie aussi la capacité à se projeter dans l'avenir, à se fixer ou au moins à penser des objectifs. Et l'on sait bien qu'avoir un ou des objectifs est bon pour la santé, et que le seul objectif "d'attendre" n'est pas un bon moteur pour vivre.
Lorsque j'ai commencé mon boulot de psy, lorsque j'allais dans les écoles avec ma petite malette de tests, je n'imaginais pas un seul instant qu'à cinquante ans je puisse encore le faire, ou plutôt j'imaginais qu'à 50 ans je serais absolument incapable de le faire. Je me sentais ridicule à l'avance. Je ne vais plus dans les écoles avec ma petite mallette, mais je vais dans les crèches, les écoles, les garderies... sans ma mallette mais avec mon cartable... et je ne me sens pas ridicule.
Peut-être y a-t-il des métiers qui se bonifient avec l'âge ? A 55 ans je suis plus tranquille qu'à 30, plus posé, plus tendre et plus philosophe peut-être. J'aurais été couvreur j'aurais sans doute été plus incapable de monter sur les toits, vieillerie oblige, mais s'assoir dans un fauteuil pour écouter et dire n'est pas un travail très physique. Alors je continue. Un vieux psy est peut-être aussi plus "savant" de la vie...
Bon, je ne vais pas vous bassiner davantage avec mes 55 ans. Mais à tous ceux dont c'est l'anniversaire aujourd'hui, je souhaite un joyeux anniversaire.

jeudi 2 février 2012

Pour faire -peut-être un peu- bouger les choses


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COMMUNIQUE DE PRESSE

« Manifeste pour une politique de santé en faveur des jeunes »

> Le 31 janvier 2012
> Depuis février 2011, la Société Française pour la Santé de l’Adolescent, la Fédération des Espaces Santé Jeunes, l’Association Nationale des Points Accueil-Ecoute Jeunes, l’Association Française de Promotion de la Santé Scolaire et Universitaire, l’Association Française de Pédiatrie Ambulatoire, la Commission Adolescent de la Société Française de Pédiatrie, la Société Française de Santé Publique et, se mobilisent afin que la santé des jeunes devienne une priorité pour les politiques publiques.
> En effet, malgré les avancées importantes dans ce domaine depuis 3 décennies, aujourd’hui les pouvoirs publics diminuent les ressources, la prévention demeure le parent pauvre et la prise en charge des adolescents et des jeunes adultes est morcelée.
> L’éparpillement des mesures ciblées vers des risques ou des populations particulières est à l’opposé du travail d’accompagnement global promu par les acteurs de terrain.
> C’est pourquoi, nos organisations ont décidé d’interpeller les responsables politiques sur les régressions alarmantes constatées dans le domaine de la santé des jeunes, et particulièrement ceux en grande fragilité physique, psychique et sociale.
> Aujourd’hui, c’est le message que les 1200 signataires de l’appel souhaitent faire entendre, leur volonté commune de défendre une politique de santé ambitieuse pour les jeunes, qui assure un continuum d’accueil et d’accompagnement, de la prévention aux soins, des milieux de vie des jeunes aux structures spécialisées.
> Le manifeste vous sera présenté lors d’une conférence de presse qui se tiendra le :

Jeudi 9 février à 10h à Hôtel de Ville de Paris
> Salle de Conférence, 5 rue de Lobau, Paris 4e

> Contact Presse : Christophe Alluis - christophe.alluis@fesj.org - 06 03 31 35 18 - 04 91 13 71 89

mardi 31 janvier 2012

SAS

Quand on va visiter quelqu'un en prison, il y a le sas. Le sas ? LES sas. Vous savez, ces endroits entre deux, ces endroits où vous n'êtes nulle part, sinon entre deux quelque part.
Premier sas : La salle d'attente. Je veux dire "la salle d'attente pour être en droit d'attendre". Tu es là, avec plein d'autres qui attendent. Faut pas arriver en retard. Surtout pas. Parce que si t'arrives en retard c'est trop tard. Alors t'arrives un quart d'heure en avance. Et tu attends.
Tu attends que les agents de la pénitentiaire arrivent. Et tu fais la queue. Pour présenter ta carte d'identité et t'entendre dire un chiffre, un numéro, celui de la petite pièce où tu vas rencontrer celui ou celle à qui tu viens rendre visite.
Ensuite tu passes dans le vrai sas, celui qui est fermé à double tour côté rue et liberté, et côté prison proprement dite. 20 ou 30 personnes dans un tout petit espace. On dit un nom. Si c'est le tien, tu y vas. Si c'est pas le tien tu attends qu'on dise le tien. Quand le nom est dit et que c'est le tien, tu enlèves tes blouson, sac, chaussure, ceinture et tu mets le tout dans une machine qui t'avale tout ça et qui te scanne le tout que si ça sonne tu peux pas passer le scanner à ton tour mais en général ça sonne pas alors tu passes et tu récupères de l'autre côté tout ce que tu as laissé dans la machine.
Et nous voilà tous très serrés de l'autre côté de la pièce, autre sas de compression. C'est alors que si tu en as tu déposes le sac de vêtements que tu amènes à celui que tu viens visiter. Et tu attends.
La porte s'ouvre, avec un doux bruit de déclenchement électrique. Et tu te retrouves dans une cour. 20 mètres à parcourir, parfois sous la pluie mais que 20 mètres quand même. Et tu attends. Quoi ? Que le gardien, enfin, l'agent de la pénitentiaire rejoigne le groupe. La porte s'ouvre sur le cinquième sas. Alors tu entres dans une petite pièce toute en longueur. Avec, dans un coin, protégé par de grosses vitres que je suppose blindées, un agent entouré de dizaines d'écrans et de dizaines de talkies que tu peux toi-même regarder les écrans avec vue sur "l'extérieur".
Et tu attends. Et tu entres finalement dans "la prison". Autre petite cour. En fait tu es dans le no man's land, dans le entre deux, entre l'enceinte extérieure et celle intérieure. Pour la première fois tu vois des barbelés, des barbelés très sophistiqués, comme des lames de rasoirs serties sur des fils de fer en rouleau. Tu aperçois au loin deux miradors. Tu te dis qu'en cas de connerie ils doivent pouvoir te descendre au moindre clignement d’œil. Et tu attends encore.
Et tu entres dans une autre salle. Deux tableaux naïfs au mur. Quelques rappels sur du papier défraichi. Du genre Ne pas apporter aux détenus de boissons alcoolisées, du genre que si quelqu'un veut t'aider et se réclame du "Chemin du bonheur" (non Joelle je sais que c'est pas toi) c'est l'église de scientologie qui cherche à te recruter, du genre qu'il ne faut pas cracher par terre et bien se laver les mains pour ne pas transmettre des maladies.... Du genre.
Et là tu as tout le temps de lire. Tu as tout le temps d'attendre. Parce que, à moins de faire partie du premier groupe de visiteurs, tu attends... Tu attends que les détenus visités avant celui que tu vas visiter soient fouillés, des fois que malgré les multiples sas ils aient pu recevoir de leur visiteur un quelque chose d'interdit. Alors pendant que tu attends, les visiteurs d'avant attendent aussi. De l'autre côté de la vitre qui nous sépare dans la même pièce.
Une fois que les détenus visités avant ont tous été fouillé ("au corps", comme on dit et que j'imagine à peine ce que c'est, même si je sais qu'ils doivent entièrement se déshabiller), leurs visiteurs se voient libérés... dans la même salle que les visiteurs dont tu fais partie. Hooo... pas en même temps. Il a fallu avant que les portes s'ouvrent vers nos visités à nous et que la porte vers le "patio" se referme. Le patio, c'est un petit jardin de... 20 mètres carrés, avec des arbres et des buissons et des cannettes de bière et des détritus que tu te demandes comment ils sont arrivés là... Le patio donc, est au centre d'un couloir d'une vingtaine de cabines où tu vas enfin pouvoir rencontrer celui que tu es venu visiter.
Là tu entres dans la cabine du numéro qu'on t'a donné lorsque tu as remis ta carte d'identité dans le premier sas, pardon, le deuxième. La première fois, lors de ta première visite, tu es tellement stressé que tu as oublié ton numéro mais bon, les agents sont là, aimables pour te le re-donner.
Et enfin, enfin après une demie-heure/ ¾ d'heure d'attente et de passage de porte et de passage et sas et d'angoisse si tu es claustro... tu rencontres enfin celui que tu es venu voir, celui que tu aimes, celui qui est là, enfermé.
9 mètres carrés. Une table. Trois chaises. La lumière extérieure venant du hublot de toit. Un peu de vie à travers des peintures, des dessins sur les murs et quelques graffitis d'enfant ou d'épouses désireuses de laisser une trace... et deux hublots, l'un donnant sur l'intérieur de la prison proprement dite, l'autre sur le "patio".
Et une demie-heure pour dire ta peine, la sienne, la vie, les regrets, l'affection, l'amour, les larmes, la colère, ... et bien d'autres choses encore qui te semblent ridicules une fois que tu es sorti de là.

Et le détenu ressort. Et tu attends. Et tu passes dans le patio. Et tu te retrouves dans la dernière salle, séparé de ceux qui vont à leur tout visiter leur amour, leur fils, leur papa, leur copain... et tu attends... Tu attends ce que tu sais seulement quand tu y es : Que chaque détenu ait été fouillé et "blanchi"... Alors seulement tu peux sortir dans la petite cour / no man's land avec les barbelés en forme de rasoir. Les uns rient, d'autres sont graves, baissent la tête ou regardent le ciel. Souvent gris le ciel, même si objectivement bleu. Les  enfants continuent à jouer. Ça fait sourire les adultes. Heureusement qu'ils sont là, les enfants !
Et tu te retrouves dans la petite cour. Tu ne sais pas qui est emprisonné là... Il y a des grilles, des visages aux fenêtres derrières les grilles. Des visages de jeunes garçons, ai-je pu constater souvent. Tu entres assez rapidement dans le dernier sas. On te rends ta carte d'identité, tu prends éventuellement le sac de vêtement à laver que ton détenu visité t'a laissé... et tu attends. Tu attends que chacun ait récupéré sa carte, ses vêtements, éventuellement les choses qu'il n'avait pas le droit d'amener dans l'enceinte de la prison et ... tu sors. L'air. L'air libre. La liberté.
Tu vas à nouveau dans le premier sas récupérer ce que tu as laissé dans les casiers (cigarettes, clefs de voiture, téléphone...) et zou... tu files... tu files rejoindre ta voiture en te disant que c'est un mauvais rêve. Tu viens de passer trois heures hors du temps pour une demie-heure avec celui que tu aimes... et tu reprends ta voiture. Tu regardes le soleil ou les nuages ou les arbres comme si tu les découvrais pour la première fois, tu t'allumes une clope en te disant que même si t'en allumes cinq d'un coup personne te dira rien, tu vas au Casto ou au Casino ou dans n'importe quel magasin du coin et tu achètes une connerie en prenant conscience que tu as le droit de le faire, tu vas t'acheter un sandwich parce que tu en as envie même si t'as pas faim... et en regardant le mur de la prison, tu te dis que tu ne supporterais pas d'y passer ne serait-ce qu'une semaine.
Et alors tu as envie de vivre. Et tu te dis que la vie, vaut mieux en prendre soin. Et tu te prends à penser que celui que tu viens de visiter est décidément un pauvre con. Et tu te prends même à penser que même ceux que tu aimes tu peux les traiter de cons. "Petit" peut-être mais con quand même ! Et tu te prends à penser que même si tu sais la nécessité de l'incarcération des hors-la-loi, quand elle concerne l'un de tes enfants, ça te fait mal...
Pour voir et parler avec mon garçon, je dois et il doit accepter que j'en passe matériellement 9, de sas ! Et 9 pour le retour ! Et vendredi dernier, comme pour la première fois, cela m'est apparu insupportable, insurmontable. Au point que je ne sache pas ce jour si je serai capable d'y aller à nouveau. Même si je sais je j'y retournerai. Parce que c'est mon fils et qu'il est certainement plus en souffrance que moi et que je suis son père, quoi qu'il ait fait.

Positivement (et je sais être positif même si paradoxalement je sais aussi être très pessimiste), je me dis que les sas (étrange ce mot ! Sas, sasse?, ressasser...) sont aussi des passages. Des couloirs, des passages encore, vers "autre chose", vers du mieux on peut l'espérer. Comme un quelque chose entre deux états... Le sas peut être une traversée du désert, comme on le dit pour les artistes, les politiques, les tout-un-chacun qui perdent pied à un moment de leur vie. Mais ce peut être une traversée du désert salutaire, de celle qui permettent la résurrection, la rencontre, le mieux, voire le bien...

vendredi 27 janvier 2012