"un petit mot sur mon blog"


"un petit mot sur mon blog"

Psyblog a posé son stylo le 5 juin dernier. Il est parti "ailleurs", pour une autre vie plus sereine et lumineuse.
Ce blog était pour lui une belle aventure d'écriture, de réflexion, d'émotion et de partage. Les commentaires de ses nombreux lecteurs en sont un témoignage chaleureux. Vos derniers mots tout particulièrement...
Continuez à le lire ou à le relire pour sa plus grande joie ailleurs...

samedi 10 mars 2012

Renoncer à tout savoir...



... de l'autre !

C'est sans doute l'un des paris les plus difficiles dans la vie de couple.

Lorsqu'on se rencontre, lorsqu'on s'aime, lorsque que l'on se rend compte que l'on aime l'autre et qu'il vous aime, l'une des affirmations qui viennent est On se dira tout. Ok, c'est une belle intention et une intention louable. Et cependant une affirmation euh! dangereuse ou pour le moins illusoire.
Se dire "tout" ! Oui oui, tout se dire...

Imaginez un peu. Tout se dire. Ses intentions, ses craintes, ses désirs, son vécu antérieur, son vécu désiré, ses peurs, sa vie aussi intérieure avec ce qu'elle comporte de secrets y compris pour soi-même ! Belle idée mais est-ce si réalisable ?

La vie de couple, comme la vie "pas de couple", est faite de désirs et de craintes intra-psychiques plus ou moins secrètes, y compris à l'égard de la vie de couple elle-même et de la vie tout court. Nous ne sommes, ni les uns ni les autres, totalement secrets ni transparents. Et les combats internes que nous menons sont parfois bien éloignés de cet autre qui partage notre vie et que nous ne voulons / pouvons polluer. Mon combat actuel pour m'arrêter de fumer est un combat interne à moi, et quoique puisse en penser et en espérer et en craindre mon épouse, il n'est qu'à moi, ce combat-là et elle n'y peut pas grand chose.

Si la vie de couple demande a priori une certaine transparence, elle peut -doit ?-sans doute se satisfaire de cachoteries et diversions certaines. Ainsi reçois-je en consultations des hommes -et des femmes- en proie à des sentiments amoureux extérieurs à leur couple et malheureux ou du moins questionnants à l'égard de ces sentiments. Qu'en serait-il si l'individu en faisait part à sa / son compagne / compagnon ? Ce serait évidemment le clash voire la séparation. Réfléchir à ce qui lui arrive ainsi est sans doute un gage d'amour mais aussi une protection de la relation amoureuse elle-même.

L'un et l'autre, dans un couple, sont liés par un certain nombre de "choses", c'est ainsi et on peut supposer avec bonheur qu'ils l'ont choisi, d'être ainsi liés. Mais lié veut-il dire "dire tout" ?
Ok, entre tout dire et cacher, entre cacher et mentir, entre ne pas dire et avoir peur de dire, il y a des nuances. Mais je crois fermement que la vie d'un couple doit se satisfaire de ne pas "tout" dire.

Les couples qui ont réglé la question du "tout dire" par le bon bout sont sans doute ceux qui ont le plus de chance de durer, tant le "tout dire" impose une dépendance à une règle qui devient vite insupportable. Qu'en sait l'un des tourments de l'autre ? Qu'en sait-il de ses tourments pour faire face à une addiction (alcool, clope, séduction....) par exemple ? Je reçois des couples qui s'enfoncent dans l’incompréhension au seul motif -ou presque- que l'un des partenaires pense que l'autre ne fait rien pour se sortir de sa situation et même qu'il pense que l'autre s'y complait. Échec assuré !

Les couples qui ont réglé cette histoire du "tout dire", disais-je, ont sans doute davantage de chances de durer. Il s'agit de respecter a minima l'intégrité psychique de l'autre, et de ne pas prendre "contre soi" ce qui n'est qu'à l'autre et seulement à lui. L'illusion est de penser que parce que couple il y a il doit y avoir échange permanent et transparence permanente... Alors que le respect de la vie de l'autre est bien le respect de sa vie aussi intérieure. Avec les questionnements qui s'en suivent, les peurs les craintes les certitudes ... mais le respect et la conscience que l'autre est justement un "autre" et un "en-dehors de soi".

19 commentaires:

  1. Je termine à l'instant "la danse du couple", ce que tu écris m'aide à compléter toutes mes "recherches" sur le couple (pour mes cours mais aussi pour ma curiosité perso) Merci donc !

    RépondreSupprimer
  2. psyblog à Cécile10 mars 2012 à 17:42

    La danse du couple... Quelle belle image !

    RépondreSupprimer
  3. Belle réflexion !Construire un couple dure toute une vie, tout savoir est une autre histoire. Garder un peu de mystère sauvegarde sans doute la magie de l'amour ;))
    bisous Psyblog, Béa

    RépondreSupprimer
  4. Dans un autre lieu, il me semble que c'est toi qui avais abordé ce sujet sous la forme de 2 personnes représentées chacune par une bulle : soit les bulles se fondent l'une dans l'autre, soit elles sont côte à côte en se touchant sans s'interpénétrer, soit elles s'interpénètrent mais pas complètement. Les bulles fusionnées ne regardent pas le monde alentour (risque d'étouffement du couple), celles qui ne font que se toucher ne partagent pas grand-chose, celles qui ont une part en commun et une part individuelle représentent les couples équilibrés où chacun s'épanouit à la fois avec et sans l'autre, ce qui donne un équilibre et une harmonie de vie.
    Quant à TOUT dire à l'autre, euh... non : quand on a fait un écart, se décharger de son erreur sur l'autre, c'est un peu l'utiliser comme une poubelle !
    A bientôt. Son'di

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Oui Son'di... dans un autre lieu j'avais déjà abordé cette question sous la forme "Etre tout pour l'autre"...
      Mais tu m'intrigues... Te revoilà là sous ce pseudo et je ne parviens pas à te re-situer... Tu viens de psycho.com ?

      Ceci dit, tu mets le doigt sur un truc important : Dire à l'autre en tant que décharge de responsabilité ou même de culpabilité est souvent voué à l'échec... Ce n'est pas l'autre ou le couple que l'on protège ainsi, c'est seulement une tentative de se protéger.

      Supprimer
  5. Ah ! Comme ce texte me plaît beaucoup…
    Je suis tout à fait en adéquation avec toi.
    Ma compagne et moi formons un couple au long cours…( + de 40 ans ensemble) Je pense que nous avons traité cette question de la bonne manière.
    La transparence n'est pas une vertu…
    Le « tout dire » ne peut que rendre le couple invivable.
    J'applique une petite règle assez simple : je ne dis que ce qu'il me semble que l'autre est capable d'entendre, voir de supporter. Et je pense souvent à une parole qui me fut dite par quelqu'un d'important pour moi : « dites tout avec amour… »
    l'autre n'est pas le déversoir de tout ce qui peut être en moi ou du tout ce que je peux vivre, ou que je n'arrive pas à supporter ou résoudre.
    Sur l'autre versant : je ne me suis jamais ressenti le désir du « tout savoir ». je ne suis pas intrus ou fouineur. J'ai confiance que l'autre me dira ce qu'il semble bon de me dire.

    et quoi qu'il en soit… Ce n'est pas le dialogue qui manque, ni les sujets d'échanges…

    RépondreSupprimer
  6. Je n'aurais pas dû vouloir tout savoir de lui... il n'aurait pas dû vouloir tout savoir de moi... et surtout, surtout, il n'aurait pas dû tout me dire de lui.
    J'étais sa femme, pas son copain de régiment.

    RépondreSupprimer
  7. Oui, la danse du couple, c'est une belle image, elle n'est pas de moi, c'est un super livre que je viens de terminer : http://www.psychologies.com/Therapies/Toutes-les-therapies/Therapies-de-couple/Livres/La-Danse-du-couple

    RépondreSupprimer
  8. C'est vrai que c'est joli la danse du couple ! Je suis une dancing queen hé hé

    RépondreSupprimer
  9. Je crois qu'on peut tout demander, mais que l'autre n'est pas obligé de répondre.

    Il faut respecter que l'autre ne souhaite pas répondre, car il n'est pas sûr lui-même de sa propre réponse par exemple. Respecter le droit de dire non, que ce soit à une question ou une demande de faire des trucs sexuels ;-)

    Le non a été banni de notre éducation, on "inculque" aux enfants des tas de bons principes, on leur demande d'obéir pour les protéger. Mais en faisant cela on reproduit un schéma d'esclavage.

    Le couple repose souvent sur une attirance hérité de la relation plus où moins satisfaisante aux parents (théorie de l'imago de Harville Hendrix). Alors il est naturel que le "non" interdit pèse lourd dans le couple. Beaucoup de couples fonctionnent de manière surprenante simplement parce que les deux personnes ont des problèmes compatibles, les mêmes névroses, les mêmes blessures qui font instinctivement éviter le sujet aux deux (je pense à l'orgasme, au droit de dire non).

    Ce qui blesse, c'est de juger l'autre, avec ou sans questions, juger qu'il n'a pas le droit de dire "non" à une question par exemple.
    Car après un jugement, il n'y a plus rien.

    RépondreSupprimer
  10. Peut-être que si l'autre me disait TOUT, je ne pourrais pas le supporter?;-))

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Aussi !
      D'où "l'intérêt" sans doute de ne pas demander à l'autre de tout nous dire, intérêt symétrique au notre et à l'autre de ne pas tout savoir.
      Et comme le dit Stéphanie dans son commentaire, le "tout dire" est une illusion fusionnelle.

      Imaginons d'ailleurs un instant ce que serait la vie si le "tout dire " était la règle. La vie serait proprement impossible...

      Ceci dit, bien des couples savent bien que chacun ne pourrait supporter le tout dire de l'autre, et pourtant, illusion fusionnelle encore, ils courent après ce tout-dire-là, comme si "cacher" ou simplement ne pas tout dire devenait comme une preuve ou du moins un témoignage de non-amour !

      Supprimer
  11. Tout se dire . La transparence . C'est l'illusion fusionnelle . Donc c'est fatalement déstiné à devenir catastrophique . De toutes façons c'est impossible même si "on" voulait le faire parcequ'il est impossible de tout mettre en mots et de tout verbaliser . C'est un fantasme fusionnel , rien de plus ...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. C'est bien ce que je dis, Stéphanie....

      Supprimer
    2. Oui , j'y vois aussi la trace de ces discours parentaux qui exigent de leurs enfants LA VERITE , ces parents qui veulent tout savoir de leurs enfants et qui veulent leur interdire le mensonge ... Mais , le mensonge est indispensable à la préservation de la vie intime des enfants comme des adultes . Bien sûr le mot "mensonge" peut être moralement choquant mais là encore il y a la trace d'une toute-puissance parentale devenue Dieu tout-puissant grand connaisseur des âmes et grand sondeur des coeurs ... Il y a dans la volonté , le fantasme de transparence poussé à l'extréme quelque chose de paranoïaque qui ne peut que suciter la suspition et la jalousie pathologique .

      Supprimer
    3. J'aime bien ta comparaison avec les parents tout puissants, Stéphanie, c'est tout à fait ça !
      Pour ma part le "tout dire" évoque souvent le passé amoureux ! Plus on vieillit plus on a un passé, et beaucoup de couples estiment indispensable de tout raconter de leurs anciens couples. Pour ma part je n'ai aucune envie de parler de mon ex-mari, c'est loin, c'est cicatrisé. Je n'ai pas envie de me replonger dans le passé. Je n'en dirai ni de bien, ni de mal. Bien sûr on ne cache pas le passé, mais on n'a pas besoin de détailler !
      Je constate souvent une curiosité doublée d'une jalousie morbide du passé !
      Ce qui compte c'est la personne que nous sommes devenus aujourd'hui. Et un peu de mystère ne fait pas de mal !

      Supprimer
  12. De toute façon quand on me parle il paraît que je comprends rien ou que j'entends de travers, ce qui alimente la conversation.

    RépondreSupprimer
  13. Je vois que l'idée de ne pas tout dire fait consensus parmi vous !
    Peut être suis-je encore trop jeune mais je viens de rompre avec quelqu'un précisément parce que je voulais savoir. Il me cachait des choses parce qu'il savait que la vérité me ferait souffrir. Dans son cas c'était des questions d'addiction au cannabis et à l'alcool et je ne comprends pas comment accepter de ne pas voir son addiction aurait été bénéfique pour notre relation.

    Ensuite vous semblez tous dire que la fidélité est un concept dépassé et qu'il ne faut surtout pas avouer à l'autre pour se décharger de sa culpabilité. Il y a une différence entre éprouver de l'attirance pour une autre personne pendant dix minutes (auquel cas inutile de le dire effectivement) et activement désirer quelqu'un d'autre. D'ailleurs à ce compte là pourquoi refréner cette attirance? Autant être un couple libre?

    Faire confiance à l'autre c'est savoir qu'il ne fera rien qui puisse vous faire du mal. Dans ces conditions il est inutile de tout dire effectivement (ce serait une perte de temps sans le moindre intérêt). Mais si j'épargne la souffrance à l'autre en évitant de lui dire que je l'ai trahi, je ne vois plus aucun sens à la relation.

    Pouvez-vous préciser votre pensée au regard de mes remarques?

    RépondreSupprimer
  14. C'est effectivement toute la question : le couple forme t-il une entité nouvelle qui absorberai les individualités de chaque partenaire (et qui réclamerait donc que chacun connaisse tout sur l'autre) ou s'agit t-il d'une simple "surcouche" moins intrusive ? Evidemment je pense que l'on ne peut s'épanouir en couple que si l'on laisse des espaces de liberté et de mystère à son partenaire. Sinon c'est aliénant...
    Mais ce genre de travers ne me semble pas être très répandu, si ? Je pense par exemple que le phénomène "tableau des scores" est bien plus fréquent : http://tonpsy.fr/6-relations-de-couple-que-vous-avez-deja-vecues/

    RépondreSupprimer