"un petit mot sur mon blog"


"un petit mot sur mon blog"

Psyblog a posé son stylo le 5 juin dernier. Il est parti "ailleurs", pour une autre vie plus sereine et lumineuse.
Ce blog était pour lui une belle aventure d'écriture, de réflexion, d'émotion et de partage. Les commentaires de ses nombreux lecteurs en sont un témoignage chaleureux. Vos derniers mots tout particulièrement...
Continuez à le lire ou à le relire pour sa plus grande joie ailleurs...

dimanche 9 octobre 2011

Le conflit de loyauté


 Le conflit de loyauté peut se définir comme un conflit intra-psychique né de l'impossibilité de choisir entre deux situations possibles, ce choix concernant le plus souvent les sentiments ou ce que nous croyons en être, envers des personnes qui nous sont chères.


Le conflit de loyauté pourrait se définir ainsi : Si je choisis X, cela signifie que je rejette Y. Et inversement, si je choisis Y, cela signifie que je rejette X. Mais comme cela est insupportable, je ne peux choisir. Sinon au prix d'une éventuelle culpabilité ...
C'est une situation qui entraine le sujet dans un émoi névrotique, tel le chien de Pavlov, que l'on a conditionné à réagir à la vue d'un cercle, puis à la vue d'un rectangle, et auquel on propose un jour la vue d'un ovale : Cercle ou rectangle ? Le chien ne sait plus choisir ni même ce qu'il voit.

Le conflit de loyauté est un trouble majeur auquel se trouvent confrontés bon nombre d'enfants de parents séparés, qui doivent « jouer » entre le désir du père et celui de la mère, et non seulement entre les désirs, mais les obligations et interdictions diverses et parfois contradictoires de ceux-ci.

Exemple, avec des noms d'emprunt, bien entendu : Sylvia vient me voir parce qu'elle ne "va pas bien". Elle a 12 ans. Jusqu'à l'été dernier, elle vivait avec et chez sa mère. Le juge a décidé, sur requête du père, qu'elle vivrait maintenant chez son père et sa compagne. Outre le fait que la situation est difficile pour cette jeune fille, elle me fait part de sa difficulté à gérer ce que l'on peut appeler un « conflit de loyauté » :
Sylvia s'appelle Panier, nom d'état civil, nom de jeune fille de sa mère. Son père s'appelle Balai. Jusqu'à dernièrement, sur ses documents scolaires, cahiers, inscriptions à la danse, etc, elle était Sylvia Panier. Mais depuis qu'elle vit chez son père, celui-ci lui demande de se nommer Balai, Sylvia Balai. Ce que la mère refuse. Le papa a donc proposé Balai-Panier. Refus de la maman, qui, à chaque fois qu'elle voit ce nom sur un document (y compris cahiers d'école), le gomme, rature, voire déchire la page. Le papa a alors proposé Panier-Balai, espérant que la maman accepterait, son nom à elle étant en premier. Refus de la maman. Refus d'autant plus incompréhensible d'ailleurs que la maman s'appelle maintenant Brosse, du nom de l'homme qu'elle a épousé depuis. Le papa refuse que sa fille -ne- s'appelle -que- Panier.
Et Sylvia ne sait pas comment se sortir de cette imbroglio parental. Si elle choisit Panier, elle trahit son père. Si elle « choisit » Balai, elle trahit sa mère (du moins se représente-t-elle les choses comme cela !). Conflit de loyauté. Situation impossible.

Les parents séparés -qui parfois "jouent" leurs conflits au travers de leur enfant- placent parfois celui-ci dans ces situations impossibles : Interdiction de parler de maman quand on est chez papa. Interdiction de parler de ce qu'on fait chez papa quand on est chez maman. Interdiction de prononcer le prénom de l' «autre», interdiction de porter chez l'un la gourmette ou le tee-shirt offert par l'autre... Négation de l'autre, négation d'une part de la vie de l'enfant, dans l'interdiction qui lui est faite de mentionner l'autre parent. Comme si le faire était trahir...
Les conflits de loyauté sont destructeurs, véritablement destructeurs. Ils placent l'enfant au centre d'un enjeu parental de possession, de règlement de compte et dans une démarche qui, quoi que soit son choix, le conduit à insatisfaire, voire trahir l'un de ses parents. Avec toute la culpabilité qui s'en suit.
Le ou les parents utilisent là leur enfant comme une arme contre l'autre, en fait ou en font un objet de lutte contre l'autre, un objet tout court, ce qui ne va certainement pas dans le sens de la -bonne- construction de sa personne.
L'abandon de la revendication du père, dans le cas de Sylvia, serait sans doute une bonne chose (celui de la mère aussi !), mais son histoire (au père), sa notoriété (Je veux que ma fille soit partout reconnue comme la fille Balai ), son désir de vengeance ainsi que celui de possession... engendrent chez sa fille un désarroi immense... qu'il ne comprend pas, en tout cas pas encore ! En attendant, déjà fragilisée par la décision du juge, Sylvia s'enfonce dans un état dépressif malsain...

Ne pas plaire est une chose, trahir en est une autre...
Il en va de même pour tout un tas de choses banales et non dites... A chaque fois que l'enfant est placé (ou se place lui-même -c'est pour cela qu'il est important de mettre des mots sur les maux) dans un tel choix impossible, cela ravive ce genre de conflit intra-psychique. 
 
Les adultes sont eux aussi face à ces choix cornéliens, et en cette bientôt période de fêtes de fin d'année, bien des familles vont se retrouver face à ces conflits dits de loyauté : Allons-nous fêter Noël chez tes parents ou chez les miens ? Si l'on va chez tes parents, les tiens vont penser qu'on ne les aime pas, si on va chez les tiens, les miens ne vont pas être contents... ils vont penser qu'on les trahis... Jusqu'ici, ce n'est pas trop grave. Ce qui l'est , c'est de ne pas pouvoir se défaire de ce questionnement, c'est d'accepter d'être l'objet et l'enjeu d'autre chose qu'un simple repas de Noël, ce qui le serait, ce serait de rester tout seul ce soir-là... parce qu'on n'a pu dire oui ou non, parce qu'on n'a pas pu choisir...
La question est toujours la même... Si je dis à celui-ci que je l'aime, cela signifie-t-il que je n'aime pas celui-là ?
La petite fille qui met sa robe rouge et à qui sa mère demande Tu n'aimes donc pas ta robe bleue ? se trouve sensiblement dans le même tourment...  Si elle avait mis sa robe bleue, sa mère lui aurait demandé pourquoi elle ne mettait pas la rouge...  Ou comment satisfaire sa mère ?


A l'heure où j'écris cette note, je projette quelques éventuels conflits que l'on pourra sans doute qualifier "de loyauté" le jour où les enfants portant les noms de leurs deux parents devront choisir lequel des deux ils transmettront à leurs enfants le jour où ils en auront... Mais j'en reparlerai...

samedi 8 octobre 2011

Un psy qui parle

 

Je suis un psy qui parle !

Il y a des psys silencieux et des psys parlants. Il y a des psys « bureau » et des psys « salon », il y a des psys souriants, et des psys pas souriants, du moins, plus neutres, il y a des psys bourrés de connaissance, mais incapable de s'assoir par terre avec un môme...
 
Moi, je suis un « psy qui parle ».

Parfois, des clients, des ados surtout, me le font remarquer. Vous au moins vous n'êtes pas comme l' « autre »... (il faut quelquefois en essayer plusieurs, de psys,  pour trouver celui avec qui on est à l'aise). J'aime bien parce que vous parlez...

Je suis un psy qui parle.
Tout d'abord parce que je suis bien trop bavard pour me taire, trop révolté parfois aussi, trop impatient peut-être de vouloir que les gens vivent mieux. Oh, je sais me taire, aussi. Je sais que c'est -aussi- en laissant l'autre réfléchir tout seul que les choses avancent. Mais lorsque le silence devient trop angoissant, il n'est pas productif.

Je suis un psy « salon », c'est à dire que je ne reçois pas derrière un bureau, mais dans une sorte de petit salon. Table basse, fauteuils confortables, lumière douce, étagère pleine de livres, caisse à jouets, dessins d'enfants au mur et tout et tout... Parfois les patients sont étonnés C'est là ? demandent-ils. En fait, je fais ce qu'il faut pour qu'ils soient déjà à l'aise lorsqu'ils entrent la première fois...

Je suis un psy souriant, j'essaie d'être accueillant (c'est déjà assez difficile comme ça de pousser la porte d'un psy !), et avec les enfants, de me mettre à leur portée, au moins déjà physiquement. Je crois que c'est une des premières choses dont j'ai pris conscience en fac : Ne pas parler ni écouter un enfant du haut de ma position d'adulte. S'accroupir, s'assoir par terre s'il le faut, bref, être avec lui, vraiment...

Quand je serai en retraite, je ferai peut-être le tour des psys... Je ferais bien un catalogue de cabinets de psy (s'il en a qui me lisent, vous pouvez commencer à m'adresser des photos !)... Comment les psys agencent-ils leur cabinet, salle d'attente, bureau de consultation... Hummm, j'ai encore quelques années pour réfléchir à tout ça...

Se ressourcer

 Comment font les psys pour se ressoucer ?


    J'allais répondre Je ne sais pas. Et pourtant !

    Il y a l'approche "technique".
    Savoir, et en être convaincu, que l'histoire de l'autre n'est pas la mienne. Ses doutes, ses conflits, sa problématique, ses histoires d'amour et de désamour, en un mot, sa vie n'est pas la mienne.
    Cela permet tout d'abord de prendre du recul, de ne pas s'engluer dans l'histoire de l'autre.  Cela permet d'être à l'écoute sans que l'histoire de l'autre se télescope avec la mienne.
     Je rapprocherai volontiers cette attitude de ce que Freud a appelé "le contre-transfert". Ou comment maitriser ce que je ressens, moi, face à l'autre. Pleurer avec quelqu'un qui souffre peut être aidant si l'on est un ami. pas si l'on est un psy. Le psy est là pour aider, pas pour aimer.

    Oh ! Ce n'est pas si simple ! J'avoue sans aucune honte que parfois cette technique et cette conviction  ne sont pas suffisantes. Et qu'il m'est arrivé dans ma carrière de fuir, d'être à ce point transpercé par l'histoire de l'autre que je ne pouvais plus, dans le moment, être psy. Lorsque Sandra est morte (autre note), j'ai annulé tous mes rendez-vous, et j'ai pleuré. Lorsque un homme m'a un jour agressé dans mon cabinet, je me suis mis en colère. Et j'ai pleuré. De rage, de colère. D'impuissance, aussi. Lorsque la petite F., 3 ans, m'a confié, en d'autres mots, qu'elle avait été violée par son père, ma gorge s'est fortement serrée, et j'ai eu de la haine pour cet homme.
    Parfois, le soir, je repense à mes "clients" et à leurs souffrances, mais j'ai appris à ne pas m'en laisser envahir. Apprentissage et expérience !
    La première façon de se ressourcer est celle-là : Ne pas se laisser envahir.

    La seconde, elle, est plus ... empirique.
    Me ressourcer, c'est rentrer chez moi le soir auprès de celle que j'aime et qui m'aime. C'est de m'assoir devant la télé et regarder "le maillon faible" ou un bon polar. C'est "ne rien faire" (ça je ne sais pas vraiment faire), c'est fouiner dans les trocantes et autres vide-greniers, c'est bricoler. Eh ! pas que du bricolage du dimanche, non, non, mais du vrai... Carrelage (je ne sais pas pourquoi, j'adore le carrelage), soudure, rénovation de la salle de bain, percement de fenêtres, installation électrique....   Ça me vide la tête. Faire quelque chose de mes mains !
    Me ressourcer, c'est partir, prendre la voiture et la petite caravane et partir. Jamais très loin, mais découvrir d'autres paysages, d'autres villes, d'autres vies...
    Me ressourcer, c'est jardiner (je suis en train de me découvrir une passion pour le potager).

    Me ressourcer, c'est VIVRE. Si la psychologie est une grande partie de ma vie, ce n'est pas TOUTE ma vie. C'est mon métier et seulement mon métier. Celui qui me permet de me sentir utile sur cette terre et de gagner ma vie. Mais ce n'est pas Ma vie.

    Et puis le psy que je suis va parfois voir son psy !
    Les collègues aussi sont importants dans les échanges que nous pouvons avoir...

    La technique, et l'expérience, et une vie affective et sociale correcte et paisible, sont autant d'éléments qui permettent au psy, et à tous ceux dont le métier est l'écoute des autres et l'aide aux autres, de pouvoir le faire plus... paisiblement.





A propos,Christophe André  a écrit un livre à ce sujet. "Secrets de psy", ça s'appelle... Allez-y, ça vaut le détour.

Je suis pressée





   
Je suis pressée, me dit-elle la première fois qu'elle vient. Je ne veux pas d'une analyse trop longue. Deux-trois mois maxi. Je l'appelle  madame R.
   
On vous l'amène pour qu'ils ne recommence pas, me disent les parents dont l'ado a fait une grosse connerie.
   
Ça ne marche pas à l'école ; il embête tout le temps sa petite soeur;  il n'a plus envie d'aller à l'école;  il fait pipi au lit ; il  a l'air triste ;  mon mari me bat ;  je suis timide ;  j'ai peur des femmes ; je me mets tout le temps en colère.....

    Le cabinet d'un psy ressemble parfois à une cour des miracles... et "ils" en attendent, des miracles!

    Car, en plus du
Aidez-moi, somme toute tout à fait conventionnel -on ne va pas voir un psy quand on va bien- , il y a ce Et faites-le vite, Changez-moi tout ça.
    C'est comme s'ils disaient
Changez-moi les piles ; Ouvrez-moi la tête pour en retirer ce qui me fait souffrir.

    Le psy ne change pas les gens, le psy n'est pas un chirurgien capable d'ouvrir la boîte crânienne pour en retirer une tumeur, le psy n'est pas un magicien, ni un dictateur au pouvoir tout puissant.
    Oh que oui que ça serait pratique ! Pipi au lit ? Hop, trois séances, une pour identifier le problème, une pour opérer, la dernière pour voir si tout va bien. Problème de couple ? Deux séances seulement : Une pour s'engueuler et se jeter à la figure tout ce qu'on ne s'est pas dit, et une autre pour se réconcilier -ou se séparer, c'est selon. Fils agressif ? Une seule devrait suffire monsieur, vous lui foutez une bonne trempe et on n'en parle plus.

    Mais non, ça ne fonctionne pas comme ça. Les problèmes psychiques sont bien plus difficiles à régler qu'un panaris sur l'index gauche.

    Accepter l'idée d'avoir un "problème".
    Accepter l'idée qu'on ne peut le solutionner seul.
    Accepter l'idée d'aller, donc, en parler, Oh ! Pas à un ami, mais à quelqu'un dont c'est le métier.

    Et en parler, et, avec l'aide du psy, tenter -et je dis bien tenter- de trouver des explications, des réponses, des bouts de réponses, accepter parfois de ne pas en trouver, accepter sa propre impuissance, accepter parfois que la quête est vaine (comment savoir si l'on a été désiré par ses parents ? Peut-on
vraiment savoir ?)
   
    Le travail thérapeutique est parfois long. Et c'est un travail difficile, souvent douloureux, mais qui mène le plus souvent à la liberté. Du moins est-il fait pour cela.
     Ah ! Encore un petit mot : Madame R vient me voir chaque semaine depuis 5 ans, elle va beaucoup mieux, elle va presque bien. Et elle a appris la patience !

jeudi 6 octobre 2011

La main sur la poignée


    Les ados ne consultent pas beaucoup les psys. A leur décharge, ce n'est pas facile pour eux... Pas d'indépendance financière, parfois pas le courage ou la simplicité de dire à leurs parents qu'ils "aimeraient parler à quelqu'un"... Non, non, ce n'est pas facile pour les ados...

    Souvent, l'ado vient, tiré, poussé, voire même menacé par ses parents. Alors il s'assoit dans le fauteuil, silencieux, parfois la casquette vissée sur la tête, le col du sweet ou de l'anorak remonté jusqu'au nez, l'air bougon (pas que l'air), et bien décidé à ne rien dire. "
C'est ma mère qu'a voulu que je vienne, moi, j'ai rien à dire"...

Alors je prends acte... et lui dis que peut-être il n'a rien à me dire, mais que moi j'ai des choses à lui dire... Ah, je deviens plus sympa... Le psy il va pas m'obliger à parler...
Nous parlons (parfois je parle seul), un peu, et, à demi-mots, voire à quart-mots ou à millième de mots, il y a toujours un moment où il me dit que oui, il a envie que ça change... Oh la la, c'est pas si clairement dit... C'est souvent sur le mode
Ouais, si vous voulez...

    Et là, parfois, devant le manque -évident- d'entrain, je lui propose le contrat suivant :
Je te demande cinq minutes, rien que cinq minutes. Au bout de cinq minutes, tu pourras t'en aller, ou rester. Si tu t'en vas, je te remercierai seulement d'être resté cinq minutes. Et je pose le réveil sur la table, face à lui. (J'en ai un autre, face à moi).

    Parfois, c'est cinq minutes de silence ou de murmures forcés.
    Et, au bout de cinq minutes, je lui dis qu'il a rempli son contrat, que s'il le désire, maintenant, il peut s'en aller.
   
JAMAIS, je dis bien JAMAIS, un ado n'a quitté mon cabinet à ce moment-là.
    Oh ! Il y en a qui se sont levés, qui,
la main sur la poignée, m'ont demandé s'ils pouvaient vraiment s'en aller... Tu te rappelles des termes du contrat ? Ben, ouais... Alors tu es libre... tu pars ou tu restes...
    Et là, ils se rassoient, et le plus souvent, rassurés sur leur liberté de partir et ma capacité à les laisser partir.... ils consentent parfois à ouvrir la bouche...

    Sans doute les ados sont-ils sensibles à la liberté qu'on leur offre... si elle est vraie, si les termes du contrat sont clairs, en clair, si on ne se fichent pas d'eux... Les ados cherchent des adultes clairs, sincères et francs avec eux. C'est à ce "prix" qu'ils peuvent être vrais et sincères, avec les adultes, et, plus précieux encore, être sincères avec eux-même...

mercredi 5 octobre 2011

3 moments difficiles


Il y a trois moments difficiles dans une thérapie... enfin, peut-être trois moments plus difficiles que les autres... plus délicats à négocier.

    Le premier, c'est lorsqu'on téléphone ou qu'on se rend pour la première fois chez son psy   
    Hou ! Dur, ce moment-là... Tellement difficile que souvent on ne le fait pas. Ou qu'on remet à plus tard. Lors de sa première consultation, il n'est pas rare que la personne me dise Oh, ça fait longtemps que je pense venir vous voir / (?) / Au moins un an !.. Parfois deux, voire trois ! Mais c'est tellement difficile qu'ils remettent à plus tard.
    Les gens attendent d'avoir vraiment mal pour consulter. Ils attendent d'être si mal que parfois c'est tard. Pas « trop tard », mais tard.
Le couple a laissé la situation s’aggraver, les parents ont cru que leur enfant allait s'en sortir seul, la femme a cru que son mari s'arrêterait un jour de boire et de lui taper dessus, comme ça, par enchantement... 
    Alors ils attendent....   mais ils viennent. (Je ne rencontre que des gens qui viennent me voir).
    Et je leur dis, à la fin de la première consultation, qu'ils ont fait déjà 50% du travail. Parce que c'est vrai.


    Le deuxième moment difficile, dans une thérapie, c'est celui où la personne sent qu'elle ne peut plus échapper à sa vérité.
    On est fort pour « tourner autour du pot » ! Certains tournent pendant des mois. Comme ce jeune homme qui vient me voir un jour  parce que je suis pas bien dans ma peau... Pendant six mois, chaque semaine, il me parle de ses difficultés à être avec les autres, à se trouver sa place, pendant six mois il se cherche (ou il me cherche ?), pendant six mois il se plaint, il accuse les autres. Et puis un jour, dans un flot de larmes et de colère, il me dit Voilà, je suis homosexuel.
    Voilà, c'était dit. Nous étions deux, lui et moi, à savoir. C'était je crois ce qu'il voulait me dire la première fois, mais il a fallu six mois pour le faire.
    C'est juste avant cette deuxième épreuve, juste avant ce deuxième moment difficile, que beaucoup arrêtent leur thérapie. Comme si (mais c'est vraiment) c'était trop dur. Trop dur de se regarder en face, et d'accepter le regard de l'autre, représenté par le psy que je suis.

    Le troisième et dernier moment difficile dans une thérapie, c'est lorsqu'il faut dire Au revoir à son psy pour la dernière fois.
     Rencontrer un psy, c'est construire une relation particulière avec lui. Il n'est pas toujours facile d'abandonner cette étrange habitude du rendez-vous chaque mardi à 15 heures... Et certains retardent ce moment-là du dernier rendez-vous. Vais-je pouvoir vivre sans lui? Vais-je pouvoir vivre sans cette sécurité-là de pouvoir dire quand ça ne va pas? Et si je n'étais pas allé au fond des choses? Et si, et si...
    C'est pourquoi je dis toujours à mes patients, la dernière fois, sans espérer qu'ils aient encore besoin de moi, que je reste à leur disposition, et que si dans trois semaines, trois mois ou trois ans, ils ont besoin de me revoir, ils savent où me trouver.

jeudi 29 septembre 2011

Ami à toutes les sauces



Le mot "AMI" a-t-il encore un sens ?
Nous avons des "amis" sur F*B... certains par centaines-voire par milliers. Telle ou telle amie nous présente son "amie)". Il nous parle de son "ami(e) par téléphone...
Le mot-même est équivoque, se prononçant au masculin de la même manière qu'au féminin. D'autant plus équivoque d'ailleurs que phonétiquement il s'agit de l'emploi du "mon" devant tout ami ou amie.
Une jeune femme un jour prend un rendez-vous par téléphone pour elle et son ami (enfin, j'entends "son ami" au masculin, comme "son compagnon")... Se présentent deux femmes à la consultation... Amie amie ? Ou amie amour ? Amie amie ou amie compagne ? Rhaaa ! Le mot est mal adapté. Au moins auparavant disait-on petit ami ou petite amie... encore que phonétiquement ce soit la même chose.
Si l'on prend la définition la plus simple du dictionnaire, est "ami(e) celui ou celle avec qui on est lié d'amitié." Ce qui d'emblée exclu, du moins dans le sens commun, toute relation sexuelle (non, me faites pas plus prude que je ne suis)... Mais alors ton amie, là... euh, c'est une amie ou "ton" amie ? Une amie ou ta petite amie ? Je commence à comprendre ma mère, qui semblait parfois un peu perdue avec ce mot.
Alors on emploie des qualificatifs, des pronoms, des articles différents. Ce n'est plus le mot-nom qui a de l'importance, c'est ce qui l'accompagne. Une amie n'a pas le même sens que Mon amie. "Petite" amie n'est pas "grande" (au demeurant l'intimité est plus forte -enfin, si l'on considère la relation sexuelle et amoureuse comme étant plus intime que la relation amicale- avec une petite amie qu'avec une grande, étonnant non ?). On accommode, on adjuve -oui, je sais, le mot m'était inconnu il y a encore deux minutes. Adjuver : mettre des adjuvants-, on ajoute, on tempère, renforce, en fait on décore le mot "ami" pour lui donner du sens. Oui, je sais, la langue est ainsi faite : Une "bonne femme" est en général moins appréciable qu'une femme tout court ; quant à la "femme bonne", je n'en parlerai même pas.
Fut un temps où l'ami était quelque chose , enfin, pas une chose mais "quelque chose", quelque chose d'important. L'amitié était en elle-même reconnue comme un lien important. La "sagesse" populaire disait d'ailleurs que les amis se comptaient sur les doigts d'une main. Les copains, oui, existaient par dizaines, mais les amis, non. Le galvaudage du mot a semble-t-il amené un galvaudage du lien, du moins de ce que l'on en entend.
Quand j'y réfléchis un peu, le fait que ma femme, mon fils, ma belle-fille, mon neveu, ma collègue de travail, ma voisine, une vague connaissance d'antan, la directrice de l'école Machin-chose sont tou(te)s mes ami(e)s sur F*B, ça me dérange. Oui, je sais, on peut les mettre dans des catégories, mais quand même. Tous mes amis ! Dans le même sac ou presque.

Bon ! L'amie de cette jeune femme était-elle son amie (sa petite amie ?) ou UNE amie ? A supposer même qu'elles soient au moins amies véritables dans la vie (sont fortes, les jeunes filles nouvellement lycéennes, pour venir voir un psy avec une amie/très bonne copine qui va les aider à franchir le seuil du cabinet)... La consultation "démarre" sur l'exposition des "problèmes" qui l'amènent, d'ordre affectifs et sexuels. Jusque là, pas de problème pour moi, sauf que je me demande bien qui est cette "amie" présente à l'entretien, quel est le lien qui la lie à cette jeune femme qu'elle accompagne... Elle me raconte ses difficultés à rencontrer quelqu'un, et ses difficultés à se laisser aller à la rencontre sexuelle... Et elle me parle de son ami(e?), son ami(e?) et encore son ami(e?). Je me dis, non, je ne me dis rien, je suis toujours en questionnement... jusqu'au moment où, n'y tenant plus, je pose la question qui tue (enfin, qui aurait pu la tuer) à son "amie".... (Ne rien supposer, ni dans un sens ni dans l'autre...) Qu'est-ce que vous pensez de ce que dit votre amie ? / Heu... -Bon, en substance, hein parce que je ne prenais pas de notes- Ben on se connait depuis longtemps et je sais bien que c'est pas facile pour elle. Suis pas tellement avancé. Attendez, pour que ce soit clair pour moi (Rien en effet ne m'avait mis sur la piste depuis dix minutes, hétéro ou homosexuelle ? Et si homo, cette accompagnatrice était-elle l'élue ?), Et vous êtes qui, par rapport à mademoiselle ? / Ben, c'est mon amie. Toujours pas plus avancé, moi. Votre amie, votre amie, soit, mais encore.... / Ben, on vit ensemble, quoi ! Enfin ! Enfin ça commençait à être un peu plus clair. Et cependant... Pas encore assez à mon goût... Bon, dites-moi clairement les choses, vous vivez une relation amoureuse, toutes les deux, c'est bien ça ? / Ben oui, mais pas ensemble, me répond la première jeune femme. (Rhaaaaa ! C'est vrai qu'à ne pas poser de questions claires, on risque de ne pas avoir de réponses claires.) En fait on vit ensemble, comme colocataires, et Aude est amoureuse de Rémi, et moi de Kevin, mais on vit pas avec eux parce que ils sont étudiants à B. Ok, c'était clair. Même si je me suis demandé quelle question j'aurais (je me serais) posé par la suite si leur "petit ami" respectif s'était prénommé Dominique et Camille.

Bordel ! On ne pourrait pas employer les mots justes pour qualifier l'autre et la relation qu'on a avec lui / elle ? Petite amie est plus importante que Grande amie, ami qualifie autant le vrai ami que la vague connaissance d'un mec qu'on n'a vu que trois fois mais qui a repéré votre nom sur F*B avec qui l'on a quelque affinité, avec qui ça fait bien, beau, ou parce que ça fait "bien" d'avoir des amis à ne plus savoir où les mettre... Les mots ont un sens, non de non... Et s'ils le perdent, ne nous étonnons pas de mal nous comprendre...
Alors vous allez me dire, il y a des degrés dans l'amitié. Soit. Mais quand même ! Que la langue française, si riche, en soit réduite à qualifier un tas de gens avec lesquels on entretient tant de relations affectives différentes... du même mot, me dérange un peu... Rhaaa ! Peut-être sont-ce les prémices du début du commencement de la vieillesse qui me guettent ainsi ?
"Ami(e)", petit(e) ou grand(e), qu'il soit un(e) ou "mon", recouvre tellement de réalités différentes que moi personnellement je m'y perds. Ceci dit, ça permet de (me) poser des questions, et au fond, de se parler et de vivre. 

 

Lacher la selle


mardi 27 septembre 2011

Et je recommence...

Venant d'une autre plate forme de blog, je cherche je me cherche et je cherche encore une plate-forme qui me convienne. Le blog de Coumarine m'a donné envie. Dans ce qu'il laisse penser comme liens et fonctionnalités possibles.


Alors je teste ici. Avec le projet, si les fonctionnalités de cette plate-forme me conviennent, de rapatrier ici les quelques 713 notes, 9569 commentaires, 546 081 pages vues et les 322 295 visites qu'il contenait.

Mon projet est de rapatrier ici mes anciennes notes (enfin, la plupart de mes anciennes notes, surtout celles "pro", en mettant quelque peu de côté les "personnelles"), et parallèlement d'alimenter ce blog-ci en nouvelles notes, que bien entendu je n'arrêterai pas d'écrire.  

Merci de m’accueillir ici...